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Thomas Piketty, l'auteur de "pour une révolution fiscale"
Thomas Piketty, l'auteur de "pour une révolution fiscale"
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Présidentielles 2012

Programme du PS : "Il y a un risque de perte de recettes"

Alors que le Parti socialiste se dote d'un programme économique à 13 mois de l'élection présidentielle et à 6 de la primaire socialiste, l'économiste Thomas Piketty, ancien conseiller de Ségolène Royal et auteur de "Pour une révolution fiscale" livre à Atlantico son analyse des premières mesures économiques connues du projet socialiste.

Thomas Piketty

Thomas Piketty

Thomas Piketty, 39 ans, est économiste spécialisé dans l'étude des inégalités économiques et sociales. Proche de la gauche, il est l'auteur de Pour une révolution fiscale (Seuil, 2011).

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Atlantico : Le programme du PS devrait annoncer la création de 300 000 emplois jeunes baptisés emplois d’avenir : cela a un coût pour les finances publiques, déjà mal en point :

Thomas Piketty : De façon générale, je ne suis pas super favorable à ce type de mesure, en même temps je constate que 300 000 X 15 000 euros, cela fait 4,5 milliards, c’est à dire les recettes de l’ISF, que l’on s’apprête à bazarder en grande partie, si j’ai bien compris la réforme du gouvernement, qui s’apprête à diviser par 2 ou 3 l’impôt sur la fortune. Quoi faire de ces 3 milliards qui manqueront demain, sinon relancer la machine de l’emploi des jeunes ? Plutôt que de faire un cadeau fiscal à 300 000 contribuables…

Je ne suis pas favorable aux emplois aidés en général, mais même le gouvernement actuel a été obligé de reconnaître que lors d’une crise, plutôt que d’avoir une génération sacrifiée, être un peu souple sur les emplois aidés c’est du pragmatisme.

Dans une période vraiment déprimée sur le marché du travail, le projet socialiste ne propose pas de créer des emplois de fonctionnaires, et si cela permet d’alléger la souffrance sociale des jeunes qui sont en chômage long c’est une bonne chose.

 

Le projet socialiste prévoit également une fusion de l’impôt sur le revenu avec la CSG…

Dans notre livre « Pour une révolution fiscale », nous défendons un grand impôt progressif sur le revenu, dont le Parti Socialiste semble reprendre les grandes lignes dans son projet. Je m’en félicite, bien sur, mais je précise que notre livre s’adresse à tout le monde, aussi bien aux candidats de droite que de gauche, ni moi-même ni mes co-auteurs ne sont membres du PS ou d’aucun autre parti.

Ce qui inquiète beaucoup de gens, en particulier à droite, c’est l’augmentation des impôts. Il faut être clair, avoir un système de prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu c’est le meilleur service que l’on peut rendre à la France.

Vu de l’étranger notre système est ultra compliqué, avec plusieurs impôts sur le revenu qui se superposent et avec lesquels ont peut tricher. Entre les barèmes, les abattements, les niches, c’est une caricature de fiscalité !

Avoir enfin un impôt sur le revenu unique prélevé à la source, revenu du travail comme revenu du capital, franchement, cela devrait rassembler tout le monde ; la discussion devrait porter uniquement sur le taux, pas sur le prélèvement à la source, pas sur la simplification d’ensemble.

La gauche reprend ce programme, mais que la droite s’y mette et propose enfin de vraies réformes fiscales ! Le quinquennat qui s’achève est un quinquennat pour rien sur le plan fiscal, avec des niches en début de mandat, qu’on supprime à la fin ! Un mandat inutile comme celui là, il ne faut plus qu’il y en ait.

Maintenant, une inertie fiscale peut aussi arriver à la gauche, cela lui est d’ailleurs arrivé dans le passé.

Le bilan du gouvernement actuel est en tout cas calamiteux sur le plan fiscal, arrêtons de rejouer un conflit droite gauche sur des sujets majeurs comme celui-là, et souhaitons plutôt que la droite et la gauche arrivent à se mettre d’accord sur une simplification d’ensemble. Après, la différence entre la droite et la gauche se jouera sur les barèmes. Que la gauche soit favorable à un impôt plus progressif est somme toute assez logique…

 

Le projet de programme socialiste prévoit aussi des mesures fiscales destinées à favoriser l’investissement dans les PME, en agissant sur l’impôt sur les sociétés…

Le taux effectif d’impôt sur les sociétés est tombé à un niveau anormalement bas, et pas seulement pour les grandes entreprises. Il ne faut donc pas perdre une partie d’une ressource fiscale essentielle en pensant soutenir la croissance. Donc sur cette partie des propositions socialistes, je demande à voir : il faut être sûr qu’on ne perdra pas de recettes.

 

Propos recueillis par Jean-Baptiste Giraud

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