#BonnetsRouges : les nouveaux chouans de l'impôt ? | Atlantico.fr
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Manifestation des bonnets rouges contre l'écotaxte en Bretagne.
Manifestation des bonnets rouges contre l'écotaxte en Bretagne.
©Reuters

Revue de blog

#BonnetsRouges : les nouveaux chouans de l'impôt ?

La fronde bretonne fait déborder les blogs d'avis contradictoires.

La pétition en ligne de "soutien aux bonnets rouges" compte pour l'instant  le chiffre assez modeste de 12 000 signatures. Elle se veut derrière les "nouveaux chouans", les "nouveaux bonnets rouges" contre "l'agonie" de la Bretagne. Ce n'est pas un raz-de-marée.

La fronde bretonne se cherche encore en ligne, entre ceux qui se méfient de cette soudaine jacquerie médiatisée et ceux qui en espèrent une contamination générale entre régions en difficultés. 


Les bonnets rouges de1675

Partout, on invoque les bonnets rouges d'un autre siècle, les premiers, eux aussi bretons. Deux blogs d'universitaires d'historiens, Enklask et Russeurope ont aussitôt fait référence à la révolte bretonne de 1675. Enklash raconte : 

"La révolte des Bonnets rouges de 1675 est un épisode de l’Ancien régime fréquemment étudié en histoire moderne. Au départ, on trouve une réaction hostile et violente à l’instauration d’une nouvelle taxe voulue par le pouvoir royal. Mais cette révolte du papier timbré est avant tout urbaine et dans les campagnes du Centre-Bretagne, un mouvement concomitant se déroule, les paysans se mobilisant non seulement contre les nouveaux impôts mais aussi contre les abus des seigneurs. Ceux qui portent un bonnet rouge comme signe distinctif entrent en lutte contre une oppression fiscale lointaine mais aussi toute proche. Quelques meneurs, comme Sébastien Le Balp, font de cette révolte un mouvement collectif assez bien organisé. Une répression sévère est rapidement mise en place par le pouvoir central et laisse des traces nombreuses dans les traditions orales dans cette région. Un très bon résumé de l’histoire de cette révolte est visible dans ce documentaire réalisé sous la houlette de l’historien Alain Croix."

Il souligne aussi la confusion que provoque la couleur rouge, dans laquelle tente de naître, peut-être, une nouvelle identité bretonne et une fédération des mécontents :

"L’observateur ne peut qu’être étonné pour cette forme d’action : le bonnet rouge, facilement assimilable en plus au bonnet phrygien, pourrait objectivement être perçu comme un symbole du peuple de gauche et non pas a priori comme celui d’un mouvement hostile à une nouvelle taxe mise en place par un gouvernement socialiste.

C’est sans doute que ce qui peut rassembler les deux mouvements de colère est une animosité vis-à-vis du reste de la France et d’un gouvernement jugé trop centralisé. Ce type d’action serait alors destiné à montrer l’existence d’une 'identité' bretonne en lutte contre une forme 'd’impérialisme' de l’Etat, unifiant les partisans de celle-ci, les opposants à un supposé 'matraquage fiscal' du gouvernement actuel et d’autres personnes sensibles à la seule vue d’un bonnet de couleur rouge, couleur symbolique s’il en est d’un mouvement social populaire de gauche. Le tout sur fond de nombreux plans sociaux en cours dans la région."

Le collectif de Actualutte, de gauche, se revendique aussi des bonnets rouges du XVIIe siècle : "Cette révolte des bonnets rouges est peut être le moyen de créer un vaste mouvement contre les politiques d’austérités. Peut être même cela va-t-il aboutir, comme la révolte de 1675, sur la contestation des privilèges de la noblesse, non plus de sang mais économique."

La république du peuple est outrée de l'emprise médiatique soudaine d'une révolte bretonne: "Pour faire trembler Ayrault, achetez-vous un bonnet rouge FDSEA", critique-t-elle. "Les frondes bretonnes font toujours peur aux gouvernements parce qu'elles ravivent les identités régionales et que les médias sont friands de ça. Il faudrait leur rappeler que le taux de chômage n'y est pas supérieur à d'autres régions, comme la Lorraine et le Nord Pas de Calais par exemple. (...) Alors, ça m'eut étonné que ce gouvernement de lâches ne cède pas aux revendications de la FDSEA".

D'autres blogueurs rappellent que l'un des seuls bénéficiaires directs de la crise bretonne est la société Armor Lux, qui produit les fameux bonnets rouges.

Pendant ce temps, en Suisse 

Terraeco est là pour rappeler qu'il y a bien plus que l'écotaxe derrière la fronde bretonne en France, car l'apparent sujet de discorde, l’écotaxe, n'en provoque aucune en Suisse.  

"En 2001, lassée d’être traversée de part en part par les camions de marchandises européens, la Suisse a instauré une Redevance sur le trafic poids lourds liées aux prestations, la RPLP pour les intimes. La mesure n’a pas pris de court la population. Sept ans plus tôt, les Suisses, excédés par les allées et venues transalpines qui massacraient leurs routes et noircissaient leurs poumons, étaient déjà 67 % à approuver le principe. La population est même à l’origine de l’idée, avec une proposition d’initiative populaire déposée dans les années 80, rappelle Andreas Windlinger, porte-parole de l’Office fédéral des transports suisses, dans ce contexte, la contestation des lobbys était limitée ».

Hormis quelques grincements de dents du côté des transporteurs, le principe pollueur-payeur a été appliqué sans heurts. Ainsi, depuis douze ans, tous les véhicules de plus de 3,5 tonnes s’aventurant dans les cantons - engins agricoles et militaires exceptés - doivent se munir d’un boitier enregistreur de kilomètres et sont repérés par des portiques autoroutiers avant de passer à la caisse auprès des services douaniers. Sur toutes les routes helvètes, que l’on soit suisse ou étranger, plus on est lourd, plus on roule, plus on rejette de CO2 et plus on paie.

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