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Sécurité et sûreté des installations nucléaires : du bon usage de la transparence
©PHILIPPE DESMAZES / AFP

Rapport Pompili

Sécurité et sûreté des installations nucléaires : du bon usage de la transparence

La commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité nucléaire a présenté son rapport le 5 juillet dernier, dit « rapport Pompili », députée LREM de la Somme désignée comme rapporteur, ancienne secrétaire d’Etat à la biodiversité du gouvernement Valls et ancienne militante d’Europe écologie les Verts (EELV).

Bruno Alomar

Bruno Alomar

Bruno Alomar, économiste, auteur de La Réforme ou l’insignifiance : 10 ans pour sauver l’Union européenne (Ed.Ecole de Guerre – 2018)

 
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Disons-le tout net : il serait tout à fait loisible de s’étendre sur les conclusions au fond de ce rapport. Une telle analyse, qui ne manquerait pas d’être jugée partisane puisqu’il s’agit en l’occurrence d’un acteur essentiel, EDF, permettrait sans doute de nourrir un débat technique. Un tel débat n’est d’ailleurs pas saugrenu. La question nucléaire, dans un pays qui tel la France accorde une place centrale à cette source d’énergie, qui possède 58 réacteurs, enfin qui exporte son savoir-faire, est bel et bien un sujet sérieux, à traiter comme tel, contrairement d’ailleurs à ce que certains pratiquent allègrement, comme l’a montré la récente intrusion d’un drone venu percuter le mur d’une centrale. Il montrerait qu’en fait de sécurité (protection contre les actes malveillants extérieurs) et de sûreté (conception, construction et fonctionnement des installations, principalement à charge de l’exploitant), deux concepts que l’on mélange joyeusement, l’ensemble des acteurs concernés (ASN, éléments spécialisés de la gendarmerie, EDF etc.) garantissent à la France des résultats qui se situent au plus haut des standards internationaux. Il montrerait, par exemple, sur la question des sous-traitants, point soulevé par le rapport Pompili, que tous les salariés intervenant sur les centrales nucléaires sont soumis aux mêmes conditions d’intervention, bénéficient d’une protection identique vis-à-vis des risques et de formations similaires quel que soit leur statut. Et rappellerait que les conditions d’intervention des sous-traitants sont d’ailleurs strictement encadrées par un décret du 28 juin 2016.

Au-delà de ces questions, suivant l’heureuse formule de Gustave Flaubert rappelant que la forme n’est que « le fond remontant à la surface », il faut s’intéresser aux conditions d’élaboration de ce rapport et au travail de la commission parlementaire dédiée. En effet, Mme Pompili, ardente pourfendeuse de ce qu’elle estime être l’ « opacité » de la filière nucléaire, n’a pas déguisé ses reproches en la matière, estimant « qu’on a plutôt le sentiment qu’un gros travail est fait pour essayer de protéger les centrales, mais qu’on ne peut pas le vérifier ». Dans ce contexte, qu’il soit permis de faire deux séries de remarques.

En premier lieu, de quelle opacité parlons-nous, et, plus précisément, de quel degré d’information la commission parlementaire a-t-elle bénéficié ? Ces éléments ayant été rendus publics – et jusqu’à présent non contestés - il n’est pas inutile de les citer, pour apprécier in concreto la réalité des informations dont la représentation nationale a pu prendre connaissance. EDF a collaboré avec la commission de plusieurs manières. Plusieurs hauts dirigeants ont été auditionnés, faut-il le rappeler, sous serment. Les questions posées par la commission d’enquête ont été traitées sous forme de réponses totalisant plusieurs milliers de pages. En outre, à la demande de la commission, plusieurs visites de sites ont été réalisées (Gravelines, Tricastin, Flamandville). On pourrait continuer, et rappeler d’ailleurs que la filière nucléaire – il faut s’en réjouir – est la seule filière régulée par une loi spécifique imposant aux acteurs des obligations en termes de transparence.

En second lieu, brandir la transparence comme un totem, transparence qui n’est, par définition, jamais assez transparente, c’est faire bon marché des nécessités qu’impose la préservation de nos intérêts vitaux quand il s’agit d’une technologie de pointe, vitale pour notre pays. Faut-il vraiment rappeler que le nucléaire, comme toute activité d’importance vitale pour la sécurité de notre pays, a besoin d’être protégé ?

C’est dire, en définitive, que l’on trouvera toujours, à l’époque du complotisme et des fake news, des raisons de dénoncer une transparence jamais suffisante. En matière nucléaire, comme souvent, tout est question de mesure et d’arbitrage entre des objectifs parfois contradictoires. Quoi qu’il en soit, présenter la filière nucléaire comme une boite noire, sur laquelle certains croient opportun de faire s’écraser des objets, c’est à l’évidence faire preuve d’exagération, dans un but qu’il faut nécessairement craindre politique, voire idéologique.

 

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