Sommes-nous seuls dans l’univers ? | Atlantico.fr
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Un groupe de manifestants défilent en mars 1995 pour sensibiliser le public sur un accident de ballon météo à Roswell, en 1947.
Un groupe de manifestants défilent en mars 1995 pour sensibiliser le public sur un accident de ballon météo à Roswell, en 1947.
©JOSHUA ROBERTS / AFP

Bonnes feuilles

Sommes-nous seuls dans l’univers ?

Trinh Xuan Thuan  a publié « Mondes d'ailleurs, Sommes-nous seuls dans l'univers ? » aux éditions Flammarion. Existe-t-il des planètes comparables à la Terre ? Hébergent-elles la vie ? La pluralité des mondes fascine les savants depuis des millénaires. Trinh Xuan Thuan mène l'enquête pour tenter de briser le silence du cosmos. Extrait 1/2.

Trinh Xuan  Thuan

Trinh Xuan Thuan

Trinh Xuan Thuan est astrophysicien, professeur à l'université de Virginie aux États-Unis. Depuis La Mélodie secrète qui le fit connaître en 1988, il a publié une vingtaine d'ouvrages, salués par le Prix Kalinga de l'Unesco et par le Prix mondial de la Fondation Cino Del Duca. En mai 2021, il donnera une série de cours à l'université de Genève sur la pluralité des mondes, dans le cadre d'une chaire « Science et spiritualité ».

Voir la bio »

Le programme SETI repose sur l’hypothèse que le meilleur moyen d’entrer en contact avec des extraterrestres est de détecter des signaux électromagnétiques provenant d’une planète lointaine, ou de localiser des artefacts (par exemple une sphère de Dyson) qui démontreraient leur existence. Et si les extraterrestres ne se trouvaient pas à des années-lumière de nous, mais étaient déjà à nos portes ?

Dans ce cas, nous n’aurions nul besoin de télescopes ni de détecteurs sophistiqués pour communiquer avec eux. Pour un nombre non négligeable de personnes, c’est déjà le cas : les extraterrestres sont parmi nous, sur Terre. Ainsi, selon les sondages régulièrement menés depuis les années 1960, environ la moitié du public américain est convaincu que les extraterrestres sont venus ou viennent encore nous rendre visite aujourd’hui à bord de vaisseaux spatiaux. Ces croyances sont-elles fondées ?

Dans la conscience populaire, la preuve que les extraterrestres sont déjà venus visiter notre planète tient au prétendu repérage de vaisseaux spatiaux d’origine inconnue. Ils sont désignés sous le terme générique d’ovnis (acronyme d’« Objets volants non identifiés »). Ainsi, en Amérique, des milliers de témoignages d’ovnis sont rapportés chaque année. Il y a toutes les raisons de croire que l’essentiel de ces témoignages sont de bonne foi. Certains émanent de pilotes ou d’astronomes dont la crédibilité ne saurait être mise en doute. Le fait que nous ne pouvons pas identifier la nature de ces objets volants signifie-t-il nécessairement qu’ils sont d’origine extraterrestre ?

LES « SOUCOUPES » DE L’ESPACE

Comment la notion d’ovni a-t-elle vu le jour ? La première mention moderne date de juin 1947. Elle vient d’un homme d’affaires américain du nom de Kenneth Arnold. Il rapporte avoir observé, alors qu’il pilotait son avion privé près du mont Rainier, dans l’État de Washington, neuf objets en forme de galets plats, très brillants, de longueur comprise entre douze et quinze mètres, et se déplaçant à près de 2 000 kilomètres par heure. Ils volaient, déclare Arnold, « comme des oies, formant une chaîne en diagonale comme s’ils étaient attachés l’un à l’autre, en un mouvement sautillant, analogue à celui d’une soucoupe ricochant sur l’eau ».

Bien qu’Arnold n’ait parlé de « soucoupe » que pour décrire les mouvements des objets non identifiés et non leur forme, la presse relatera qu’ils ressemblaient à des « soucoupes volantes » (flying saucers). Ce terme frappa tellement l’imagination du public à travers le monde qu’il est entré dans la culture populaire et est resté associé pour toujours au phénomène des ovnis. L’U.S. Air Force se pencha aussi sur l’incident. On était en pleine guerre froide, et, pour certains militaires, ces engins étaient non pas des vaisseaux extraterrestres, mais de nouveaux modèles d’avions développés par l’Union soviétique, une sérieuse menace envers la sécurité des États-Unis.

LE RAPPORT CONDON DIT NON

Le milieu académique, qui jouit auprès du public américain d’une réputation d’objectivité et de rigueur scientifique, s’était aussi intéressé à la question. Durant les années 1950 et 1960, des équipes universitaires, mandatées par l’U.S. Air Force, se constituèrent pour étudier les cas les plus intéressants.

Poster d’un film de science-fiction hollywoodien de 1950 intitulé La Soucoupe volante.

Le dernier comité en date, celui dirigé par le physicien américain Edward Condon (1902-1974), s’était donné pour tâche d’examiner tous les témoignages d’ovnis entre 1966 et 1968. Dans la vaste majorité des cas (90 %), ces experts purent expliquer de manière plausible la nature des objets concernés.

Ces derniers relevaient généralement d’une méprise avec des planètes, des étoiles, des avions, des lancements de fusées, des ballons, des oiseaux, de la foudre en boule, des météores ou d’autres phénomènes atmosphériques. Et c’était sans compter les canulars occasionnels ! Ainsi, les objets vus par Arnold, à l’origine de l’engouement pour les soucoupes volantes, auraient très bien pu être des météores, de petites particules de poussière qui se consument par friction en pénétrant à grande vitesse dans l’atmosphère terrestre.

Dans une minorité de cas (10 %) toutefois, la nature des objets volants n’a pas pu être cernée. Les scientifiques n’en ont pas pour autant conclu que ces ovnis étaient des vaisseaux spatiaux venus d’autres planètes. Le rapport final du comité, connu sous le nom de « rapport Condon », a été publié en 1968. Ses conclusions sont sans appel :

« L’étude des ovnis durant ces vingt et une dernières années n’a rien apporté à la connaissance scientifique [et] d’autres études approfondies des ovnis ne peuvent probablement pas se justifier par l’espoir qu’elles pourraient faire progresser la science. »

Ce rapport reste jusqu’à ce jour le document de référence pour tous ceux que le phénomène laisse sceptique. À la suite du rapport Condon, l’U.S. Air Force mit fin à deux décennies de recherches sur les ovnis.

L’équivalent français du comité Condon est le GEIPAN (acronyme de « Groupement pour l’étude et l’information sur les phénomènes aérospatiaux non-identifiés »). Créé en 1977 par le CNES, il est parvenu à la même conclusion après trente ans de collecte de témoignages et d’enquêtes :

« En fait d’ovnis, l’écrasante majorité des témoignages se rapportent à des phénomènes parfaitement normaux, mais mal interprétés par les témoins. »

La conclusion que « l’étude des ovnis n’a rien apporté à la connaissance scientifique » n’est pas étonnante. Pour pouvoir appliquer la méthode scientifique au phénomène, les chercheurs doivent d’abord réussir à le modéliser et ensuite à tester le modèle par de nouvelles observations. Or aucune de ces étapes n’est envisageable en ce qui concerne de telles études. Les témoignages sont fondés sur des observations visuelles individuelles, qui ne peuvent pas être vérifiées ni répétées. Ils diffèrent aussi tellement les uns des autres, s’agissant par exemple de la forme ou du mouvement des vaisseaux spatiaux, si ce n’est du comportement de leurs passagers, que toute modélisation s’avère impossible.

En résumé, le phénomène ovni s’interprète par le fait que nombre de gens repèrent dans le ciel des phénomènes qu’ils ne parviennent pas à interpréter. Mais le fait qu’un objet volant est non identifié ne signifie pas nécessairement qu’il soit d’origine extraterrestre.

L’INCIDENT ROSWELL

Si les extraterrestres nous ont rendu visite dans le passé ou s’ils sont parmi nous à l’heure actuelle, y a-t-il des signes de leur passage ou de leur présence sur Terre ? Certains affirment que des artefacts laissés par ces visiteurs de l’espace existent bel et bien.

Le cas le plus étrange et le plus célèbre est sans doute celui de l’affaire Roswell, du nom d’une petite ville au Nouveau-Mexique. L’histoire commença en juillet 1947, quelques semaines à peine après que Kenneth Arnold eut fait la une des journaux d’Amérique avec son histoire de soucoupes volantes. Un fermier avait signalé avoir trouvé des débris éparpillés sur ses terres, à proximité de Roswell. La base aérienne voisine fut tout de suite alertée, et du personnel militaire vint récupérer les débris, annonçant à la presse locale qu’il s’agissait des restes d’un « disque volant » (flying disk) qui s’était écrasé. Un rapport vite démenti par un officier de l’U.S. Air Force… Celui-ci affirma que les débris n’étaient pas ceux d’un disque volant, mais plutôt d’un ballon-sonde météorologique, calmant les spéculations. L’incident de Roswell disparut bientôt des radars, si je puis dire.

L’affaire en resta là jusqu’en 1978, quand un ufologue américain (UFO est l’acronyme de Unidentified flying object, l’expression anglaise pour ovni) nommé Stanton Friedman remit l’« affaire » sur le tapis, fort de témoignages recueillis plus de trois décennies après. Il n’est guère étonnant que ces récits, basés sur des souvenirs si reculés dans le passé, n’aient pas toujours été concordants, et souvent se soient contredits…

Selon l’ufologue, l’U.S. Air Force avait non seulement récupéré des débris d’objets, mais aussi des corps d’extraterrestres, dissimulés en un lieu secret. Certains auraient peut-être même été encore en vie, ce qui ajoutait du piment à l’histoire. Pourquoi n’en savions-nous pratiquement rien ? Friedman invoquait la théorie du complot, accusant le gouvernement américain de dissimuler volontairement toutes les informations sur l’incident.

Un militaire de l’U.S. Air Force montrant aux journalistes des débris de feuille d’aluminium ramassés sur le lieu du crash d’un ovni, à Roswell, au Nouveau-Mexique, en 1947. Une vaste légende d’extraterrestres dissimulés par l’Air Force s’est bâtie autour de cet incident, mais elle n’est corroborée par aucun fait.

Il est difficile d’accréditer cette thèse. Toute sa théorie repose sur des témoignages visuels pas toujours fiables, recueillis longtemps après le « crash ». Il paraît en outre hautement improbable que le gouvernement américain ait pu garder un tel secret, sans aucune fuite, pendant plus de sept décennies. Dans une ère de super-médiatisation, où la moindre information, fabriquée ou réelle, est multipliée au centuple et instantanément diffusée sur les réseaux sociaux, voilà qui tient de l’exploit ! Impossible pourtant de nier le fait qu’un engin volant s’est bel et bien écrasé à Roswell.

Un rapport de l’Air Force paru en 1995, reposant sur des documents déclassifiés, fournit une explication plausible. Il dévoile que les débris récupérés à Roswell proviennent non pas du crash d’un ballon-sonde météorologique comme annoncé initialement, mais d’un ballon militaire, développé dans le cadre d’un programme hautement classifié appelé « projet Mogul » (tout un programme !).

Celui-ci consistait à faire voler des ballons au-dessus des frontières de l’Union soviétique, équipés de détecteurs pour espionner toute onde sonique provoquée par de possibles essais nucléaires à l’Est. Or, justement, le projet Mogul était en phase de test à la fin des années 1940 à Roswell. Le scientifique en charge du projet a confirmé que les débris récupérés provenaient bien de l’un de ses ballons. En effet, la comparaison des photos des débris de Roswell avec celles des ballons du projet Mogul révèle de fortes similarités. Fin de l’histoire !

Extrait du livre de Trinh Xuan Thuan,  « Mondes d'ailleurs, Sommes-nous seuls dans l'univers ? », publié aux éditions Flammarion

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