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UMP-FN : le défi des partis dont les sympathisants voulaient d’une alliance que leurs leaders rejetaient catégoriquement
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Amour secret

UMP-FN : le défi des partis dont les sympathisants voulaient d’une alliance que leurs leaders rejetaient catégoriquement

Selon un sondage Harris Interactive, publié dans l'hebdomadaire Marianne, une majorité des sympathisants de l'UMP et du Front national serait favorable à des alliances de circonstances pour les régionales de 2015. Problème : les cadres de ces partis sont loin d'être de cet avis.

Virginie Martin

Virginie Martin

Virginie Martin est une professeure-chercheure à Kedge Business School et politologue française. Elle est présidente du Think Tank Different, laboratoire politique créé en 2012, et est l'auteur de Ce monde qui nous échappe : pour un universalisme des différences paru en 2015 aux éditions de l'Aube.

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Atlantico : 64% des sympathisants du Front national et 55% de ceux de l'UMP seraient favorables à un rapprochement des deux partis en vue des élections régionales de 2015, pour battre la gauche, selon un sondage Harris Interactive (voir ici).  Pourquoi cet engouement aussi clairement affiché ne se retrouve pas dans les positions des personnalités politiques de ces deux partis ?

Virginie Martin : Je ne vois pas ce qu’il y a forcément d’étonnant de la part de l’UMP. Dans ce parti, la ligne de fracture est aujourd’hui réelle. Elle existe sur la question économique bien surtout sur les questions sociétales et l’Europe. On voit que certains, comme Hervé Mariton, sont très critiques à l’égard de Bruxelles mais aussi sur des sujets sociétaux. Cette "droite forte" est donc déjà largement compatible avec le FN. On voit très bien à l’inverse qu’il existe une sensibilité plus ouverte sur les questions de société et en faveur de l’Europe, celle qui penche plutôt vers Alain Juppé.

Côté FN, Marine Le Pen a été obligée de décaler l’échiquier politique sur sa droite car elle ne pouvait pas représenter une alternance possible dans un espace politique qui évolue en France entre la droite et la gauche. Elle a donc essayé -et y est plutôt parvenue- de transférer un point de rupture entre le FN et un "UMPS". Mais en termes d’idées, sur les questions économiques, il y a certes un contresens avec le programme de l’UMP, cependant sur les questions sociétales et européennes, c’est beaucoup plus compatible, d'où l'idée de l'aisance d'un rapprochement. 

Qui sont ces deux majorités qui souhaiteraient ce rapprochement aux municipales de 2015 ? Quel profil peut-on établir ?

En réalité, une partie non négligeable des électeurs du FN, entre un tiers et un quart, sont en fait des personnes de droite qui se sont "extrême droitisées" en critiquant une droite classique devenue trop "light". Ils ne sont donc pas opposés à des alliances avec l’UMP, tant qu’il s’agit de l’UMP "forte" bien entendu, pas celle d’Alain Juppé. Dans tous les cas, la focalisation d’une partie des deux électorats, celui du FN et celui de l’UMP, autour des thématiques tournant autour des "troubles civilisationnels" effacent quasiment les oppositions économiques. Et je rappelle qu’en France, la droite n’est pas spécialement très libérale. La compatibilité sur les questions sociétales et européennes entre FN et UMP est donc d’autant plus facilité.

Est-ce un camouflet, voire une volonté de rupture entre la base de ces partis et les élites ?

L’UMP connaît depuis longtemps cette fracture. On peut parler par exemple de la ligne Buisson, ou même de la manière dont Nicolas Sarkozy a gagné en 2007 en jouant sur l’identité nationale. Il était très fier d’avoir siphonné les voix du FN à cette époque, et c’était bien en prenant aussi les thèmes du FN. Ce serait donc une vaste hypocrisie de leur part de s’inquiéter du "cordon sanitaire" et autre "front républicain". D’ailleurs Jean-François Copé se positionnait clairement dans une stratégie qui n’était plus celle-ci.

C’est beaucoup plus gênant pour le FN, du moins tactiquement. Je pense que Marine Le Pen ne fera rien stratégiquement sur le constat mis en lumière par ce sondage. Au FN, ils savent en tout cas qu’ils sont rentrés dans le jeu de la bataille démocratique, et que le jeu de la dédiabolisation a effectivement opéré. Et comme cela se joue sur les thèmes classiques de la droite, mais sur ceux que défend le FN, celui-ci peut espérer que même sans rien faire, un phénomène de "grignotage" puisse continuer à s’opérer. Et cela viendra de ce côté seulement de l’échelle politique, je ne pense pas que ce mouvement vienne s’opérer sur ce que l’on appelle parfois le "gaucho-lepénisme".

Y'a-t-il finalement une acceptation de la part de l'UMP et de ses militants que la prise du pouvoir par le FN n'est plus aujourd'hui une idée absurde, ni même néfaste ?

L’UMP reconnaît en effet que le Front national peut devenir un partenaire comme un autre. Comme les idées d’une partie de l’UMP sont convergentes avec celles du FN – et la politique se base encore sur des idées, ne l’oublions pas – cela devient possible. Il ne faut surtout pas oublier non plus un autre élément : un contexte politique très défavorable à la gauche. Grosso modo, ce que l’on voit c’est une sorte de "tout sauf la gauche" car la question du sondage est posée dans un contexte d’empêcher la gauche d’empocher une élection régionale. 

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