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Une photo prise le 31 juillet 2013 montre une ampoule électrique et une facture d'électricité EDF, dans le nord de la France.
Une photo prise le 31 juillet 2013 montre une ampoule électrique et une facture d'électricité EDF, dans le nord de la France.
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Bonnes feuilles

Risques d’explosion des factures et coupures d’électricité : les lourdes conséquences de la politique de diminution de la part du nucléaire

Fabien Bouglé publie « Nucléaire : les vérités cachées, Face à l'illusion des énergies renouvelables » aux éditions du Rocher. Électricité propre et décarbonée, le nucléaire est une solution stratégique pour lutter contre les modifications climatiques. Alors que cette source d'électricité avait mauvaise réputation depuis la catastrophe de Tchernobyl, et que les impasses des énergies dites renouvelables sont de plus en plus évidentes, les mentalités changent, jusque parmi les écologistes. Extrait 2/2.

Fabien  Bouglé

Fabien Bouglé

Fabien Bouglé est un lanceur d'alerte écologiste français. Depuis 10 ans, il dénonce le désastre écologique et financier des éoliennes. Entre 2011 et 2016, il est en lien avec le service central de prévention de la corruption du ministère de la Justice français qui dévoile le scandale de la corruption dans l'industrie éolienne. Il contribue à rendre public en 2018, le prix exorbitant de rachat de l'électricité des éoliennes en mer. A la suite de ces révélations, ce tarif a été renégocié à la baisse par le gouvernement français. Auteur de nombreuses tribunes sur les éoliennes, il a été auditionné par la commission d'enquête parlementaire sur les énergies renouvelables de l'Assemblée nationale organisée en 2019. Chef d'entreprise dans le secteur financier et culturel, Fabien Bouglé est également élu municipal.

Il est l'auteur de "Eoliennes : la face noire de la transition écologique" publié aux éditions du Rocher.

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La politique de diminution de la part du nucléaire‚ associée à son remplacement par des énergies renouvelables intermittentes subventionnées‚ conduit mécaniquement à une augmentation des factures d’électricité des consommateurs et des entreprises. En 2012, un rapport de la commission d’enquête du Sénat avait évalué que la facture d’électricité des ménages allait augmenter de 50 % d’ici 2020. Il tient compte du fait que l’électricité renouvelable était subventionnée à l’époque à hauteur de 82 euros le mégawattheure pour le terrestre, à plus de 220 euros le mégawattheure pour l’éolien marin et entre 229 et 371 euros le mégawattheure pour le photovoltaïque.

En effet, EDF se trouve dans l’obligation de racheter cette électricité à son producteur à un prix subventionné alors qu’elle revend cette électricité au prix de marché autrement appelé « prix spot ». En 2012, le prix spot moyen de base était de 46,90 euros le mégawattheure. La différence entre le « prix spot » et le prix subventionné versé au producteur d’électricité renouvelable est répercutée sur la facture d’électricité des Français‚ en particulier sur la CSPE (contribution au service public de l’électricité). En plus de cette obligation de rachat de l’électricité dite « renouvelable », EDF s’est vue contrainte par la loi dite « ARENH » (Accès régulé à l’énergie nucléaire historique) de vendre à ses concurrents aux alentours de 25 % de sa production du parc nucléaire historique au prix de 42 euros le mégawattheure.

D’un côté, on appauvrit EDF en l’obligeant à acheter très cher de l’électricité intermittente à un prix subventionné nettement supérieur au prix de marché, et de l’autre côté on l’oblige à vendre à prix cassé son électricité à des concurrents s’appropriant la marge d’EDF. De facto, EDF est pris en tenaille entre ces deux obligations et est contrainte de répercuter ce double mécanisme sur la facture des consommateurs et des entreprises. De fait‚ ces contraintes consistent tout simplement à détourner les marges bénéficiaires d’EDF, soit au profit de producteurs d’électricité renouvelable, soit de concurrents, au détriment des utilisateurs français. Disons-le clairement, derrière le prétexte de la dénucléarisation de notre pays sous couvert de transition écologique, c’est en réalité un gigantesque détournement de fonds public au profit des concurrents d’EDF qui est organisé. On a en quelque sorte privatisé les bénéfices d’EDF, tout en contribuant à nationaliser son endettement, qui reste public et devient intenable pour les Français.

Depuis des années déjà‚ les syndicats de salariés de l’entreprise publique s’inquiétaient de la situation de quasi-faillite d’EDF, pressurée par ce double mécanisme. Greenpeace‚ de son côté se frotte les mains, n’hésitant pas à attribuer cette faillite au grand carénage et espérant secrètement l’éclatement d’EDF.

Mais cette situation a aussi eu pour conséquence directe l’augmentation ininterrompue de la facture d’électricité des ménages et des entreprises. Le graphique publié par l’INSEE (voir page XX) montre parfaitement comment l’augmentation du coût de l’électricité a débuté en 2001, l’année où le ministre de l’Écologie, Yves Cochet, fixe justement les conditions de tarifs de rachat subventionnés des éoliennes. Comme ce prix de rachat subventionné est garanti jusqu’à 15 ans, tous les ans‚ les subventions des nouvelles installations viennent se surajouter à celles des anciennes installations. La Cour des comptes a d’ailleurs souligné‚ en 2018, dans un rapport au Sénat, que l’ensemble des subventions pour les éoliennes ou les panneaux photovoltaïques‚ allait peser jusqu’à 121 milliards d’euros pour les contrats signés avant 2017.

Les associations de consommateurs se sont alarmées en 2020‚ en estimant que depuis 10 ans les factures d’électricité avaient flambé. En 2021, l’association UFC-Que choisir devait ainsi dénoncer une augmentation de 50 % de la facture d’électricité du tarif réglementé de vente de l’énergie (TRV). L’association précise ainsi qu’un « ménage moyen chauffé à l’électricité au TRV aura vu passer sa facture d’électricité de 1019 euros à 1522 euros entre 2010 et 2020 ».

Les responsables de cette dérive sont bien l’obligation d’EDF de vendre à ses concurrents son électricité à prix décoté‚ mais aussi les taxes comme la CSPE (contribution au service public de l’électricité) ou le TURP (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité). Les augmentations de ces taxes sont liées au développement des énergies renouvelables puisqu’elles servent soit à subventionner les éoliennes soit à modifier le réseau électrique pour accueillir les nouvelles installations ad hoc.

En juillet 2021, les observateurs envisageaient une surchauffe de la facture d’électricité et une augmentation de 6 % au début de l’année 2022. Cette situation est inéluctable et se reproduira chaque année si rien n’est fait pour enrayer ce cercle vicieux. Cette politique a également pour conséquence de déstabiliser le réseau électrique.

Vers des coupures d’électricité à grande échelle

En effet, la diminution du nombre de centrales électriques nucléaires et leur remplacement par des énergies renouvelables conduisent au remplacement d’une source d’électricité fiable, robuste et constante par une électricité intermittente, aléatoire et non maîtrisée.

Et surtout totalement dépendante des caprices du vent et du bon vouloir du soleil.

Dans les centrales nucléaires, lorsque les techniciens vont placer les crayons dans la piscine du circuit primaire, la réaction en chaîne provoquée par le combustible à base d’uranium notamment va durer jusqu’à une année. Cela explique que les centrales nucléaires disposent (en France) d’un facteur de charge de 70 %‚ dans la mesure où elles fonctionnent sur le temps long. Les 30 % de non-production d’électricité globale correspondant en réalité à l’arrêt pour la maintenance de certains réacteurs nucléaires. Par exemple, si on prend un réacteur nucléaire en particulier, celui de Fessenheim no 1 a eu un facteur de charge de 80,5 % en 2019 et 91,3 % en 2018.

À titre de comparaison, le facteur de charge de l’ensemble des panneaux photovoltaïques installés en France a été de 14 % en 2019 selon le bilan de RTE. Il est donc de parfaite mauvaise foi de dire que les réacteurs nucléaires seraient intermittents comme le sont les éoliennes ou les panneaux photovoltaïques. Les centrales nucléaires ne produisent pas d’électricité lorsqu’elles sont à l’arrêt volontairement ou de manière programmée, tandis que les énergies dites renouvelables‚ vraiment intermittentes‚ dépendent totalement des conditions climatiques‚ changeantes par essence, aléatoires et non maîtrisables.

Le souhait de remplacer une électricité d’origine nucléaire par de l’électricité intermittente est particulièrement néfaste sur la stabilité du réseau électrique, et en particulier sur le réseau français. Dans un livre d’anticipation publié en 2017, La France dans le noir, Hervé Machenaud, qui a été l’ancien directeur de la production d’EDF et qui a quitté ses fonctions en novembre 2016, explique comment la politique actuelle allait conduire à une déstabilisation complète du réseau électrique national et européen‚ et à une multiplication des coupures d’électricité à grande échelle‚ au détriment des entreprises et des consommateurs.

Cette alerte était basée également sur des cas concrets de coupures massives intervenues dans des pays qui avaient fortement investi dans les énergies intermittentes à la place de centrales nucléaires. Le 7 juillet 2016, le sud de l’Australie, dont l’électricité provient entre 49 et 100 % de turbines éoliennes, a connu une énorme tempête qui a conduit à une panne géante et généralisée des centrales éoliennes de la région. 850000 foyers et entreprises ont été privés d’électricité‚ parfois pendant plusieurs jours. Cette coupure gigantesque avait fortement inquiété les Australiens et les opérateurs d’éoliennes avaient d’ailleurs été lourdement condamnés par les tribunaux. Un rapport parlementaire australien publié depuis lors envisage sérieusement‚ d’ailleurs‚ la possibilité de lever son moratoire sur l’électricité nucléaire afin d’envisager l’utilisation des technologies nouvelles.

Malheureusement, l’Australie n’est pas un exemple isolé et l’actualité nous dévoile de plus en plus de nouveaux cas. Ainsi‚ à l’été 2020, la Californie a connu une vague de forte chaleur qui a provoqué une importante demande d’électricité liée à l’usage des climatiseurs. Comme elle avait fait le pari des énergies renouvelables solaires et éoliennes, la faiblesse du vent en particulier l’été et l’absence de soleil la nuit a conduit à une importante coupure d’électricité dans des États-Unis considérés comme un des états leaders en matière d’énergie dite « verte ».

Quelques mois plus tard, en plein hiver, ce fut au tour du Texas, qui avait accéléré la mise en place d’installations d’éoliennes et de panneaux solaires au détriment de centrales nucléaires, de connaître une coupure d’électricité géante, due pour partie au gel des pales d’éoliennes. Tout le système électrique de l’État a été paralysé et les consommateurs ont subi une explosion du prix de l’électricité. Ce sont 4 millions de Texans qui ont été privés d’électricité avec des températures extérieures qui pouvaient atteindre jusqu’à -20 °C.

Dans un rapport de 2020, l’Agence internationale de l’Énergie (IAE) a lancé l’alerte sur la nécessité de moderniser les réseaux afin qu’ils soient plus robustes et sécurisés‚ en particulier en raison de la progression notable des énergies renouvelables comme sources d’électricité. On le voit, la dénucléarisation d’un pays comme la France au profit de sources intermittentes d’électricité serait une réelle régression. À cet égard, il faut souligner que le seul arrêt des 2 réacteurs nucléaires de Fessenheim en 2020‚ ajouté à l’arrêt de certaines centrales pour maintenance‚ a créé une véritable déstabilisation du réseau français d’électricité. Pour la première fois depuis de nombreuses années, l’hypothèse d’une coupure massive d’électricité a été évoquée par RTE (Réseau de transport de l’électricité) à l’hiver 2020-2021, ce qui a suscité l’attention de différents représentants politiques‚ dont certains membres du Sénat‚ qui s’est saisi de la question.

Ironie du sort, face à cette crainte bien réelle d’une immense coupure, EDF et RTE ont annoncé cette année-là la nécessité de la réouverture de centrales au charbon en France. Un comble lorsqu’on connaît leur impact en termes d’émissions de CO2 ! Cette situation illustre en soi la situation dans laquelle la France pourrait se retrouver si elle continuait à envisager de fermer de 17 à 25 réacteurs nucléaires supplémentaires d’ici 2035. Déstabilisation du réseau, coupures d’électricité régulières, précarité énergétique, explosion des factures, seraient autant de conséquences désastreuses pour les Français.

La population, habituée à ne pas se poser de question sur l’approvisionnement en électricité et certaine de la qualité de son service public, pourrait amèrement regretter cette politique. Il est vrai que grâce à la politique énergétique du général de Gaulle et de ses successeurs, nos concitoyens n’ont jamais été amenés à se poser la question de la remise en cause de la qualité de leur réseau électrique‚ tant ils sont habitués à une distribution optimum de leur électricité. Les citoyens doivent se saisir de cette question primordiale et vitale‚ tant pour le confort de vie de chacun que pour la qualité de notre compétitivité industrielle. Malheureusement, elle a été largement récupérée et instrumentalisée par des ONG ou des partis politiques, usant de fausses informations et instrumentalisant les peurs.

A lire aussi : L’excellent bilan carbone de l’électricité nucléaire

Extrait du livre de Fabien Bouglé, « Nucléaire : les vérités cachées, Face à l'illusion des énergies renouvelables », publié aux éditions du Rocher

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