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La rumeur d'une entrée de Ségolène Royal au gouvernement lors d'un éventuel remaniement enfle de plus en plus.
La rumeur d'une entrée de Ségolène Royal au gouvernement lors d'un éventuel remaniement enfle de plus en plus.
©Reuters

Bravitude

Ségolène Royal présidente ? Ce que pourrait être son bilan si elle avait élue à la place de François Hollande

La rumeur d'une entrée de Ségolène Royal au gouvernement lors d'un éventuel remaniement enfle de plus en plus. L'ancienne candidate à la présidentielle aurait-elle été un meilleur chef de l'État que François Hollande ?

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Benoît de Valicourt

Benoît de Valicourt s’inscrit dans la tradition du verbe et de l'image. Il travaille sur le sens des mots et y associe l'image réelle ou virtuelle qui les illustre. Il accompagne les acteurs du monde économique et politique en travaillant leur stratégie et leur story-telling et en les invitant à engager leur probité et leurs valeurs sur tous les territoires. 
 
Observateur de la vie politique, non aligné et esprit libre, parfois provocateur mais profondément respectueux, il décrypte la singularité de la classe politique pour atlantico.fr et est éditorialiste à lyonmag.fr
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Atlantico : Si elle avait été élue en 2012, Ségolène Royal aurait-elle présidé la France différemment de François Hollande ?

Benoît de Valicourt :  Sans aucun doute Ségolène Royal aurait gouverné la France différemment, non pas parce qu’elle incarne un autre socialisme mais parce que c’est une femme tout simplement ! La France ne connait pas l’exercice du pouvoir par une femme, à l’exception de Madame Edith Cresson dont le souvenir est davantage marqué par la manipulation machiavélique de François Mitterrand que par l’action du Premier ministre lui-même.

Ségolène Royal a montré sa capacité à affronter son propre camp, ses adversaires politiques et les hommes, ce qui dans un environnement aussi machiste que la politique est une preuve de courage mais aussi de détermination : condition indispensable pour gérer la France en temps de crise. Enfin, Madame Royal a su être audacieuse à plusieurs reprises et cela peut laisser entendre une capacité à proposer, à prendre des décisions même si toutes les conséquences ne sont pas forcément mesurées mais au moins il y a la volonté de ne pas rester immobile.

En quoi sa pratique du pouvoir aurait-elle différé de celle de François Hollande ? Quelle influence aurait pu avoir sa personnalité ?

Il semble que Madame Royal soit autoritaire et qu’elle sache imposer ses orientations, qu’elles soient bonnes ou mauvaises - mais là n’est pas la question ; ce qui importe c’est sa pratique de l’autorité d’une part, dans la capacité à prendre des décisions et d’autre part, dans la mise en scène qu’elle peut en faire.

Ségolène Royal agace, plus souvent sur la forme que sur le fond, et finalement cela peut être un élément positif de sa personnalité, un peu comme Monsieur Sarkozy qui est aimé ou détesté mais qui ne laisse personne indifférent. En cela les deux candidats à la présidentielle de 2007 se différencient du Président Hollande qui globalement est ignoré de tous parce que l’on ne lui connait pas de supporters significativement  quantifiables ! La personnalité de la Présidente de Poitou-Charentes est donc à mettre à son crédit car elle ne cherche pas à être appréciée dans l’inaction mais "à faire le job" comme l’aurait dit Nicolas Sarkozy.

Quels auraient été ses rapports avec la majorité ? Comment se positionne-t-elle par rapport à elle ?
Sans doute mauvais comme sont souvent les rapports d’un Chef d’Etat avec les parlementaires de la majorité élus sur la base du programme présidentiel, car ils veulent jouer leur propre partition entendant incarner la représentation nationale non pas dans l’esprit d’une ligne politique mais dans la préoccupation permanente d’être réélus avant même d’avoir commencé leurs travaux.

Si l’on mesure son assiduité parlementaire, Ségolène Royal a une piètre idée de l’action parlementaire, qui plus est de la majorité, car encore une fois elle est dans la logique d’un pouvoir présidentiel fort à l’instar de son challenger de 2002. Sans doute pour Madame Royal, la majorité doit être le bras armé du pouvoir exécutif.

Aurait-elle eu les moyens et l'envie de privilégier des politiques différentes ?

L’envie relève de sa volonté, les moyens du contexte. Si Madame Royal a été candidate à la Primaire socialiste de 2011, c’est bien qu’elle entendait incarner une autre politique qu’elle a d’ailleurs présentée dans son ouvrage Lettres à tous les résignés et à tous les indignés qui veulent des solutions. Quant à la question des moyens, ils sont, quand il n’y en a pas, une question de choix et de priorité.

Ségolène Royal a défendu l’idée d’une France de l’entrepreneuriat et en même temps l’idée de toujours faire le choix des valeurs humaines sur les valeurs financières et sur les valeurs boursières. Keynésienne, Ségolène Royal s’inscrit dans une tradition française qui peut sembler désuète mais qui mérite pourtant d’être réinventée en plaçant l’Etat et les entreprises sur le pied d’égalité du donnant-donnant, un peu comme elle le fait dans sa région.

Dans quels domaines ses priorités auraient-elles pu changer la donne ?

En tant que Présidente de région, Ségolène Royal dispose d’un laboratoire qui lui permet de tester ses priorités et leur efficacité. Il semble que la région Poitou-Charentes ait mis en place des dispositifs en faveur de l’emploi, de la formation, du développement durable et de la stabilisation de l’impôt. Reste à savoir si le territoire de cette région correspond à peu près à un modèle réduit de la France pour que ses priorités soient adaptables à plus grande échelle, mais il est un domaine dans lequel toutes les priorités peuvent s’appliquer c’est celui du bon sens et celui de l’audace !

Que pourrait-elle aujourd'hui concrètement apporter au gouvernement ?

Si Ségolène Royal devait rejoindre le gouvernement, ne faudrait-il pas qu’elle soit la première des ministres ? Il semble que l’hypothèse Gérard Collomb ne convainc pas les foules, donc je pense que celle qui a une expérience ministérielle, une expérience territoriale qui peut correspondre à celle d’un mini Etat, une expérience de candidate à la Présidentielle et qui a su s’imposer et rester dans le jeu alors qu’elle aurait pu être oubliée après sa défaite aux législatives, mérite de conduire un gouvernement remanié avec pragmatisme. Elle a pu le montrer il y a quelques jours lors de la énième crise des intermittents du spectacle en leur proposant pour justifier leurs heures d’intervenir dans les écoles et les maisons de retraite, ce qu’ils ont refusé en envahissant le siège de la région Poitou-Charentes pour expliquer ce qu’est leur métier, comme si tous les intermittents étaient des Molière oubliant trop souvent qu’il était d’abord un saltimbanque, simple Jean-Baptiste Poquelin. Ségolène Royal n’a pas peur d’être impopulaire, c’est une force.

C’est donc peut-être cela que Ségolène Royal pourrait apporter à la France et je lui suggère bien volontiers, si elle est nommée Premier ministre, de choisir un vice Premier ministre en charge de l’économie, de l’emploi et de l’entreprise, en la personne de Gérard Collomb.

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