Si vous désinfectez encore objets et surfaces par peur du Covid, vous pouvez envisager d’arrêter | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Santé
coronavirus covid-19 nettoyage des surfaces pandémie
coronavirus covid-19 nettoyage des surfaces pandémie
©

Manie inutile

Si vous désinfectez encore objets et surfaces par peur du Covid, vous pouvez envisager d’arrêter

Selon une nouvelle étude publiée dans The Lancet, le risque d'être infecté en touchant une surface contaminée par le virus serait très faible. Alors que les ventes de spray et autres lingettes désinfectantes ont explosé, il va bientôt falloir donc réfléchir à ces pulsions d'achats.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

Voir la bio »

Atlantico.fr : Le microbiologiste de l'université Rutgers, Emanuel Goldman publie dans The Lancet une étude qui démontre que le risque d'être infecté en touchant une surface contaminée par le virus est très faible. Il explique notamment que l'on peut trouver sur une surface de l'ARN viral (« un cadavre de virus » selon ses termes), mais pas de virus infectieux. Se serait-on trompé depuis le début ?

Stéphane GAYET : Décidément, on n’en finit pas de se tromper avec ce coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la CoVid-19. Cette méprise vis-à-vis de la persistance virale dans l’environnement (terme adéquat pour parler de virions ou particules virales qui ne sont pas des êtres vivants) est révélatrice de plusieurs erreurs d’interprétation et de dysfonctionnements.

Quatre grandes catégories de virus pathogènes pour l’espèce humaine et la prévention qui en découle

Schématiquement, les virus en cause dans les infections humaines sont habituellement groupés en quatre grandes catégories : les virus dits respiratoires qui sont transmis par des microgouttelettes de mucosités émises lors de la toux et de la parole, ainsi que par les mains ; les virus dits entériques qui sont transmis par les mains, ainsi que par les objets et surfaces qui sont l’objet d’une contamination de contact par des mains souillées de matières fécales ou de vomissures ; les virus à transmission sexuelle ou par effraction cutanée ; les virus à transmission vectorielle (insectes, tiques, petits mammifères…).

Cette classification trouve son intérêt dans la prévention : la prévention des infections à virus respiratoire repose sur la distance physique, le port de masque et le lavage ou la désinfection des mains ; celle des infections à virus entérique, sur le lavage des mains et la suppression des vecteurs inertes ; celle des infections à virus à transmission sexuelle ou par effraction cutanée, sur l’hygiène sexuelle et l’hygiène des interventions chirurgicales et des transfusions ; celle des virus à transmission vectorielle, sur la lutte contre les vecteurs et la chimioprophylaxie quand elle est possible.

Les virus dits respiratoires sont en général physiquement fragiles (virus enveloppés, l’enveloppe virale ou péplos étant le contraire d’une protection, cela étant lié au caractère non vivant du virus), tandis que les virus dits entériques sont en général physiquement résistants (virus sans enveloppe ou virus « nus »).

Les coronavirus : des virus pas tout à fait comme les autres

Or, les coronavirus sont des virus respiratoires enveloppés, mais il semblerait que leur enveloppe soit plus résistante que ne l’est habituellement celle des virus enveloppés. Toujours est-il qu’ils ont un côté « entérique », car certains types de coronavirus déterminent des gastroentérites et l’on peut retrouver (en petites quantités cependant) des coronavirus dans les matières fécales (ce qui est rare avec les virus respiratoires habituels).

Les raisons de notre méprise vis-à-vis de la persistance des coronavirus dans l’environnement

Une fois de plus, on est amené à égratigner le pouvoir exécutif. Alors que l’épidémie connaissait son essor en France début mars, on manquait cruellement de masques et l’on disait que le masque n’était pas la protection idoine et même que c’était quelque chose de secondaire. Du coup, on insistait sur la transmission du virus par les mains et les surfaces. Quelle aubaine pour les fabricants et revendeurs de produits hydroalcooliques pour la désinfection des mains. Mars, avril et mai ont été trois mois pendant lesquels tout un chacun se frictionnait les mains à longueur de journée, persuadé que c’était la mesure de choix pour éviter la contamination. On a vu des salariés de magasin d’alimentation porter un masque sous le nez (grosse erreur) et pulvériser du produit désinfectant sur les rayonnages et les étals de nourriture (les rendant de cette façon plus toxiques…).

Pendant ce temps, cette hypothétique persistance des particules virales dans l’environnement suscitait des travaux expérimentaux, sources opportunes de publications scientifiques (indispensables à toute carrière scientifique). Or, l’objectif de ces études était uniquement de prouver la persistance virale au-delà du délai que l’on présumait de prime abord. On a alors assisté à une surenchère : persistance de trois jours, de quatre jours, de cinq et même six jours… Évidemment, ces articles scientifiques connaissaient du succès, car ils faisaient peur. Seulement, on oubliait de se pencher sur les conditions pratiques de réalisation de ces travaux : loin de la réalité, car on favorisait cette persistance par le niveau des paramètres ; on oubliait aussi de se pencher sur ce que l’on mettait en évidence : non pas des particules virales infectieuses (révélation fastidieuse, longue et coûteuse nécessitant une culture de cellules au laboratoire), mais l’acide nucléique viral (acide ribonucléique ou ARN : révélation beaucoup plus simple par méthode RT-PCR, c’est-à-dire méthode PCR adaptée à l’ARN).

Donc, il y a eu une tendance à déplacer la cible depuis la sphère respiratoire interhumaine vers la sphère environnementale. Pendant ce temps, certains allaient même jusqu’à remettre en question l’intérêt des masques.

Pourquoi s’est-on tellement égaré dans la compréhension de la transmission du SARS-CoV-2 ?

Je l’ai dit à plusieurs reprises, la recherche virologique et la recherche épidémiologique ont été les deux parents pauvres de la recherche sur la CoVid-19. C’est lié au fait que cette pandémie est l’occasion rêvée de réaliser d’énormes profits et que les recherches ont surtout porté sur les aspects susceptibles de les réaliser : les médicaments curatifs (qui agissent sur l’infection microbienne), un peu les médicaments symptomatiques (qui agissent sur les conséquences de cette infection) et beaucoup les vaccins. Il faut dire la vérité : c’est bien cela. Cette pandémie est une circonstance exceptionnelle qui révèle au grand jour les objectifs véridiques poursuivis par l’industrie pharmaceutique et beaucoup de secteurs de la recherche.

Par voie de conséquence, on a peu progressé dans la compréhension profonde du fonctionnement de ce virus et de son mode de transmission (sa persistance environnementale lui étant liée).

En somme, il existe une fâcheuse tendance à confondre la présence d’ARN viral du SARS-CoV-2 avec celle de particules virales infectieuses de SARS-CoV-2 (c’est la même chose avec les tests RT-PCR pratiqués après écouvillonnage rhinopharyngé).

Quelle serait donc la réelle durée de survie du virus dans l'environnement ?

La vérité est que les études citées plus haut ne reposent pas sur des conditions expérimentales s'apparentant à une situation réelle. On ne trouve pas d’étude mesurant la quantité de coronavirus présente dans les microgouttelettes de mucosités chez un malade CoVid-19. Toutefois, cela a été fait pour le virus de la grippe : la quantité d'ARN du virus grippal mesurée dans les aérosols est de l’ordre de 10 à 100 particules virales dans une microgouttelette, ce qui est vraiment très peu ; si l’on mesure cette fois le nombre de particules virales infectieuses, c’est encore moins.

D’autres études ont cherché à reconstituer les circonstances réelles. L’une a révélé que le coronavirus humain 229E (coronavirus bénin) ne persistait que trois à six heures (selon la surface testée) et que le coronavirus humain OC43 (autre coronavirus bénin) persistait une heure après séchage sur diverses surfaces, notamment de l’aluminium, des gants chirurgicaux en latex ainsi que des éponges. Une autre étude au cours de laquelle les auteurs ont tenté d'imiter les conditions réelles de la contamination spontanée d’une surface par un patient contagieux, aucun SARS-CoV-2 infectieux n'a été détecté sur les surfaces.

Emanuel Goldman dit qu’il ne conteste pas les résultats études qui retrouvent de l’ARN viral après plusieurs jours, mais qu’il conteste l’extrapolation de leurs résultats à la vie réelle. Par exemple, plusieurs études ont utilisé des échantillons de particules virales comportant une concentration infiniment plus élevée que celle des microgouttelettes dans les situations réelles, ce qui leur enlève de l’intérêt. Une étude réalisée par Dowell et ses collaborateurs a cherché à se rapprocher au mieux des conditions réelles : aucun virus infectieux n'a été retrouvé, cette fois encore.

Emanuel Goldman conclut au fait que, selon lui, le risque de transmission par des surfaces inertes est très faible, et qu’il ne peut devenir significatif que dans les cas où une personne infectée tousse ou éternue sur une surface et que quelqu'un d'autre touche cette surface peu de temps après la toux ou l'éternuement (au maximum après une ou deux heures).

Sa conclusion est que les objets et les surfaces qui n’ont pas été en contact avec une personne contagieuse pendant de nombreuses heures ne présentent pas de risque mesurable de contamination (mais il précise : en milieu non hospitalier). Il ajoute qu’il faut revoir à la baisse certaines pratiques de désinfection qui sont excessives et contre-productives.

Quels biais comportaient les études qui concluaient, en début de pandémie, à un fort risque de contamination due aux surfaces et aux objets ?

Ces études, dont le but non avoué était de prouver la persistance virale dans l’environnement, comportaient trois biais principaux.

Le premier biais est le niveau de la contamination expérimentale des échantillons : les chercheurs les avaient contaminés d’une façon extrêmement supérieure à ce qui se produit dans les conditions réelles. Le deuxième biais est l’ensemble des conditions physiques et chimiques de l’étude : les chercheurs avaient favorisé la persistance virale, beaucoup plus que ce qui se produit en réalité (supports, matières organiques, humidité, température …). Le troisième est le mode de détection des virus : les chercheurs s’étaient contentés de détecter l’ARN viral par méthode RT-PCR, au lieu de mettre en évidence des particules virales infectieuses (par culture cellulaire).

En conclusion, bien des approximations et des erreurs d’interprétation ont été faites depuis le mois de mars, au sujet du virus SARS-CoV-2 de la CoVid-19 ; la soi-disant persistance physique de particules virales infectieuses dans l’environnement n’en est qu’un exemple parmi d’autres. Ces approximations et ces erreurs d’interprétation ne sont pas toujours innocentes. La CoVid-19 suscite et génère beaucoup de recherches de gros profits, c’est ainsi. D’où les dérives et les scandales.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !