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SOS candidats aux municipales : ce que les difficultés de LaREM disent du projet du parti majoritaire
©Thomas SAMSON / AFP

Hégémonie

SOS candidats aux municipales : ce que les difficultés de LaREM disent du projet du parti majoritaire

Les remous qui entourent la désignation des candidats de LREM aux élections municipales, comme à Paris où Benjamin Griveaux écarte la tenue d'une primaire qui serait une "machine à diviser", semblent montrer une certaine fébrilité au sein du parti présidentiel. Un paradoxe dans un parti avec un tel monopole politique.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), et le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019).

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Atlantico : Comment s'expliquent selon vous ces difficultés aujourd'hui ?

Christophe Boutin :  Il n'est pas certain que les problèmes parisiens, aujourd’hui centrés autour de la personnalité de l’ex Strauss-Khanien Benjamin Griveaux, soient révélateurs, comme vous le dites, d'une « fébrilité au sein du parti du Président ». Elle semble plutôt révélatrice d'une fébrilité des différents candidats à la mairie de la capitale, un poste politique de premier rang, dont nous n'avons pas ici le temps ni la place de détailler les multiples avantages. Ajoutons que Benjamin Griveaux pose ce faisant une question intéressante, celle de l'utilité de ces fameuses « primaires » qui devaient devenir l’alpha et l’oméga de la démocratie apaisée à la française, et qui n'ont pour l'instant conduit qu'à l'éclatement des deux anciens partis de gouvernement, le Parti socialiste et Les républicains, portant à l’incandescence les haines internes. Ces représentations théâtrales, lorsqu'elles sont médiatisées, n'intéressent finalement que peu de monde, et il faut reconnaître que les combats internes aux partis politiques et les négociations plus ou moins sordides entre courants n'étaient pas moins aptes à dégager des personnalités qui recueillaient ensuite les suffrages de leurs concitoyens.

 Les difficultés actuelles sont de deux types pour LaREM. La première, qui semble spécifique à Paris et à certaines métropoles ou grandes villes, est le trop-plein de candidats, et donc la nécessité de faire des choix - avec le risque, à l’extrême, de voir des candidatures dissidentes. La seconde, ailleurs, est de trouver des candidats à la fois nouveaux et crédibles. Rappelons-nous les législatives de 2017, quand des candidats quasiment incapables d'exprimer une réflexion cohérente limitaient leur discours à leur indéfectible soutien pour la personne du jeune chef qui venait d'accéder à la présidence de la République.

 Il est donc certain qu'il faut commencer à préparer les municipales, et que LaREM, le seul parti qui n'y ait jamais participé, doit arriver à trouver ses marques. On comprend les difficultés de l'exercice, mais encore faut-il préciser deux choses. La première est que le parti a déjà été rallié par d'anciens élus, venant de la gauche, comme du centre ou de la droite, qui joueront ici un fort utile rôle par leur connaissance du terrain d’une part, des réseaux d’influence d’autre part. La seconde est que le parti n’ira pas seul au combat, et qu’il y aura très certainement sinon de nouvelles défections, au moins de nouvelles alliances pour préparer ces élections municipales. Et on rappellera d'ailleurs à ce sujet l'importance du type particulier de scrutin de ces élections, avec la possibilité de recomposer les listes entre les deux tours. Pour peu que se profile la menace de la renaissance du fascisme « immense et rouge » et les unions les plus surprenantes pourront alors se justifier.

 

 LREM semble avoir plus de facilité à forcer les ralliements des maires que d'en produire par elle-même. Est-ce parce que la ligne de LREM est plus difficile à défendre et à incarner que sa stratégie vis-à-vis des autres formations politiques ?

 La ligne de LaREM aux municipales n'est effectivement absolument pas définie, et l’on ne sait pas, par exemple, quelles seront les parts respectives données à la sécurité ou à l'environnement, autant de choix qui peuvent avoir une influence réelle sur les électeurs. Mais la ligne des autres partis est-elle plus claire ? Il va falloir attendre quelque temps avant que les choses ne se clarifient et que l’on sache, pour parler la novlangue du technocrate local, quels « projet de territoire » sera « porté » par tel ou tel. 

Il est certain ensuite que l’électorat de LaREM conduit le parti à avoir certaines difficultés. On a parlé du trop-plein de candidats dans les métropoles, et notamment à Paris. Mais à l’inverse, il sera peut-être plus difficile de trouver des personnalités à même de porter le discours de LaREM dans une France périphérique où, il faut bien le dire, il peine encore parfois à convaincre, sinon à s'implanter, comme l'a prouvé le mouvement des « Gilets jaunes ». 

Quant au ralliement « forcé » des élus existants que vous évoquez, s’il semble facile c’est peut-être aussi  parce qu’il y a des arguments du côté de LaREM. Des arguments de force, bien sûr : il est évident qu’un maire hostile au parti majoritaire est placé sous une surveillance particulière de la part des services de la préfecture, que l’intercommunalité à laquelle il appartient, si elle n’est pas de son bord, fait tout pour le gêner, et qu’il ne risque pas de crouler sous les subventions. Mais la douceur est aussi efficace que la force : LaREM propose aux élus d'accepter le plat de lentilles qu'elle leur offre, soit un mandat et ses avantages, en échange du renoncement à une étiquette. Libre à eux de refuser. Mais il est effectivement permis de penser qu’un certain nombre d’entre eux sauteront le pas, non pour eux, bien sûr, mais pour que leurs administrés ne subissent pas les conséquences d’un refus. 

LREM incarne aujourd'hui un certain nombre de “valeurs” (importance de l'économie, volonté de réforme, ordre) qui lui a permis de consolider son électorat. Cependant, les querelles semblent aujourd'hui surtout porter sur des questions d'individualité plus que de fond. Qu'est-ce que ces querelles disent aujourd'hui du parti majoritaire ? Faut-il y voir un des effets de sa trop grande hétérogénéité interne ?

 Il y a dans votre question beaucoup de points qui gagneraient à être redéfinis. Vous évoquez ainsi l'importance de l'économie, mais on pourrait parler surtout chez LaREM du primat d’une économie financiarisée, ce qui n’est pas la même chose ; l’ordre, mais il s'agit plus de mater les révoltes de la France périphérique que de rétablir le dit ordre dans les « territoires perdus de la République ». Plus intéressant en tout cas que les éventuelles « valeurs » qu’incarnerait LaREM, se pose effectivement maintenant la question de sa cohérence interne.

 Derrière les divisions que l'on peut constater, on peut envisager deux causes. La première, la plus simpliste, résume les choses en querelles d'egos, en luttes pour les places, et ne veut voir dans les choix politiques des uns et des autres que la volonté de satisfaire des appétits individuels. On ne niera pas que cette approche ait une part de réalisme, mais l'évolution de LaREM conduit à s'interroger maintenant sur les éventuelles divisions de fond qui existent au sein du parti.

En effet, la base militante, comme la plupart des élus d'origine, vient essentiellement d'une gauche modérée qui a été déçue par le quinquennat de François Hollande, et qui a été séduite par le brillant jeune homme qui, pendant un an, a fait la couverture de tous les médias français. Ils pensaient alors découvrir ensemble « une nouvelle manière de faire de la politique ». Mais une partie d’entre eux est aujourd’hui déçue par la politique qu’ils jugent trop à droite menée par le gouvernement d’Emmanuel Macron, sous la direction, justement, d’un transfuge de la droite, Édouard Philippe, pendant les deux dernières années.

Si les élus ont toujours quelque difficultés à quitter une structure dont ils dépendent, il n’en est pas de même des électeurs, et cela en a conduit une partie, lors des dernières élections européennes, à se tourner vers un vote écologiste qui leur semblait plus « à gauche » en ce qu’il satisfaisait leur volonté de réformes sociétales. Et ces électeurs défaillants ont été remplacés chez LaREM par des électeurs de droite, centristes bien sûr, mais aussi électeurs des Républicains, qui estiment, à fort juste titre d’ailleurs, qu’Emmanuel Macron fait à peu de choses près la politique que voulait Alain Juppé, à la différence près qu’il sait rester « droit dans ses bottes » face aux manifestations de rue. Et pour les municipales qui viennent on voit LaREM se lancer dans une véritable opération de séduction en direction non pas tant des anciens élus locaux socialistes ou des électeurs, que de ceux de la droite. Ils sont appelés à rejoindre les rangs d'une vaste coalition autour des « valeurs » que vous indiquez : l'économie financiarisée comme priorité ; les réformes tous azimuts pour désintégrer la puissance publique au profit du privé ; un maintien de l'ordre sans concessions à l'égard des perdants de la mondialisation qui renâcleraient.

 Ces choix ne peuvent qu’augmenter les tensions internes entre la frange de droite ralliée à Macron (le meilleur président de droite selon Emmanuelle Mignon) et la frange de gauche originelle qui cohabitent dans LaREM. Mais les choses ne deviendraient un problème pour le Président que si elles provoquaient une scission au sein de LaREM à l’Assemblée nationale. Or les députés savent bien que, sortis de nulle part en 2017 – sauf pour les transfuges - ils ne représentent rien et n’ont aucune autre légitimité que celle d’avoir été choisis par le Prince pour poser sur l’affiche à ses côtés. Venus du néant ils peuvent y rentrer aux prochaines élections, produits parfaitement consommables et jetables – voire à usage unique - à l’image de cette société qu’ils promeuvent. Cela peut faire réfléchir à l’ardente nécessité d’éviter la rupture et de rester dans le parti, « pour l’infléchir de l’intérieur », bien sûr…

 

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