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Sans concertation ni méthode, la mairie de Paris impose un centre de migrant improvisé dans l’ancienne mairie du 1er arrondissement
©NICOLAS MESSYASZ / POOL / AFP

Anne frappe encore

Sans concertation ni méthode, la mairie de Paris impose un centre de migrant improvisé dans l’ancienne mairie du 1er arrondissement

Lundi 9 novembre, un centre d’accueil de jour de migrants a ouvert dans l’ancienne mairie du 1er arrondissement. Cet élégant bâtiment face au Louvre, pas encore classé, prend le relais de la halte humanitaire fermée porte de la Chapelle. Nous l’avons appris dans la presse quelques jours seulement après un conseil de secteur Paris Centre. Pouvoir « jupitérien » d’Anne Hidalgo.

Aurélien Véron

Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens et la liberté. Un projet qui pourrait se concrétiser par un Etat moins dispendieux et recentré sur ses missions régaliennes ; une "flat tax", et l'ouverture des assurances sociales à la concurrence ; le recours systématique aux référendums ; une autonomie totale des écoles ; l'instauration d'un marché encadré du cannabis.

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Il parait que les riverains ont eu leur mot à dire. En 2018, 474 volontaires et 24 personnes tirées au sort (lien :https://www.api-site.paris.fr/paris/public/2018%2F8%2FAvis%20citoyen%20final%20ifop%20numerise.pdf) ont choisi 3 thématiques pour les 3 ex-mairies inoccupées suite à la fusion des 4 arrondissements. Arrivaient en tête vie culturelle et associative, action sociale et solidaire, et rayonnement économique de nos quartiers. Nous aurons donc une maison du Climat dans le 4ème, un centre d’accueil social intergénérationnel dans le 2ème et un centre de migrants dans le 1er. Exit la culture et le rayonnement économique. A défaut d’avoir été entendus, les riverains peuvent s’estimer heureux d’avoir été consultés.

Le maire de Paris Centre a tout de même organisé deux réunions fermées de présentation de cette halte humanitaire après l’annonce, courant octobre (sans prévenir les élus d’opposition). Leurs questions n’ayant pas trouvé de réponses satisfaisantes, les familles présentes se sont déclarées encore plus inquiètes après ces échanges. Comment seront sélectionnés les migrants accompagnés ? Pas de réponse, même s’il a été avancé que les toxicomanes ne seraient pas retenus. En revanche, ceux qui souffrent de troubles psychologiques seront bien accueillis pour bénéficier de soins.

Cet aspect a fait bondir les riverains. Que feront ces personnes en dehors des horaires d’ouverture du centre de 9h à 12h puis de 14h à 18h ? Qui surveillera les alentours, les crèches et écoles toutes proches ? Aucun élu ni responsable de l’Armée du Salut n’en a la moindre idée. Cet accompagnement des migrants nous semble inadapté (sans logement ni apprentissage du français et des valeurs républicaines). L’ex-adjointe de la mairie du 1er arrondissement, Martine Figueroa, a proposé une alternative : leur accueil jour et nuit à l’Hôtel-Dieu, sous l’autorité de l’AP-HP dont Anne Hidalgo est présidente.  Choisir comme lieu d’accueil la mairie d’un arrondissement longtemps à droite, alors qu’elle ne s’y prête pas du tout, semble relever davantage d’une communication politique que de la recherche d’un service de bonne qualité.

L’anxiété a pris une telle ampleur que Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris en charge du logement, de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés, a consenti à venir à la rencontre de familles début novembre, en organisant une réunion virtuelle limitée à 50 habitants de Paris centre, sélectionnés par la mairie. Première fois que les élus d’opposition étaient informés de – et non invités à –  cette démarche. Face au scepticisme des habitants présents, très remontés devant l’impréparation du projet, cet adjoint a juste tenu ce commentaire condescendant à leur égard : « Les mêmes qui protestent en période électorale parce que les dispositifs dédiés aux réfugiés sont concentrés dans le Nord-Est parisien protestent tout autant quand on décide de les réinstaller dans le centre de Paris… » Dans l’esprit de l’élu communiste, cela s’appelle la « concertation ».

Si le dialogue n’est pas le fort de l’Hôtel de Ville, l’organisation ne l’est pas davantage. L’Armée du Salut ne semble pas avoir été préparée à l’annonce du projet. Elle a dû s’organiser en quelques semaines dans un bâtiment qu’elle avoue elle-même ne pas juger adapté à cet accueil. L’association réputée pour l’efficacité de ses actions ne sait pas comment viendront les migrants depuis leurs campements actuels, proches du périphérique. Pour démarrer, seuls 10 réfugiés seront accueillis quotidiennement sur rendez-vous. Mais à terme, l’Armée du Salut ne peut assurer aux riverains que les 100 à 200 personnes accueillies chaque jour ne planteront pas leurs tentes entre la Samaritaine, les Halles et le Louvre.

L’ambiance du quartier s’est pourtant gravement détériorée ces dernières années avec l’arrivée du crack aux Halles voisines, l’augmentation du nombre de sans-abris et les bagarres de plus en plus fréquentes devant l’Agora d’Emmaüs voisine. Cerise sur le gâteau, la presse a annoncé l’installation d’une salle de shoot à proximité. La mairie a vite démenti, mais sans nier mener une réflexion sur l’accueil des toxicos des Halles. Une fois de plus, la décision risque de se prendre à l’Hôtel de Ville qui a fait de Paris Centre son terrain de jeu. 

Nous condamnons la méthode employée pour lancer cette expérimentation mal cadrée. A l’absence de concertation, nous ajoutons la confiscation de ces grands bâtiments par Anne Hidalgo. A Paris Centre où les espaces disponibles sont rares, les habitants devraient pouvoir s’approprier ces vastes bâtiments que nous souhaitons destiner aux associations de quartier pour la pratique culturelle, sportive ou solidaire. Il n’est pas trop tard pour revenir sur ce chemin participatif dans une vraie démarche transparente.

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