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Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, s'exprime lors d'une conférence.
Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, s'exprime lors d'une conférence.
©JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Réseaux sociaux

Voilà pourquoi les propositions de Facebook afin de rendre Instagram moins toxique pour enfants et ados sont très insuffisantes

Après de nombreuses critiques et des révélations dans la presse, Nick Clegg, vice-président monde de Facebook, a annoncé de nouvelles mises à jour pour protéger la jeunesse et pour éloigner les adolescents des contenus inappropriés publiés sur Instagram. Ces mesures peuvent-elles régler le problème ?

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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Atlantico : Dimanche dernier, Nick Clegg, vice-président monde de Facebook, a annoncé de nouvelles mises à jour pour protéger la jeunesse et lune delle vise à éloigner les adolescents des contenus inappropriés publiés sur Instagram. Ce nudge peut-il fonctionner ?

Fabrice Epelboin : Ce point est ridicule au vu de l’usage que l’on a d’Instagram. Ce réseau est une mise en scène de sa propre vie retouchée avec des filtres. Lors de l’adolescence on met au point sa personnalité, elle est critique dans la vie d’un être humain et tout le jeu d’Instagram est de jouer avec ça. C’est donc profondément malsain par essence. Si je suis une adolescente en classe de 6ème et que je vois une autre adolescente se mettre en scène sur le réseau, cela va provoquer de la rivalité. Par cela, Instagram est toxique par nature. Éloigner les contenus toxiques des enfants, qui représentent 95% de ce qu’ils consomment, n’enlèverait en rien cela.

Nous sommes dans un problème similaire vu avec la génération précédente lorsque des publicités qui vantaient une crème anti-rides étaient faites avec une jeune mannequin retouchée sur Photoshop. Sauf qu’ici, il y a un effet de massification.

Lun des points centraux de ces mesures est le « take a break », prendre une pause, un nudge pour inciter les jeunes à se couper dInstagram. Que peut-on penser de cette idée ?

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Inciter les adolescents à faire ce qu’ils n’ont pas envie de faire, c’est toujours un challenge. C’est une bonne chose de le rappeler, mais cela ne va pas suffire. Cela rappelle la fonctionnalité affichant le temps d’écran qui permet de montrer à l’utilisateur qu’il utilise souvent son portable. C’est une bonne chose, mais cela doit être couplé à un accompagnement dans les écoles rappelant en quoi l’utilisation du réseau peut être dangereux.

Que penser de la mise en pause du développement d'Instagram Kids ?

Cela répond à une préoccupation de Facebook pour séparer les intentions des adultes des enfants. Il y a eu des affaires de pédophiles qui auraient atteint des mineurs à travers les réseaux sociaux et Instagram Kids voulait répondre à cela. Mais ce n’est pas le problème primordial d’Instagram et ce n’est pas en mettant tous les enfants dans un seul environnement et en les coupant des adultes que l’on va résoudre quoi que ce soit.

Le projet en tant que tel n’était pas fait avec intelligence… Cela donne en plus une piste au législateur américain pour le démantèlement d’Instagram. Il pourrait découper Facebook par tranche d’âge, ce qui est quelque peu étrange, mais qui est possible.

La mise en place dun contrôle parental optionnel est-elle une bonne idée?

C’est impossible à mettre en place… Il faudrait qu’Instagram soit en mesure de vérifier l’identité de l’adolescent, de vérifier que la personne tierce ait un tuteur légal et ensuite de lui donner une autorisation sur l’utilisateur. En terme de vérification d’identité, c’est quelque chose qu’Instagram n’est absolument pas en mesure de mettre en place. Et surtout cela a un fort coût, ce qui serait complètement antinomique avec leur modèle économique. Cela coûterait une dizaine d’euros par utilisateur car il faudrait vérifier l’identité de deux personnes distinctes.

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Toutes ces mesures cumulées peuvent-elles régler le problème ?

Tout d’abord, elles ne peuvent pas se cumuler car trois sont complètement irréalistes. La seule qui reste est le « petit message d’avertissement » du type « manger, bouger », ce qui est une bonne chose. Tout le reste relève de l’annonce, du communiqué de presse afin qu’on ait l’impression que le groupe Facebook décide d’agir sur le problème.

Le système commercial de Facebook et dInstagram est-il compatible avec une utilisation saine chez les jeunes ?

Pas plus chez les jeunes que chez les adultes, il n’y a pas de différence majeure car ce n’est pas sain pour tout le monde. Voir en permanence des personnes qui donnent l’impression d’être mieux, plus riches, plus beaux est quelque chose de perturbant pour un adolescent. Et chez les adultes, les réseaux provoquent la polarisation de l’opinion publique telle qu’on la voit aujourd’hui. C’est en tout point similaire à la cocaïne.

Des choses pourraient-elles être faites sur Instagram pour réduire les risques ?

La seule mesure qui est efficace, mais que je ne prône pas, est celle qu’a adopté la Chine. Elle a considéré que les réseaux sociaux étaient un danger pour sa jeunesse ainsi que les jeux vidéo à la dimension sociale. Le gouvernement a donc imposé un « droit de jouer » pour les enfants uniquement le week-end de deux heures par jour.

Dans nos sociétés, ce type de mesure est inenvisageable de la part d’un État et nous sommes donc à la merci de ces entreprises qui vont produire des dégâts colossaux chez les adultes et les adolescents.

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