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Des élèves de l'école de Clavé (Deux-Sèvres).
Des élèves de l'école de Clavé (Deux-Sèvres).
©Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Reproduction sociale

Voilà vraiment pourquoi les parents riches ont des enfants riches (et la fiscalité n’a pas grand chose à y voir)

Une étude menée par des universitaires britanniques met en évidence l’impact de l’éducation et de l’investissement des familles dans l’avenir de leurs enfants. Comment pourrions-nous égaliser les chances ?

Arthur Dehaene

Arthur Dehaene

Ancien élève de l’ENA, Arthur Dehaene est le président du think-tank « Projet Vauban ». Il est également le fondateur de L’Equipée, association qui œuvre pour l’égalité des chances auprès des élèves scolarisés en banlieue.

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Atlantico : Une étude de Vox Eu montre que les enfants des familles riches ont tendance à fréquenter des écoles de meilleure qualité, à avoir des compétences cognitives plus élevées et à suivre un plus grand nombre d'années de scolarité. Cela a un impact à long terme sur les revenus d'une personne au cours de sa vie, perpétuant ainsi un cycle de richesse. La reproduction des inégalités passe-t-elle par l'économie ou par l'éducation ?

Arthur Dehaene : Pour intéressante qu’elle soit, cette étude qui ramène les inégalités scolaires aux inégalités de revenus, n’a pas de pertinence dans un pays comme la France où l’école est gratuite et publique, alors que le champ de l’étude est le Royaume-Uni, pays où les meilleures écoles sont privées et payantes et où les frais de scolarité à l’Université atteignent 9 000 £ pour une année seulement. Inimaginable en France où les inégalités de revenus des enfants ne reposent pas sur l’argent des parents, mais sur le diplôme.

« Pourquoi est-ce que les parents riches ont des enfants riches ? », question que pose l’étude, est pour autant pertinente. Publiée il y a quelques jours sous la plume de chercheurs américains et britanniques, elle montre le lien entre le niveau de revenu des parents et le niveau de revenu futur des enfants. En clair, les enfants seront riches, parce que leur parents sont riches.

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Les riches « ont les moyens de payer » une bonne éducation à leurs enfants alors que les pauvres non. L’étude conclut en effet que : « Les origines familiales [des enfants] comptent, mais seulement en ce qu’elles se traduisent par un plus haut niveau d’investissement [de la part des parents], ce qui renforce la culture de l’enfant et son nombre d’années d’études. » Cette idée économique présente l’éducation comme un investissement financier et ramènerait les différences de niveaux scolaires entre les enfants à des problèmes d’argent.

En France, notre ascenseur social est brisé mais c’est un problème d’accès au « diplôme », c’est-à-dire à la culture et au savoir. Les enfants qui réussissent le mieux sont ceux dont les parents sont les plus diplômés et pas forcément les plus riches ! France Stratégie a démontré ainsi en 2018 que les enfants des professeurs et des chercheurs ont plus de chances d’appartenir aux 20 % les plus riches que les fils et filles de cadres supérieurs.

Ce critère du diplôme, plutôt que de l’argent, est sain dans un pays qui se veut être une République méritocratique ! Ce qui ne l’est pas, c’est l’inégalité d’accès au diplôme. Il n’y a plus de mérite ni de République lorsque 70 % des enfants d’ouvriers finissent ouvriers ou employés et que 70 % des enfants de cadres finissent cadres. C’est cela qu’il faut changer.

Pour les politiques éducatives françaises, que faut-il en retenir ? Le nivellement par le bas ne renforce-t-il pas les inégalités ?

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Notre système éducatif repose sur un vaste mensonge : « tout se vaut ! » Il n’est pas vrai qu’un 16/20 à Louis-le-Grand vaille un 16/20 à Sevran. Il n’est pas vrai que 80 % d’une classe d’âge puisse accéder au même niveau de diplôme et entrer sur cette base à l’université.

Ce grand décor d’hypocrisie a deux effets : dissimuler aux élèves les moins favorisés les règles du jeu et permettre au contraire aux élèves favoriser de tirer profit de la maîtrise par les parents des « codes » de l’éducation pour tirer leur épingle du jeu.

La méritocratie a deux objectifs : égaliser l’accès de chacun à tous les emplois et assurer que les tâches les plus difficiles seront réalisés par les plus compétents. Or, en abaissant le niveau attendu par cette fable qu’est l’objectif de délivrance à 80 % du baccalauréat et par la discrimination positive, nous allons vers un système qui fonctionnera comme un gigantesque délit d’initié où « ceux qui ne savaient pas » ne se rendront compte que trop tard qu’ils n’avaient ni les informations ni les codes pour réussir et où « ceux qui savaient » auront trouvé le bon collège, le bon lycée, la bonne prépa et la bonne passerelle en cas d’échec aux concours !

Comment pourrait-on réinventer une école républicaine où l'ascenseur marcherait à tous les étages ?

D’abord, il faut une grande « opération vérité » sur notre système. Il faut que les résultats des élèves soient mesurés non par académie – l’académie de Bobigny ayant une image et des résultats forcément plus dégradés que Versailles ! – mais au niveau national, suivant la même grille de notation, sur des copies anonymes répartie de façon aléatoire entre les correcteurs. C’est le seul moyen de mettre fin à l’injustice qui veut qu’une élève de Seine-Saint-Denis avec 18 de moyenne n’a pas les mêmes chances de réussite qu’une élève de Versailles… qui aurait la même note.

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Ensuite, nous devons mener une « opération liberté » qui doit consister à libérer la carte scolaire, à la faire reposer sur le mérite et non sur l’adresse postale. Les élèves doivent pouvoir candidater où ils le souhaitent. Le talent n’a pas d’adresse, le mérite et le sens de l’effort non plus. Cela poussera aussi les lycées – avec plus d’autonomie – à développer des filières d’excellence pour attirer les meilleurs.

Pour qu’enfin cela nous amène à ce que nous voulons, l’opération « égalité » sera la plus engageante. Elle impliquera de donner le plus à ceux qui ont le moins. Les internats d’excellence – supprimés par le Parti socialiste (PS), encore l’égalitarisme ! – doivent être rétablis. La mixité devra se faire pour qu’on ne puisse plus jamais dire au Président : « Les petits Mohamed ne connaissent plus de petits Pierre ». Et là, tous les moyens seront bon : le mentorat par les élèves des grandes écoles, un quota plafonnant le nombre d’élèves d’origine étrangères à 30 % par classe, le busing inspiré de l’expérience américaine de déségrégation pour que les élèves du 93 puissent accéder physiquement aux meilleurs écoles, des échanges Erasmus entre les régions de France… Nous ne pouvons plus nous permettre d’avoir 40 % des enfants d’immigrés qui soient concentrés dans 10 % des collèges. Il faut aussi que les meilleurs enseignants aillent dans les collèges d’éducation prioritaire, en majorant leur rémunération. Il n’est pas bon que les enseignants les moins expérimentés soient affectés aux écoles les moins favorisées.

Ayant moi-même fondé une association de mentorat, j’ai été confronté aux limites de la « débrouille » dans ce système aussi injuste. Pour redevenir elle-même, notre République a besoin d’une Révolution !

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