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Un théoricien de l'évolution estime que la propension des humains à s'accoupler avec des personnes semblables pourraient finir par créer une divergence entre les humains "robustes et intelligents" et les autres
Un théoricien de l'évolution estime que la propension des humains à s'accoupler avec des personnes semblables pourraient finir par créer une divergence entre les humains "robustes et intelligents" et les autres
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Surhommes

Vers deux espèces humaines ? Le point sur les nouvelles théories de l’évolution

Un théoricien de l'évolution estime que la propension des humains à s'accoupler avec des personnes semblables pourraient finir par créer une divergence entre les humains "robustes et intelligents" et les autres. Pour d'autres, le brassage des populations prendra le dessus sur ces prédictions.

Atlantico : La question est éternelle : pourquoi sommes-nous sexuellement attirés par certaines personnes et non par d’autres ; comment expliquer le sentiment amoureux ? Darwin a mis en avant la lutte pour la survie, mais pourquoi les êtres humains font-ils cette sélection entre eux ?

Alain Froment : Darwin a montré que la sélection sexuelle, par choix délibéré d’un partenaire sur son apparence physique pouvait être plus intense que la sélection naturelle. L’attirance sexuelle, dans l’espèce humaine, est régie en grande partie par des codes culturels (de corpulence ou de pilosité par exemple) qui varient beaucoup trop vite d’une époque à l’autre pour avoir la moindre conséquence génétique à long terme. Une tendance plus profonde est ce qu’on appelle l’homogamie phénotypique : le fait de choisir comme conjoint quelqu’un qui vous ressemble (physiquement ou culturellement) ce qui peut potentiellement créer des sous-ensembles à l’intérieur d’une même population, comme on le voyait autrefois avec l’aristocratie et son « sang bleu », ou avec les castes : le code social vous interdit d’aller épouser quelqu’un d’un autre groupe.

A terme une petite divergence génétique peut s’instaurer mais le niveau de brassage est tel dans l’espèce humaine que ces phénomènes restent marginaux.

Nos sociétés modernes n’étant plus soumises aux mêmes règles de la survie qu’aux siècles précédents, les lois de l’évolution ont-elles changé, ou notre héritage millénaire est-il toujours aussi présent ?

La sélection génétique a pour mécanisme la transmission de ses propres gènes à la génération suivante. Si vous vivez assez longtemps pour vous reproduire, et si vous avez plus d’enfants survivants que vos congénères, quelque soit la cause de cet excédent (comme une plus grande richesse permettant de nourrir une plus grande famille ou de mieux soigner ses enfants) vos gènes se répandront davantage, sans qu’ils soient pour autant avantageux du point de vue de la sélection. Le fait que la médecine assure une meilleure survie à tous ne change pas grand chose à ce principe, dans la mesure où l’on sait que chacun d’entre nous est porteur de plusieurs mutations délétères mais qui ne se révèlent que si votre partenaire en est aussi porteur ; seule l’endogamie, c’est-à-dire le fait de se marier entre soi, augmente le risque de voir ces mutations se concentrer. Au contraire, épouser quelqu’un de lointain du point de vue génétique, suscite ce qu’on appelle l’hétérosis ou vigueur des hybrides : une plus grande diversité de gènes, qui garantit la possibilité de faire face à davantage de contraintes de sélection. L’avenir est donc au métissage, d’autant que celui-ci, loin de rendre les individus semblables, augmente les combinaisons (comme avoir les cheveux crépus et blonds, ou la peau noire et les yeux verts), il suffit d’aller au Brésil pour s’en rendre compte.

Quelles sont les théories sur l’évolution humaine les plus récemment dégagées par la communauté scientifique ? Peut-on en lister quelques-unes ?

Le cadre théorique de la sélection darwinienne reste le seul valable. A l’intérieur de ce cadre, de nombreuses hypothèses sont imaginées pour expliquer l’hominisation. Celle-ci se caractérisant par la bipédie, il y a une quinzaine d’explications prétendant l’expliquer. Une des dernières en date est celle du singe coureur : nos ancêtres auraient gagné un avantage sur les autres homininés en étant plus mobiles, en régulant mieux leur température par le mécanisme de la transpiration sur une peau qui a perdu son pelage dense.

Une théorie intéressante s’attache à distinguer ce qu’on appelle les traits d’histoire de vie (durée de vie, chronologie de maturation etc.) ; par exemple le fait que seules les humaines aient une ménopause a généré la théorie de la grand-mère : à quoi en effet peut servir une femelle qui ne se reproduit plus ? A pouvoir garder les enfants, et à les instruire, pendant que les parents sont à la chasse et à la cueillette. Une réflexion assez féconde tourne autour de l’auto-domestication : notre espèce se domestique elle-même en s’imposant de plus en plus de contraintes, et un des grands défis du futur est de savoir comment nous allons nous adapter aux changements (climat, pollution etc.) que nous générons nous-mêmes.

D’ici 100.000 ans l’espèce humaine pourrait se diviser en deux catégories, selon le théoricien de l’évolution Oliver Curry, de la London School of Economics (voir ici). Les humains devenant de plus en plus sélectifs, les plus beaux et les mieux constitués se reproduiraient uniquement avec leurs semblables, tandis que les autres constitueraient une « sous-classe » génétique. Cette possibilité est-elle pertinente ? Pourquoi ?

Ça n’est pas la première fois que des psychologues évolutionnistes nous sortent des théories extravagantes. Curry est parti du principe de l’homogamie phénotypique. En réalité cette division existe déjà un peu : les humains des pays pauvres, ou des classes sociales pauvres, vivent moins longtemps, sont plus petits et sont davantage malades. Ils maîtrisent moins bien les outils modernes de communication et se trouvent de facto en position de main d’œuvre servile par rapport aux privilégiés qui les emploient.

De même, si par ingéniérie génétique on augmente la capacité physique ou mentale de certains individus, ceux-ci seront en position dominante et les humains normaux ne pourront plus faire jeu égal avec eux. Il importe que l’éthique sociale prévienne ces dérives. Mais globalement, dans l’espèce humaine, il y a une telle curiosité envers l’autre, un tel brassage de gènes, et qui va en augmentant à mesure que la circulation des gens est plus facile (regardez les mariages par internet), que seule une dictature insupportable pourrait faire naître les catégories évoquées par Curry.

Comment envisage-t-on l’évolution humaine pour les siècles et les millénaires à venir ? A-t-on des moyens de se projeter ?

On ne peut pas prédire l’évolution technologique, qui s’auto-accélère en capitalisant des découvertes de plus en plus nombreuses et devient vertigineuse. Mais si l’évolution biologique suit son cours dans notre espèce sans interférence avec la biotechnologie, il n’y a aucun changement radical à attendre. Les hommes d’il y a cinquante mille ans étant semblables à nous, il n’y a pas de raison que dans cinquante mille ans l’aspect extérieur soit très modifiée. On sait par contre que nous continuons à évoluer génétiquement, plusieurs de nos gènes, notamment ceux de la couleur de la peau ou du métabolisme alimentaire se sont modifiés en quelques millénaires.

Il est fréquent de lire, en fonction d’une conception naïve de l’évolution, que ce qui ne sert pas va disparaître tandis que ce qui sert beaucoup va s’hypertrophier. On perdrait notre cinquième orteil, qui apparemment ne nous est pas très utile ; en réalité le schéma d’une patte a cinq doigts est profondément ancré dans notre histoire génétique, on le partage avec la plupart des vertébrés terrestres (il suffit de regarder une patte de lézard) et on n’est pas près d’en changer. Pour le cerveau, s’il devait augmenter, il nécessiterait un remaniement du bassin et de l’ensemble du corps, et cela ne peut résulter que d’un très lent processus, plus proche du million d’années que d’après-demain !

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