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Une jeune femme consulte les panneaux électoraux lors des élections présidentielles de 2017.
Une jeune femme consulte les panneaux électoraux lors des élections présidentielles de 2017.
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Inégalités entre les générations

Vieux ou jeunes : qui est le moins bien traité par la société française ?

Alors que LREM comme Anne Hidalgo ou d’autres candidats de gauche envisagent d’abaisser à 16 ans le droit de vote, les jeunes sont-ils aussi maltraités par la France que le répètent certains discours ?

Serge Guérin

Serge Guérin

Serge Guérin est professeur au Groupe INSEEC, où il dirige le MSc Directeur des établissements de santé. Il est l’auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont La nouvelle société des seniors (Michalon 2011), La solidarité ça existe... et en plus ça rapporte ! (Michalon, 2013) et Silver Génération. 10 idées fausses à combattre sur les seniors (Michalon, 2015). Il vient de publier La guerre des générations aura-t-elle lieu? (Calmann-Levy, 2017).

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Atlantico : L’idée semble induire que le vote à 16 ans permettrait aux jeunes de mieux s’exprimer et donc d’être mieux inclus. Mais cette mesure aurait-elle cet effet et les jeunes en ont-ils besoin ?

Serge Guérin : Je me demande même s’ils en ont vraiment envie. On dit que les jeunes sont maltraités et qu’ils doivent donc plus voter. Il y a dans cette idée une réflexion très démagogique. 

Premièrement, toutes les études depuis au moins 30 ans montrent que ceux qui votent le moins, c’est les 18-25 ans. Aux régionales, on est arrivé à un score de 87% de taux d’abstention. En réalité, c’est même plus que ça car de nombreux jeunes ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Les jeunes n’ont jamais aussi peu voté et on veut ouvrir le droit de vote aux encore plus jeunes. C’est assez étonnant. 

Le deuxième élément intéressant c’est que l’électorat vieillit. Mais s’il vieillit, c’est tout simplement que la France prend de l’âge !

Troisième élément que je trouve délirant, c’est qu’on considère que c’est un problème que l’abstention soit aussi forte mais mécaniquement, si on fait le droit de vote à 16 ans, on va faire baisser encore plus la moyenne d’âge de vote. On va donc créer l’effet inverse à ce qui est recherché. 

Alors quelle est l’étape suivante ? Proposer le droit de vote aux jeunes de 14 ans ? Puis 12 ans ? On ne propose que des solutions « gadget ».  

Comment peut-on mesurer les différences de traitement entre générations ? Existe-t-il des indicateurs précis ?

Dans les dépenses publiques, les retraites c’est environ 315 milliards d’euros. Selon moi, il n’est pas normal de calculer de cette manière. Le taux de pauvreté est bien plus élevé chez les jeunes que chez les plus âgés. C’est une réalité et ce n’était pas le cas dans les années 1970. Il y avait alors un taux de pauvreté extrêmement important chez les personnes âgées. Le minimum vieillesse a été augmenté. Les retraites sont par ailleurs meilleures que dans le passé car les salaires ont augmenté et le travail des femmes s’est heureusement généralisé et comptabilisé. Mais depuis quelques années, les retraites ne sont plus indexées sur les salaires et la retraite est calculée sur les salaires des 25 meilleurs années contre 10 auparavant.

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La réalité c’est que si le taux de pauvreté a diminué chez les plus âgés, il a augmenté chez les plus jeunes. Simplement chez les plus jeunes, on regarde les revenus sans prendre en compte ce qui est fourni par les parents. 

Il y a un dernier élément plus subjectif. Comme disait le grand Nikita Khrouchtchev, « On ne fait pas des crêpes avec des statistiques ». Il n’y a pas que des chiffres, il y a aussi des réalités humaines et sociales. Si vous êtes pauvres à 85 ans, il y a peu de chances que votre situation s’améliore. Si vous êtes pauvres à 20 ans, vous avez quand même plus de possibilités. 

Statistiquement, que nous disent les chiffres en matière de revenus, de pauvreté ou de patrimoine ?

Les jeunes de 16-18 ans ont aujourd’hui moins de revenus que les 60 ans et plus. Il est logique que des gens qui ont travaillé toute leur vie gagnent plus que des gens qui n'ont pas encore travaillé. De ce point de vue là, il n’y a pas de surprises. Je pense qu’on cherche parfois à opposer les deux catégories. Il y a une vision très idéologique. Les jeunes seraient progressistes et modernistes alors que les plus vieux seraient dépassés. Toutes les analyses montrent que ce n’est pas une histoire d’âge mais c’est une histoire de positionnement social, de compréhension du monde… Il y a énormément de facteurs à prendre en compte.  

Peut-on affirmer aujourd’hui que les jeunes sont défavorisés par rapport à leurs aînés ? 

On dit que les jeunes sont une « génération sacrifiée ». Mais cette expression est née en 1914. Je pense que cette génération était bien plus sacrifiée qu’aujourd’hui. Il y a beaucoup d’aides qui sont mises en place pour les jeunes. Des aides à l’embauche, des formations, des programmes sociaux… Alors on dit qu’on met plus d’argent pour les vieux. Mais c’est idiot. Quand on compare ce qui est donné pour les jeunes et les vieux, on intègre les retraites. Les retraites, ce ne sont pas une action sociale de l’État ! C’est un salaire différé. Les gens ont cotisé pendant qu’ils travaillaient. Les aides vers les personnes âgées, en particulier pour les plus fragiles en perte d’autonomie sont très insuffisantes. Cessons d’opposer jeunes et aînés!

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Nous avons pu voir la détresse de certains jeunes pendant la crise du Covid à travers des images de longues files d’attente devant les soupes populaires. La situation pour nos aînés dans les EHPAD était alors également très préoccupante. Peut-on dire que les dysfonctionnements touchent toutes les générations ? 

Il faut d’abord être modeste et lucide. Quand cette crise sanitaire est arrivée, aucun gouvernement n'était préparé à cela. Je pense donc que c’était compliqué pour tout le monde. Ça a été extrêmement rude dans les EHPAD. Il y a aussi eu une peur des acteurs eux-mêmes: les personnes qui travaillaient, les dirigeants, les familles… Il y avait de l’irrationnel partout, pareil pour les plus jeunes. Il y a donc eu des dysfonctionnements mais je pense que c’est assez normal dans cette situation. Ce que je remarque c’est qu’il faut arrêter d’opposer tout le monde. Quand on parle des problématiques de santé mentale, on remarque que certains jeunes ont parfois très mal vécu cette situation. 

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