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Université d'été des Verts : ce que la politique française leur doit en bien... et en mal
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Bilan

Université d'été des Verts : ce que la politique française leur doit en bien... et en mal

Alors que les Verts fêtent cette année leur 30 années d'existence, les journées d'été du parti s'achèvent ce samedi 23 août. Elles auront notamment été marquées par la sortie remarquée du livre de l'ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot.

Daniel Boy

Daniel Boy

Daniel Boy est directeur de recherche (FNSP) au CEVIPOF et enseignant au master de Sciences Po notamment en analyse quantitative des données.

Ses recherches se sont développées dans trois domaines : la sociologie électorale, l’écologie politique en France et en Europe, les relations entre science, technique et société.

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Stéphane Rozès

Stéphane Rozès

Stéphane Rozès est politologue, président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), et enseignant à Sciences Po et HEC.

 

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Atlantico : Les Verts se réunissent jusqu'au 23 août à l'occasion de leur université d'été à Bordeaux et fêtent par la même occasion leur 30ème anniversaire.  Alors que Cécile Duflot ancienne ministre de l'égalité des territoires et du logement et Pascal Canfin, ministre délégué au développement, ont quitté le gouvernement lors du dernier remaniement, quel bilan peut-on faire de leur action au sein de l'exécutif depuis 2012 ?

Stéphane Rozès : Ce bilan ne peut pas être tiré car, pour l'opinion, ils sont au milieu du gué. L'idée écologiste autour du développement durable et de la transition énergétique et écologique, à partir de la crise climatique s'est répandue comme une trainée de poudre quant à ce qui est souhaitable. Les Français aimeraient qu'il y ait un développement économique autre, soucieux de l'avenir, de la préservation de l'environnement et permettant aux individus de sortir de leurs contradictions entre ce qu'ils sont en tant que consommateur, citoyens, etc..

Or, le départ des Verts du gouvernement est sans conteste du point de vue des questions fondamentales une régression dans la mesure où la contradiction qui traverse chaque individu est qu'il souhaiterait qu'il y ait un autre développement économique autour de la question écologique. Et en même temps la crise économique et la pression du quotidien font qu'ils se demandent si c'est véritablement possible. Au moment où les écologistes devraient faire la démonstration de leur capacité à surmonter cette contradiction, ils quittent le navire avec des justifications politiciennes. Ainsi, ils font régresser considérablement tout le courant de l'écologie politique.

L'apport positif est plus difficile à déterminer dans la mesure où les partis de gouvernement dès le premier grenelle de l'environnement, sous l'influence de personnalités comme Hulot, Cohn Bendit ou encore Corinne Lepage ont imbibé les partis de gouvernement. Il est plus compliqué aujourd'hui que dans les années 1990 de déterminer la part spécifique des verts et on voit bien que Ségolène Royal essaye de reprendre le flambeau. Mais pour les Français dans dernière la période, Europe Ecologie les verts ont plus semblé préoccupés par le fait de faire fructifier leur image électoralement et politiquement. En clair, de créer un rapport de force dans les institutions plutôt que de travailler à des avancées concrètes.

Et le débat sur la transition écologique au niveau national a semblé se focaliser sur la part du nucléaire dans l'accord avec Martine Aubry et le Parti socialiste. Et ce, alors qu'il ne s'agit que d'un élément relatif de la transition dans les territoires qui se manifeste par une capacité à faire converger mesures incitatives, développement économique, fiscalité et développement d'un secteur industriel. L'urgence écologique oblige aujourd'hui à partir du réel et aller à l'idéal. Or, les écologistes semblent revenir à des positions idéologiques hors sol par rapport aux vraies questions des Français.

Daniel Boy : Même si les Verts ne détenaient pas le portefeuille de l'écologie, une partie de leur bilan porte sur des mesures environnementales. Une série de mesures qui se retrouve d'ailleurs dans le projet de loi sur la transition énergétique porté par Ségolène Royal. Ces avancées ont été obtenues lors de l'accord que les Verts ont passé avec le parti socialiste avant d'entrer au gouvernement. Ils ont notamment obtenu que d'ici à 2025 l'énergie nucléaire ne représente plus que 50 de la production d'électricité. En revanche, sur le nucléaire, on ne sait pas du tout comment nous allons parvenir à cet abaissement. Par ailleurs quant à la transition énergétique, on ne connait pas le coût des mesures environnementales, ni même la manière exacte dont ce projet de loi sera financé alors même que nous sommes dans la situation budgétaire que nous connaissons.  Sur le logement, on ne sait pas très bien ou cela va. Je pense par exemple à la garantie universelle des loyers pour éviter les impayés, elle n'est finalement qu'optionnelle. 

Pascal Canfin dispose d'une opinion plutôt favorable mais son action est difficilement mesurable. Nombreux sont les commentateurs a estimé qu'il a amélioré les relations avec des pays en développement et particulièrement avec le continent africain.

D'une manière globale, la participation des Verts au gouvernement a été chaotique. Ils étaient au pouvoir tout en critiquant le gouvernement, la ministre du logement la première. Ce fut le cas lorsque le ministre de l'intérieur de l'époque, Manuel Valls, avait procédé à des expulsions de Roms ou encore lorsqu'elle a soutenu les manifestants s'opposant au projet d'aéroport à Notre-de-Dames des Landes. Je pense qu'il faut bien de la patience pour considérer que ce n'est pas une grave offense.

Le plus compliqué pour l'image des verts, est qu'ils ont refusé de participer au gouvernement Valls pour des raisons strictement politiques, car ils considéraient que Manuel Valls était trop à droite pour eux. Et ce alors même que ce gouvernement est en train de mener à bien une loi de transition énergétique. Ils auraient eu bien plus de pouvoir pour faire bouger cette loi à l'intérieur du gouvernement qu'ils n'en ont maintenant. Il est problématique pour les écologistes d'être sortis  d'un gouvernement au seul motif qu'un Premier ministre ne leur convient pas en raison de ses positions politiques.

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Que penser des débats qui animent actuellement les universités d'été et plus particulièrement ceux qui concernent la publication du livre de Cécile Duflot ? Témoignent-il d'un manque de maturité du mouvement comme a pu le laisser entendre Dominique Voynet ?

Stéphane Rozès : Cela témoigne d'une difficulté qui n'est pas nouvelle : L'écologie est-elle une idéologie qui peut s'inscrire dans l'imaginaire des Français en matière de ce qui souhaitable ? Cela témoigne déjà d'une panne stratégique car ces questions-là sont très faiblement traitées. Les écologistes se focalisent soit sur des questions très politiciennes de rapports de force, soit sur des questions symboliques mais il y a très certainement un déficit de pensée chez les écologistes à savoir si l'écologie politique est une idéologie.  

Les mises en cause de Cécile Dufot ne la mettent ni dans une éthique de conviction, car il aurait fallu partir tout de suite, ni dans une éthique de responsabilité car il aurait fallu rester jusqu'au bout. Tout cela est l'expression d'une difficulté à penser la question écologique dans la France de 2014 qui a des caractéristiques très précises avec la centralité de l'Etat et donc cela pose la question de l'articulation entre l'Etat, du monde associatif et de la politique.

Comment peut-on qualifier leur influence politique depuis le début du quinquennat ?

Stéphane Rozès : Leur influence ne tient qu'à l'exagération de la place que leur ont concédée les socialistes dans des négociations de nature politique avec Martine Aubry. Le concepteur qui a donné une nouvelle jeunesse aux verts c'était Daniel Cohn Bendit lors des avant-dernières européennes. C'est cette campagne qui a posé les fondamentaux de cette nouvelle ligne en n'opposant pas les questions sociales et écologistes. La direction des verts a ensuite essayé de faire fructifier ce capital politique issu de cette dynamique électorale. Mais la politique politicienne a pris le dessus. Cet accord entre les écologistes et les socialistes relève d'une opération politique que les verts ont exploité, ce qui a maximisé leur pouvoir politique.  Martine Aubry voulait se prévaloir d'une avancée sur les questions sociales et environnementales.

Daniel Boy : Les verts ont une réelle influence politique, quoiqu'un peu chaotique elle aussi, avec des hauts et des bas parfois difficile à comprendre pour les électeurs. Lorsqu'un ministre d'un parti critique un autre ministre, cela interroge et certains se sont fait mettre à la porte pour moins que cela. Les critiques de Cécile Duflot étaient violentes mais les socialistes n'ont pas tenu à se séparer des Verts car leur majorité n'est pas très large. Les socialistes voulaient garder l'apparence d'une majorité large avec les Verts même si je pense qu'ils n'avaient pas besoin d'eux.

Et les socialistes n'ont jamais pris en charge l'écologie politique, ils l'ont toujours sous-traitée aux écologistes. Au parti socialiste, il y a bien eu des motions écologistes mais elles font généralement 2 ou 3 %. 

Au-delà du quinquennat quelle a été l'influence des verts dans la vie politique française en positif mais aussi en négatif ?

Stéphane Rozès : Elle a été considérable, il y a plusieurs moments dans la pensée de l'écologie politique. Evidemment l'arrivée est portée par René Dumont à la présidentielle de 1974. Ensuite tout un débat a agité l'écologie politique, à savoir s'il devait de revendiquer de la gauche ou d'un renvoi dos à dos de la gauche et de la droite, c'était la position Waechter et Lalonde. Finalement, c'est le courant pour indexer l'écologie à la gauche qui l'emporte Les verts assument de peser sur le cours des choses à travers la politiques. La conséquence du changement climatique étant la pénétration des idées écologistes partout et à partir du moment où les écologistes devraient faire la démonstration que le souhaitable est possible, ils se perdent dans des affaires politiciennes dont le départ du gouvernement est le summum.

Daniel Boy : Depuis 1984, il y a eu un mouvement d'idées qui s'est construit et auquel Les Verts ont apporté leur contribution. Ils ont contribué par leurs discours, par leurs alertes, à accroitre la sensibilité environnementale du public. Ce n'est pas négligeable mais ils n'ont pas été les seuls, il y a eu des associations comme green peace par exemple.

Leur influence a été grande au niveau local, d'abord dans les régions, puis dans les villes. Ils ont finalement développé  une capacité à cogérer l'environnement avec le Parti socialiste.   Au niveau local, les électeurs leur font confiance. Ils ont gagné une légitimité politique au niveau local.

Pour les législatives, ils pourraient faire des bons scores mais ce n'est le cas que dans les circonscriptions dans lesquelles ils ont passé des accords avec les socialistes. Pour l'instant sans aucun doute, ils sont obligés, principalement à cause du mode de scrutin, de s'allier. Les Verts sont donc un allié utile pour le parti socialiste mais un allié compliqué à gérer.

Quelles sont les thématiques que les écologistes ont réussi à introduire ? Et ce même au-delà de l'écologie ?

Daniel Boy :  Ils sont parvenus et parviennent toujours à maintenir avec une forte radicalité, le libéralisme culturel. Ils ont toujours été beaucoup plus radicaux sur la libération sexuelle, ou encore l'immigration que ne le sont les socialistes. Et ce sont d'ailleurs sur ces questions sociétales que les verts s'accrochent avec le PS.

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