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Valérie Pécresse lors d'un colloque consacré aux questions rurales, organisé par le Mouvement de la ruralité (LMR) à Paris, le 15 février 2022.
Valérie Pécresse lors d'un colloque consacré aux questions rurales, organisé par le Mouvement de la ruralité (LMR) à Paris, le 15 février 2022.
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Vote (in)utile

Valérie Pécresse est-elle menacée de devenir le vote inutile à droite ?

Au coude à coude voire dépassée par Éric Zemmour au 1er tour dans les sondages, Valérie Pécresse est désormais en moins bonne posture que Marine Le Pen face à Emmanuel Macron dans les simulations de 2e tour. De quoi décourager les électeurs de droite ?

Jérôme Besnard

Jérôme Besnard

Jérôme Besnard est journaliste, essayiste (La droite imaginaire, 2018) et chargé d’enseignements en droit constitutionnel à l’Université de Paris.

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Atlantico : Valérie Pécresse est repassée derrière Éric Zemmour dans un récent sondage. Surtout, selon le sondage Opinion 2022 réalisé par l'institut Elabe pour BFM, elle se trouve en moins bonne posture que Marine Le Pen en cas de second tour contre Macron (Macron/Le Pen : 57% / 43% Macron/Pécresse : 58% / 42%). Comment expliquer ce phénomène ? A quel point est-il préoccupant pour la candidate ?

Jérôme Besnard : La situation actuelle de la candidature de Valérie Pécresse est due à plusieurs facteurs : le peu d’intérêt des Français pour la campagne présidentielle, le traitement journalistique généralement hostile à la droite, la concurrence médiatique d’Éric Zemmour qui concentre désormais ses attaques contre elle…

Peut-on tirer des conclusions sur ce qui est en train de se passer dans l’électorat ?

On constate qu’Éric Zemmour séduit une partie de l’ancien électorat sarkozyste par ses propos très fermes sur les sujets régaliens. Dans le même temps une partie non négligeable de l’électorat filloniste adhère au discours d’Emmanuel Macron pour des raisons d’opportunité économique (d’autres fillonistes plus conservateurs que libéraux peuvent être séduit par Éric Zemmour). Valérie Pécresse, qui a pour elle d’être jugée très compétente et contre elle d’avoir un parcours politique parfois sinueux, est condamnée à lutter en permanence contre ces deux tendances qui contrecarrent ses ambition présidentielles. 

Est-ce révélateur d’un certain état d’esprit à quelques mois des élections ?

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Cela démontre surtout une décorrélation entre le vote aux élections locales et le vote aux élections nationales. On retrouve ici ce qui est arrivé au Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP) dans les années 1960 : le gaullisme l’a éliminé de l’Assemblée dès 1962 mais il gardait un nombre conséquent de maires et de conseillers généraux. Les électeurs apprécient leurs élus LR au plan local mais ont plus de mal à cerner l’offre politique de ce parti au plan national. De plus l’électorat favorable à Éric Zemmour est fondamentalement pessimiste et entend envoyer un message politiquement fort, alors que Valérie Pécresse incarne plutôt la modération. 

Jusqu’à présent, Valérie Pécresse était la seule à avoir eu un sondage (en décembre dernier) la donnant capable de battre Macron au second tour, ce sondage qui la relègue derrière Marine Le Pen risque-t-il de faire disparaître toute perspective d’un vote utile en sa faveur à droite ?

Le vote utile à droite est un mythe. Les électeurs votent pour une personnalité. Quant à Marine Le Pen, elle peut s’appuyer sur un vote populaire qui transcende les étiquettes. Vous pouvez tenter ce que vous voulez pour démontrer que tel ou tel candidat sera le mieux à même de battre Emmanuel Macron au second tour, vous ne serez pas entendu. 

Si cette tendance de second tour se confirme, risque-t-elle de plomber la campagne de Valérie Pécresse plus durement que son coude à coude avec Zemmour ?

Je reste persuadé que les Français ne se référent pas aux enquêtes sur les duels de second tour avant de mettre un bulletin dans l’urne au premier tour. C’est donc bien Éric Zemmour et Emmanuel Macron qui sont les deux principaux dangers pour Valérie Pécresse. Son programme est ferme sans excès mais apparait pour l’instant trop différent de sa personnalité pour se détacher des autres figures de l’opposition de droite.

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