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Réponse économique au Coronavirus : l’Europe avance plus qu’il n’y paraît
©LUDOVIC MARIN / AFP

Même sans corona-bonds

Réponse économique au Coronavirus : l’Europe avance plus qu’il n’y paraît

Face à l'épidémie de coronavirus et après les critiques sur le manque de solidarité entre les Etats membres, les ministres européens des Finances sont parvenus jeudi soir à un accord sur la réponse économique à apporter à la crise, en laissant en suspens la question sensible des obligations européennes, les "corona-bonds".

Guillaume Klossa

Guillaume Klossa

Penseur et acteur du projet européen, dirigeant et essayiste, Guillaume Klossa a fondé le think tank européen EuropaNova, le programme des « European Young Leaders » et dirigé l’Union européenne de Radiotélévision / eurovision. Proche du président Juncker, il a été conseiller spécial chargé de l’intelligence artificielle du vice-président Commission européenne Andrus Ansip après avoir été conseiller de Jean-Pierre Jouyet durant la dernière présidence française de l’Union européenne et sherpa du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe (Conseil européen) pendant la dernière grande crise économique et financière. Il est coprésident du mouvement civique transnational Civico Europa à l’origine de l’appel du 9 mai 2016 pour une Renaissance européenne et de la consultation WeEuropeans (38 millions de citoyens touchés dans 27 pays et en 25 langues). Il enseigne ou a enseigné à Sciences-Po Paris, au Collège d’Europe, à HEC et à l’ENA.

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Atlantico.fr : Après une première réunion infructueuse de l’euro-group, les ministres européens des Finances sont finalement parvenus à s'entendre jeudi soir sur un plan commun de soutien financier face au Coronavirus. Bruno Le Maire a qualifié cet accord d’excellent avec 500 milliards d’euros disponibles immédiatement et un fonds de relance à venir. Faut-il partager son enthousiasme ?

Guillaume Klossa : Le Conseil européen du 26 mars avait tracé les grandes lignes de l’accord qui ont en fait peu bougé et sont en ligne avec ce qu’on pouvait attendre :

-mobilisation de la Banque européenne d’investissement pour soutenir d’abord les PME PMI qui sont les plus menacées avec un effet de levier de 200 milliards de crédit ;

- facilité d’accès à hauteur de 240 milliards d’euros au Mécanisme de stabilité européen pour les Etats dans le besoin avec comme seule condition que l’utilisation des ressources du MES soit liée de manière directe ou indirecte aux effets de la crise du Coronavirus ;

- accord sur la création d’un programme de la Commission européenne visant à soutenir le financement du chômage partiel à hauteur de 100 milliards d’euros. 

Ces mesures sont ciblées et à la hauteur de l’urgence : elles visent à éviter une crise de liquidités des familles, des entreprises et des Etats qui auraient pu conduire à des faillites en chaine. Elles complètent les mesures des Etats membres qui représentent déjà 15% du PIB européen rendues possibles par la flexibilisation du pacte de stabilité qu’autorisent les traités européens et la levée des restrictions sur les aides d’Etat décidées par la Commission européenne. Mais aussi l’action de la BCE qui a débloqué 1000 milliards pour acheter des obligations publiques et privées ces dernières semaines. 

Malgré la dramaturgie, ces mesures ont été prises de manière très rapide. On oublie qu’il avait fallu plusieurs années pour aboutir à la création du mécanisme européen de stabilité et que le niveau des engagements pris dépasse de loin celui décidé en juin 2012 pour éviter une implosion de la zone euro après deux ans de tergiversation.   

L’un des enjeux symbolique forts de cette réunion était celui de la creation de Coronabonds, des dettes mutualisées.Ild ne l’ont pas été et l’Europe n’a donc pas connu son moment fédéral : où en est l’Union de son désir d’avenir commun ?

C’est une erreur que d’avoir fait des coronabonds un enjeu de cet Eurogroupe. L’urgence est d’abord d’éviter une crise de liquidité qui pourrait être fatale aux entreprises et aux citoyens européens. Ensuite, il s’agit d’organiser un déconfinement qui peut être coûteux, de mettre en œuvre le redémarrage progressif qui sera différent selon les secteurs économiques puis d’organiser la relance. C’est pour la relance qu’il y a un besoin objectif d’émettre en commun des obligations, mais pour cela il faut avoir une vision claire de l’ampleur et de la nature de la relance que l’on veut mettre en œuvre, ce qui n’est pas encore le cas ; Et c’est normal, on ne sait pas combien de temps durera la crise sanitaire. 

On a en quelques sortes mis la charrue avant les bœufs. Cela a conduit à une perception déceptive des résultats de cet Eurogroupe dans les pays du sud de l’Europe et notamment en Italie alors que l’Europe a fait preuve d’un effort et d’une solidarité européenne rarement atteints.   

Que retenir de la position française et de son influence en Europe à l’heure actuelle ?

Que l’influence française est d’autant plus forte que la qualité de la coordination avec l’Allemagne est bonne et que ces deux pays défendent des lignes communes. Il y a alors un véritable effet d’entrainement. Mais il est important que cette coopération soit inclusive, sinon l’effet peut être contraire : au lieu de créer de l’unité entre les Européens, elle accroît les antagonismes. L’art de la négociation en Europe demande doigté, empathie et humilité et surtout une capacité à donner le sentiment à nos partenaires qu’ils sont à l’origine des solutions. C’est un art diplomatique difficile et parfois contre-intuitif.

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