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Sécurité routière : les dangers de la déresponsabilisation des automobilistes à grands coups de contrôles et d'interdictions supplémentaires
©Reuters

Ça les gonfle

Sécurité routière : les dangers de la déresponsabilisation des automobilistes à grands coups de contrôles et d'interdictions supplémentaires

Alors que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve annonce de nouvelles mesures en faveur de la sécurité routière, du côté des automobilistes l'inquiétude domine. S'adapter aux contraintes des routes françaises, parfois non justifiées, semble, en effet, de plus en plus difficile. Et face au casse-tête des limitations de vitesse, une certaine défiance se développe.

Nathanaël Gagnaire

Nathanaël Gagnaire

Porte-parole de la Fédération française des motards en colère.

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Atlantico : A force de rouler à des vitesses fixées arbitrairement et incomprises par les automobilistes, ne risque-t-on pas de créer une certaine défiance ?

Nathanaël Gagnaire : D'abord, on observe une baisse constante du nombre de morts sur les routes depuis les années 1970 avec environ 5% de victimes en moins. Sauf cette année, mais c'est tout relatif : il suffit de conditions climatiques moins clémentes ou d'un gros accident et les chiffres sont mauvais. Si l'on traite la question sur le long terme, la mortalité routière a fortement baissé.

Nous sommes sur un régime du tout répressif, et ce genre de politique est toujours mal compris et donc mal accepté par les usagers. Il y a alors un sentiment de défiance de la part des automobilistes qui est contre-productif en matière de prévention routière. On traite souvent la sécurité routière par le seul angle de la vitesse alors que l'on sait très bien que les accidents sont multifactoriels. Sur les autoroutes, la raison première, à plus de 40%, c'est la somnolence. La vitesse arrive seulement troisième, derrière l'alcool et la somnolence.

Un grand nombre d'automobilistes prennent les autoroutes car ce sont des voies sécurisées où l'on devrait pouvoir rouler plus vite que sur les axes secondaires. Cela peut énerver de voir que l'on ne traite pas les réelles causes d'accident et que l'on s'obstine à faire des usagers les variables d'ajustement de ces politiques ou de ces alibis de politique de sécurité routière. Les autoroutes sont à la fois les axes où il y a le moins de mortalité et ceux où il y a le plus de radars automatiques. D'où un certain agacement et une impression d'instrumentalisation des moyens.

Si l'on regarde les derniers chiffres, on voit que les premières victimes sont les piétons et les cyclistes. Cela veut dire que la question de la sécurité routière vis-à-vis de ces usagers, ce n'est pas la vitesse mais l'attention. Quelle que soit la vitesse, le choc peut être fatal. Il faut donc traiter en priorité le problème du téléphone portable ou du GPS, c’est-à-dire l'ensemble des outils qui peuvent distraire les conducteurs.

Ces limitations successives qui ont été imposées aux Français, sont-elles toutes justifiées ?

Dans un premier temps, il est de bon sens de constater que les limitations de vitesses sont utiles. Par la suite, limiter la vitesse aux abords des points sensibles comme les écoles ou les hôpitaux relève de mesures légitimes et logiques. Ce sont des mesures comprises. Mais c'est très différent de vouloir généraliser le 30 km/h, car cela créé des incompréhensions et le problème ne sera pas traité correctement car on se trompe de combat.

La route doit être facilement analysable par les automobilistes. Si l'usager est en permanence en train de regarder son compteur car il y a des tronçons où la vitesse change sans aucune justification particulière, nous ne sommes plus sur une question de sécurité routière mais de flicage. Et cela peut énerver.

En quoi cette obsession française de la limitation de vitesse peut finir par déresponsabiliser les automobilistes ?

Ce qui peut éventuellement déresponsabiliser, ce sont d'abord les outils d'aide à la conduite comme le régulateur et le limiteur de vitesse. Ils sont utiles pour certains d’entre eux mais ne doivent pas devenir un substitue à l’analyse que l’automobiliste doit avoir de son environnement.

Lors du passage du permis de conduire, on apprend au conducteur à adapter sa vitesse en fonction de son environnement tout en respectant les limitations en règle. L'usager de la route (automobiliste ou deux roues motorisés) doit aussi pouvoir se concentrer sur autre choses que les limitations pour ne pas oublier les angles morts et les autres usagers.

Et à l'étranger, il y a des pays où tout se passe bien alors que les limitations sont bien moins restrictives ?

Je n'ai pas connaissance des chiffres sur la sécurité routière sur ces axes. Il est donc difficile de s'exprimer. Mais je ne pense pas que cela serait forcément une bonne chose de généraliser ces initiatives car il y a une multitude d'usagers et de comportements, donc le risque existe.

La route est un lieu commun qui doit être régit par des règles respectées par tout le monde. A partir du moment où ces règles sont faites de manière intelligente et qu'elles sont explicitées et compréhensibles, il n'y aucune raison que cela se passe mal.

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