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"Pourquoi je vais voter à la primaire socialiste même si je suis de droite !"
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Gauche/Droite

"Pourquoi je vais voter à la primaire socialiste même si je suis de droite !"

"Pourquoi ne devrais-je pas voter pour un finaliste qui n’appartient pas à mon camp ?", se demande Sophie de Menthon.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Il n’y a pas un Français qui ne souhaite que son pays se sorte de cette crise économique et sociétale et que le futur Président ait toutes les qualités pour y parvenir. Il faut pour cela que le débat entre les deux tours soit à la hauteur d’un vrai projet pour la France. Or, rien ne se passe ainsi, une campagne électorale est une kermesse dans laquelle il faut attirer tout le monde sur son stand, avec le maximum de lots à offrir… En cela, la primaire socialiste est parfaite : spectacle assuré entre « Questions pour un Champion » et « Secret Story », peu à peu les candidats se dévoilent, lâchant la vérité de leurs convictions réelles. Nous guettons, tous téléspectateurs confondus, celui qui apparaitra comme « le » candidat de gauche. Dans l’opposition, cela crée la frustration de ne pouvoir donner son avis…

C’est ainsi que j’ai décidé de participer. Pourquoi ne devrais-je pas voter pour un finaliste qui n’appartient pas à mon camp ? Si la majorité actuelle l’emporte, j’aurais contribué à faire valoir ma voix pour celui qui se rapproche de mes convictions. Si la gauche passe, j’aurai la satisfaction d’avoir pu m’exprimer, d’autant qu’au bout du compte le vainqueur de la présidentielle devra être le Président de tous les Français. S‘exprimer lors de cette primaire, c’est déjà préparer une nécessaire cohésion nationale ce qui est particulièrement nécessaire en temps de crise ; les enjeux sont énormes et de ce prochain quinquennat peut dépendre la survie de la France et de l’Europe.

Alors, peut-on se contenter de regarder passer les trains devant la télé en comptant les points ? La situation est telle que la passivité est une faute et nous ne pouvons accepter de contribuer à disqualifier le discours politique en nous comportant en enfants gâtés : réclamer une solution clés en mains au chômage ou à l’emploi, une garantie sans failles et universelle pour notre santé, nos retraites, etc. le tout en travaillant moins et sans impôts sauf pour « les riches ». En revanche, on doit exiger que soient clairement définies les missions régaliennes de l’Etat (ce que l’Etat doit assurer et pour combien ?). C’est en vertu de cette implication qu’il me semble en mon âme et conscience, que j’ai le devoir de voter à ces primaires « ouvertes à tous ».

Le discours consiste à dire que ce sont les gens de gauche, seuls, qui doivent voter, le filtre étant de prêter serment en ces termes : « Je me reconnais dans les valeurs de la gauche et de la République, dans le projet d‘une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire ». Qui peut être contre ? En quoi ces « valeurs » sont-elles strictement socialistes ? Ou alors, je suis socialiste et je ne le savais pas ! En revanche, on peut ne pas être du tout d’accord sur les moyens d’y parvenir. Confisquer un vote est antirépublicain et antidémocratique.

A droite, on persiffle sur le thème : « Ne nous mêlons pas de ça ! », « qu’ils se débrouillent entre eux ». Mais, de la même façon que la France de gauche a voté pour Jacques Chirac pour éliminer Jean-Marie Le Pen, n’est-il légitime de vouloir éliminer un ou une candidate qui tiendrait des propos totalement inadaptés voire dangereux à nos yeux ?

Choisir son adversaire politique est un droit nouveau qui nous est proposé à travers ces primaires. Pourquoi y renoncer et au nom de quoi ? Que l’on soit, au centre, libéral, de droite… se prononcer à un sens et il ne s’agit pas de vils calculs politiques comme certains voudraient le laisser croire, par exemple : « Voter, untel, parce qu’au deuxième tour : il ne tiendrait pas face à Sarkozy ! » (propos de bistrot). Il me semble en revanche qu’il faille saisir l’opportunité de contribuer à l’évolution d’une gauche archaïque qui cède en ce moment à de vieux démons que l’Europe entière récuse ? Ne doit-on pas encourager par exemple la pédagogie que fait Manuel Valls au lieu de soupirer : « Il n’a aucune chance ! ».  Considérons que plus ce dernier comptabilisera de voix aux primaires, plus il aura de poids pour imposer ses idées si la gauche passe ; ou encore voter Ségolène Royal pour que l’on retienne son désir d’éducation, de valeurs et son intérêt pour les PME. Réduire les voix d’Arnaud Montebourg c’est faire comprendre que la dé-mondialisation est un repli illusoire et peureux, relativiser celles de Martine Aubry c’est rappeler que c’est elle qui a donné un coup d’arrêt à la croissance française sans jamais vouloir s’en expliquer vraiment, en cassant la valeur travail, etc. Les électeurs non-socialistes ont droit à une gauche qu’ils respectent.

Cela aurait en outre le mérite de casser ce clivage jaloux qui a de moins en moins de sens ; comment ne pas s’exaspérer lorsqu’un camp proteste quand l’autre « lui vole » une bonne idée ? Touche pas à ma valeur de gauche ! Il y a longtemps que les Français savent que la bonne conscience et les solutions ne sont pas l’apanage d’un panneau de signalisation électoral. Alors, tous aux urnes pour la primaire socialiste…

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