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Reprise post Covid : les prévisions de croissance de la Commission européenne pour la France sont à la fois incohérentes et inquiétantes et voilà pourquoi
©Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Après crise

Reprise post Covid : les prévisions de croissance de la Commission européenne pour la France sont à la fois incohérentes et inquiétantes et voilà pourquoi

La Commission européenne estime que l’écart de production (en anglais output gap), qui représente l’écart entre le niveau observé du produit intérieur brut (PIB) et son niveau potentiel, sera positif en 2022.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Cette prévision est-elle réellement crédible ? Y a-t-il réellement un risque de surchauffe économique ? 

Michel Ruimy : Le PIB potentiel et l’écart de production font partie des outils traditionnels des économistes. En effet, le premier constitue un indicateur privilégié de la capacité d’offre d’une économie tandis que le second, en fournissant une mesure synthétique des tensions sur les marchés des biens et du travail, mesure la pression inflationniste dans l’économie. Ces grandeurs sont donc souvent mobilisées pour apprécier le caractère plus ou moins accommodant de la politique monétaire ou pour élaborer des scénarii de taux d’intérêt à court terme. 

Ils ont, cependant, pour particularité de ne pas être observables, ce qui impose pour leur évaluation de nombreux choix normatifs. De plus, il n’en existe pas de définition consensuelle et les nombreux facteurs d’incertitude entourant leur mesure conduisent à ne les utiliser que de façon prudente et circonstanciée dans les décisions de politique monétaire. L’appréciation de telles grandeurs implique donc, en pratique, la mobilisation de toute l’information disponible et l’estimation de nombreux indicateurs alternatifs (emploi, utilisation des capacités, pénurie de main-d’œuvre, nombre moyen d’heures ouvrées, salaire horaire moyen, croissance de la masse monétaire et du crédit, inflation par rapport aux anticipations).

Enfin, un écart de production indique que l’économie fonctionne de façon inefficiente en utilisant trop ses ressources ou en ne les utilisant pas assez. Positif, il signifie que la production réelle est supérieure à la production de pleine capacité. Ceci se rencontre lorsque la demande est si forte que, pour la satisfaire, les entreprises sont obligées de fonctionner bien au-delà de leur niveau d’efficience maximale. 

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Concernant la France, après avoir réalisé une « épargne forcée » et non « désirée » pendant les confinements (près de 160 milliards d’euros en 2020-2021 inégalement répartis), les ménages vont-ils se rattraper en les dépensant ? C’est tout l’enjeu de l’État en quête de rentrées fiscales nouvelles et qui va devoir affronter le mur de la dette créé par la crise de la Covid-19. La mobilisation de cette épargne vers la consommation va être déterminante pour le scénario de croissance de 2022. 

Des éléments sont favorables pour une reprise de la consommation. Cette épargne est liquide et donc plus facilement mobilisable. En outre, la communication du gouvernement sur les impôts et les finances publiques devrait réduire les anticipations de hausses d'impôts, réduisant les « effets ricardiens » (une hausse de l’épargne en prévision d’impôts futurs). Avec la stabilité fiscale, la confiance est une clé pour que cette épargne se transforme en dépenses et en soutien plus direct de l’activité en 2022. Les perspectives d’emploi sont un facteur déterminant dans l’aptitude des ménages à consommer ou à épargner.

Déjà, pour 2021, la croissance attendue estimée est proche de 5%. Le PIB serait malgré tout inférieur de près de 4 points à son niveau de 2019, soit un écart d’activité plus important que celui de 2009, après le choc initial de la crise des subprimes (En cause, la spécialisation sectorielle de l’économie française, les branches les plus affectées par le choc ne représentant que 12% du PIB mais 60% des pertes d’activité). 

Il n’en demeure pas moins qu’il y aura vraisemblablement une reprise vigoureuse de la consommation, au cours du 3ème trimestre, en lien avec la fin progressive du couvre-feu à la condition que la situation sanitaire s’améliore.

 

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