Suicide chez les enfants : la fin d'un tabou | Atlantico.fr
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"On ose de plus en plus parler de ces drames, se poser des questions et c’est tant mieux"
"On ose de plus en plus parler de ces drames, se poser des questions et c’est tant mieux"
©Charles Platiau / Reuters

Drames humains

Suicide chez les enfants : la fin d'un tabou

Plusieurs suicides d'enfants ont fait la Une des médias ces dernières semaines. Psychiatre spécialiste de l'adolescence en difficulté, Xavier Pommereau revient sur les causes de ce phénomène.

Xavier Pommereau

Xavier Pommereau

Xavier Pommereau est psychiatre spécialiste de l'adolescence en difficulté. Le Dr Pommereau dirige le Pôle Aquitain de l'adolescent au centre Abadie ( CHU de Bordeaux). Il a créé "Clash back" un jeux vidéo thérapeutique visant à aider les jeunes souffrant de trouble comportementaux.
 

Il tient aussi une page Facebook.

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Atlantico : Plusieurs suicides d'enfants ont été médiatisés ces dernières semaines. S'agit-il d'une tendance nouvelle ou en parle-t-on simplement davantage aujourd'hui ?

Xavier Pommereau : Ce n’est pas un phénomène nouveau. Cela a malheureusement toujours existé. Aujourd'hui, nous déplorons chaque année chez les enfants 40 décès causés par un suicide. Ce chiffre peut être mis en rapport avec les chiffres abominables du suicide chez les adolescents et jeunes adultes qui concernent 600 à 800 cas par an.

Il n’existe pas de véritable augmentation du nombre de suicides chez les enfants. En revanche, nous en parlons beaucoup plus à l’occasion des faits divers dramatiques car les médias font leur travail. Désormais, le sujet est moins tabou. Il faut sans doute s’en réjouir. On ose de plus en plus parler de ces drames, se poser des questions et c’est tant mieux. Mais il ne faudrait pas résumer le problème en considérant que c’est une tendance nouvelle, et se mettre à trouver des causes qui n’en sont pas.

Les jeunes se suicident. Nous les appelons encore enfants car biologiquement ils ne sont pas pubères. Ils restent donc des enfants, mais, sur le plan de la maturité sociétale, se considèrent déjà comme adolescents. Or, en pratique sont considérés comme des adolescents, un individu qui se trouvent entre sa puberté et ses 18 ans.

Pourquoi un enfant se suicide-t-il ?

En réalité, les grands enfants qui se suicident sont des jeunes en grandes souffrances profondes. Ils passent à l'acte pas uniquement à la suite de faits précis qui déclenchent leur geste. On a tendance à confondre les causes "déclenchantes" avec les causes profondes. Une dispute, un conflit avec un parent, un professeur, ou un ami, peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase mais cela veut dire que le vase était déjà plein de beaucoup d’autres souffrances, qui n’ont pas forcément étaient vues ni reconnues par l’entourage.

Il s'agit toujours de causes identitaires profondes mais qui n’apparaissent pas forcement au grand jour : plus on est proche de quelqu’un, moins on le voit évoluer. De la même façon, lorsqu’on est un enfant en détresse on n’a pas envie de le montrer à ses parents.

Comment lutter contre ce phénomène ?

Que ce soit pour les enfants ou les adolescents qui pensent au suicide, il faut savoir que contrairement à la manière dont on en parle parfois dans les médias, ce n’est pas le facteur déclenchant qui est la cause du passage à l’acte. Il y a des signes avant-coureurs, quels sont-ils ?

Un enfant ou un adolescent d’aujourd’hui a envie de faire des conduites d’écart pour se différencier de son entourage mais cela reste des écarts modérés. Dès lors qu’il passe au « grand écart » à savoir l’ivresse prononcée, la fugue ou autres choses, il faut commencer à être en alerte.

Lorsque le grand écart confine à la déchirure, il faut entendre le mot au sens propre comme au figuré, la déchirure des relations, la déchirure par l’alcool ou le cannabis, les "clashs" répétés avec l’entourage, les violences…etc. A ce moment-là l'entourage doit vraiment s’inquiéter et se dire que ce jeune qui multiplie les cassures et les ruptures est en souffrance. Par forcément en terme de maladie mentale mais de souffrances psychologiques. Là, le dialogue s’impose. Demander de l’aide à un spécialiste si on a le sentiment de ne pas réussir à faire le tour du problème tout seul est bien-sûr à envisager.

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