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Les centristes occupent une place stratégique, car c'est autour d'eux que les systèmes d'alliances et les défections de l'UMP se feront.
Les centristes occupent une place stratégique, car c'est autour d'eux que les systèmes d'alliances et les défections de l'UMP se feront.
©Reuters

Mariages de raison

Un axe Bayrou-Fillon-Juppé face à Sarkozy-Borloo ? La danse du ventre des poids lourds UMP pour séduire les responsables centristes

Dans la perspective d'un retour de Nicolas Sarkozy, les centristes occupent une place on ne peut plus stratégique, car c'est autour d'eux que les systèmes d'alliances et les défections de l'UMP se feront. Revue des ententes possibles.

Sylvie Maligorne

Sylvie Maligorne

Sylvie Maligorne a été chef du service politique de l’Agence Française de Presse (AFP) de 2009 à 2014 après avoir été chef du service des informations générales de l'AFP de 2007 à 2009. Elle a dirigé la cellule parlementaire de l’AFP de 2003 à 2007, et été correspondante de l’AFP à Matignon de 1991 à 2002. Elle est désormais senior journalist.

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Thomas Guénolé

Thomas Guénolé

Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po. Son dernier livre, Islamopsychose, est paru aux éditions Fayard. 

Pour en savoir plus, visitez son site Internet : thomas-guenole.fr

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Atlantico : Dans une interview au Point, François Bayrou évoque la possibilité de s’entendre avec Alain Juppé et François Fillon. "Il n’y aura pas de redressement sans rassemblement", dit-il. A contrario, Nicolas Sarkozy mise sur Jean-Louis Borloo, un ennemi de François Fillon qu’il cajole. Comment expliquer que les trois principaux responsables de l’UMP choisissent chacun "leur" centriste ? Leur appui peut-il vraiment être utile ?

Thomas Guénolé : À ce stade, je n’irais pas jusqu’à dire que des alliances pour 2017 se dessinent ou s’organisent. D’un côté, François Bayrou s’est contenté de répéter ce qu’il a toujours dit depuis vingt ans, à savoir qu’il fallait rassembler tous les hommes de bonne volonté de la droite modérée jusqu’à la gauche modérée. C’est d’ailleurs une position classique et cohérente venant d’un centriste. De l’autre côté, Nicolas Sarkozy s’efforce simplement, entre autres démarches, d’obtenir des soutiens de poids pour sa candidature en 2017 : on peut le dire de Jean-Louis Borloo comme de Dominique de Villepin, pour ne citer que deux exemples.

Sylvie Maligorne : ces appels du pied répondent à la nécessité pour les uns et les autres d'élargir leur socle électoral. L'UMP compte parmi ses sympathisants encore des centristes qui ne sont pas partis à l'UDI ou au MoDem et il faut pour chacun des trois responsables de l'UMP parvenir à conserver leurs voix mais aussi à conquérir celles de ceux qui sont partis. Pour l'instant, on constate que la main tendue est plutôt celle de François Bayrou vers Alain Juppé et François Fillon que celle des deux anciens Premiers ministres vers le maire de Pau. Toutefois, le discours d'Alain Juppé semble davantage dirigé vers les centristes que celui de François Fillon dont  les déclarations - même s'il les a atténuées par la suite -  appelant en cas de duel FN/PS au second tour des municipales à un vote en faveur "du moins sectaire" ont déplu aux centristes et laissé des traces.

Alors que le Front National monte en puissance au point qu'une réédition du 21 avril en 2017 est de nouveau évoquée,  les prétendants UMP à la présidentielle de 2017 doivent s'efforcer de rassembler le camp de la droite pour éviter une candidature centriste qui disperserait inévitablement les voix. Pour tenter d'écarter le risque d'une élimination dès le premier tour, ils n'ont pas d'autre choix que de jouer l'union.

Un rapprochement entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou est-il imaginable à l’avenir, et où en sont actuellement leurs relations ?

Thomas Guénolé : Sous la contrainte des rapports de forces et du fait de la puissance d’intérêts convergents, on a déjà vu en politique des réconciliations jusqu’alors hautement improbables. Donc, en théorie, oui, c’est toujours possible. Cependant, je vois mal comment François Bayrou pourrait s’entendre avec Nicolas Sarkozy quand on sait ce que ce dernier incarne à ses yeux tout ce qu’il combat en termes de pratique politique.

Sylvie Maligorne : même si en politique on ne dit pas "jamais", un rapprochement semble difficile. A moins que Nicolas Sarkozy promette Matignon à François Bayrou et que le maire de Pau dise haut en fort combien il regrette d'avoir appelé à voter Hollande en 2012. Beaucoup de conditions donc.

Peut-on vraiment imaginer qu’il n’y ait aucun candidat centriste à la prochaine présidentielle ?

Thomas Guénolé : Il faut d’abord répondre à une autre question : sur le modèle de celle du PS et du PRG en 2011, y aura-t-il en 2016 une grande primaire ouverte de la droite et du centre pour choisir le candidat à la présidentielle ?

Si oui, alors, non seulement une candidature centriste est probable dans cette primaire, mais aussi plusieurs candidatures à droite : ce serait du reste très sain pour la qualité du débat d’idées au sein de l’opposition républicaine.

Si non, alors, un candidat centriste qui se présenterait en plus du candidat de l’UMP aurait immédiatement deux problèmes à surmonter. Le premier serait la vague probable de défections de parlementaires centristes pour aller soutenir dès le premier tour le candidat UMP. Le second l’utilisation en boucle par l’UMP de l’argument du "risque de 21 avril à l’envers", du "vote utile", pour encourager les électeurs de centre-droit à ne pas voter en sa faveur.

Sylvie Maligorne : Après le nouvel échec de François Bayrou en 2012, il est tout à fait envisageable que les centristes fassent une croix sur 2017. Ils n 'ont plus de grande figure depuis le retrait de la vie politique de Jean-Louis Borloo - faire émerger une personnalité en un peu plus de deux ans paraît difficile -  et le temps de François Bayrou semble, cette fois, passé.

Sur quelles autres personnalités centristes Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé pourraient-ils à l’avenir compter ? Quelle attitude pourrait adopter à ce sujet le nouveau président du Parti radical, Laurent Hénart ? Le futur président de l’UDI peut-il soutenir l’un des trois ?

Thomas Guénolé : Je vois plutôt le problème à l’envers : si Nicolas Sarkozy, comme c’est probable, reprend la présidence de l’UMP cet automne, y aura-t-il migration d’un de ses concurrents vers l’UDI ? En l’occurrence, je pense à François Fillon. D’un côté, il laisse entendre que si Nicolas Sarkozy reprend le leadership du parti, il fera sécession avec plusieurs parlementaires à ses côtés. De l’autre, l’UDI est organisée aujourd’hui en confédération de petits partis.

Donc, si les fillonistes les plus radicaux choisissent de claquer la porte d’une UMP repassée dans les mains de Nicolas Sarkozy, la question de leur structuration comme composante de l’UDI se posera. Un tel scénario est improbable, mais n’est pas pour autant impossible.

Sylvie Maligorne : Parmi les centristes, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé pourraient à l’avenir compter sur Yves Jégo, Jean-Christophe Lagarde, François Sauvadet, Laurent Hénart... Ce dernier pourrait tenter de peser sur le projet UMP pour la présidentielle, monnayer son appui contre des investitures aux législatives, des postes importants au gouvernement en cas de victoire.

Pas facile pour le futur président de l’UDI de soutenir tout de suite l'un des trois, au risque de se mettre à dos les deux autres et de tout perdre. Au préalable, il faudrait que le futur président de l'UDI ait fait accepter à son parti l'idée de ne pas présenter de candidat à la présidentielle. Tout plaide pour qu'il prenne son temps, ne fasse pas de choix. Rien ne presse.

Il semble qu’en off Nicolas Sarkozy ne soit plus forcément opposé au principe d’une primaire élargie. Si l’ancien chef d’Etat se déclarait finalement favorable, peut-on toutefois imaginer qu’il bénéficie du vote d’électeurs centristes lors de cette primaire, face à un Alain Juppé ou un François Fillon ?

Thomas Guénolé : Pas au premier tour, car l’essentiel des votants centristes voteraient en priorité, et c’est bien compréhensible, pour un candidat centriste.

Sylvie Maligorne : Dans une telle configuration où il n'y aurait pas de candidat centriste à la présidentielle, tout dépendra du message de Nicolas Sarkozy en direction de cet électorat - un discours plus axé sur l'économie que sur le sociétal - et de l'attitude des dirigeants centristes vis-à-vis de lui. Il peut compter sur la solide inimitié entre Jean-Louis Borloo et François Fillon. Jean-Pierre Raffarin, un libéral sachant parler le centrisme, devrait lui être d'un soutien non négligeable, capable de ramener les centristes tentés par Juppé ou Fillon.

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