Test du chômage, le retour : pourquoi Hollande se met (encore) dans une double impasse | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
François Hollande croit encore à une baisse "crédible" du chômage en 2016.
François Hollande croit encore à une baisse "crédible" du chômage en 2016.
©Reuters

Dos au mur

Test du chômage, le retour : pourquoi Hollande se met (encore) dans une double impasse

Réitérant sa promesse de ne pas se présenter à l'élection présidentielle en 2017 si jamais le chômage ne connaissait pas de baisse "crédible" en 2016, François Hollande lie une fois de plus son destin politique à la situation économique de la France. Un pari encore tenable, mais très risqué.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

Voir la bio »
Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

Voir la bio »

Atlantico : François Hollande fait le pari d’une baisse "crédible" du chômage en 2016 pour se présenter devant les français en 2017. Cette prévision est-elle réaliste ?

Nicolas Goetzmann : Le gouvernement prévoit une croissance de 1.7% pour l’année 2016, ce qui est confirmé notamment par les anticipations de l’OCDE (1.7%), ou 1.6% pour le FMI. Etant donné que sur une base historique, la France commence à créer des emplois à partir du seuil de 1.68% de croissance, le pari fait par le Président semble donc tenable, mais sur une base plutôt faible.

Cependant, il ne s’agit pas de se leurrer, le regain d’optimisme concernant l’économie française au cours des prochains mois provient très largement de l’action européenne, c’est-à-dire de l’action menée par la Banque centrale européenne depuis l’annonce en janvier dernier de la mise en place d’un plan d’assouplissement quantitatif de plus de 1000 milliards d’euros.  Au niveau macroéconomique, un tel programme revient à soutenir la demande intérieure du  continent européen, et donc la croissance. Ce plan a débuté en mars dernier et doit se poursuivre pendant 18 mois, c’est-à-dire pendant la plus grande partie de l’année 2016. A l’échelle de la France, il s’agit d’une relance de 200 milliards d’euros correspondant à 10% du PIB du pays.  Le pari fait par François Hollande repose donc sur l’action menée par la BCE, qui est indépendante. Elle n’est donc pas de son fait.

La politique menée par François Hollande permet-elle une telle projection ? A-t-il seulement les moyens d’y parvenir ?

Nicolas Goetzmann : François Hollande, depuis son « virage de l’offre » pris au début de l’année 2014, s’est lancé dans une politique de réformes structurelles de faible ampleur. La baisse du coût du travail via le pacte de responsabilité et la mise en place de la Loi Macron ayant pour objectif de « libérer » certains pans de l’économie française sont les deux principaux exemples. Cependant, de telles mesures ont pour objectif de soigner le potentiel de croissance de l’économie française, ce qui est le propre des réformes de l’offre. Une politique de la demande permet d’atteindre ce potentiel et une politique de l’offre le développe. Or, le potentiel actuel de l’économie française, qui est voisin de 2% de croissance annuelle n’est déjà pas atteint, ce qui indique un problème du côté de la demande.

Pour que le plein potentiel de l’économie française soit atteint, il est donc nécessaire de compter sur le soutien de la BCE, parce que c’est elle qui détient les cordons de la demande européenne. De leur côté, les mesures prises par François Hollande ne peuvent avoir qu’un effet limité sur un temps long, soit quelques dixièmes de croissance potentielle gagnée à un horizon de 5 ans. 

L’ironie de la déclaration de François Hollande est que la baisse du chômage en France, dans sa dimension conjoncturelle, n’est tout simplement pas en son pouvoir. Il s’agit là de la responsabilité de la BCE et non de celle des gouvernements nationaux. Ainsi, La promesse, ou le pari, repose donc uniquement sur l’action mise en place par la BCE, dont le chef de l’Etat cherche à cueillir les lauriers par avance. 

François Hollande a-t-il raison de conditionner sa candidature en 2017 à une baisse du chômage en 2016 ? C'est un pari assez audacieux...

Jérôme Fourquet : L'expérience passée montre et François Hollande est bien placé pour s'en souvenir et notamment  quand il était secrétaire du PS à l'époque où Lionel Jospin était Premier ministre que même avec un bon bilan on peut être battu à une présidentielle. Avec un mauvais bilan économique, le challenge s'avère impossible. Si François Hollande a pris un risque en conditionnant sa candidature à la baisse du chômage, c'est un risque calculé puisque  si le chômage ne baissait pas, les chances de François Hollande de l'emporter en 207 serait quasi nulle et la question de se candidature de ne viendrait plus à se pose. S'il venait à se présenter il le ferait dans des pires conditions. De ce point de vue là, on peut penser que François Hollande a fait un choix rationnel et lucide même si l'annoncer comme ça de but en blanc peut paraître assez hasardeux et téméraire mais c'est quelque part intégrer une contrainte très forte qui pèsera et il le sait, sur ses épaules. Ils préfèrent prendre les devants plutôt que d'avoir à subir éventuellement les éléments et à se présenter dans la plus fâcheuse des postures en 2017.

Quelle est l'importance des bilans des candidats sortants à la présidentielle ? Quel impact peut avoir le bilan d'un candidat sur son élection ? Lionel Jospin avait un bon bilan et n'a pourtant pas été réelu…

Jérôme Fourquet : Comme on l'indiquait, avoir un bon bilan ne permet pas toujours d'assurer son élection et sa réélection et l'exemple de Lionel Jospin en 2002 est là pour nous le rappeler puisqu'en matière économique le chômage avait fortement régressé entre 1997 et 2002 et pour autant, on s'en souvient, Lionel Jospin avait été battu au premier tour de la présidentielle. Partant de là, il ne faut pas inverser la charge de la preuve et penser qu-  on pourrait se présenter même avec un mauvais bilan. C'est plutôt à l'envers qu'il faut raisonner, c'est-à-dire que même avec un bon bilan on peut être battu. C'est sans doute ce que François Hollande a intégré et qui a conduit à faire la déclaration qu'il a faite sur la baisse du chômage comme conditions sine qua none comme capacité à se représenter décemment devant les Français. Si on prend un exemple plus récent, Nicolas Sarkozy, s'est représenté en 2012 plombé par un bilan assez négatif en matière économique puisqu'il y avait eu la crise et il a été battu par François Hollande, un candidat qui sur la papier ne présentait pas forcément sur la papier à 6 mois ou 1 an de l'échéance tous les attributs pour pouvoir le battre facilement. Donc on voit que quand vous êtes lestés d'un bilan négatif il est pratiquement impossible pour vous de vous faire réélire et même si ensuite vous avez un bilan positif, vous n'avez accompli qu'une partie de la tâche et une partie du chemin. Un mauvais bilan vous conduit certainement à la défaite, mais un bon bilan ne vous assure pas forcément la victoire.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !