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« Renaissance » : quand Macron singe une grande période de notre Histoire
©LUDOVIC MARIN / AFP / POOL

Il ne manque pas d’air !

« Renaissance » : quand Macron singe une grande période de notre Histoire

Et comme il n’est pas capable de peindre la Joconde, il va s’employer à « emmerder les Français »

Isabelle Larmat

Isabelle Larmat est professeur de lettres modernes. 

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« Renaissance » : on a d’abord trouvé fadasse, voire tartouille, le nouveau nom donné au parti rassemblant les suiveurs de notre jeune monarque. Mais, après examen, on s’est quand même dit que les amateurs de Littérature et d’Histoire pourraient y voir comme la flamme vacillante d’une bougie allumée au cœur de la nuit, lueur d’espoir dans la tempête moyenâgeuse que nous traversons depuis le sacre d’Emmanuel Macron. Nous n’irons quand même pas jusqu’à parler de phare déchirant les ténèbres. Ne nous emballons pas !

 « Renaissance », donc… Il y a cinq ans déjà, eut lieu, à marche forcée, l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, putain cinq ans ! Cette fulgurante ascension qui conduisit notre freluquet au sommet de l’État avait, il faut bien en convenir, quelque chose d’exceptionnel qui n’est pas sans évoquer la Révolution de février 1848. Celle-ci balaya en trois jours le régime de Louis-Philippe. Rappelons-nous : Baudelaire dans le premier numéro du Salut publics’était ainsi adressé aux chefs du gouvernement provisoire » : Le peuple a confiance en vous. Ayez confiance en lui ! La confiance réciproque sauvera tout. (…) Ne faites jamais un pas en arrière. Marchez plutôt comme le vent. » 

La Deuxième République, idéalisée et porteuse de nombreux espoirs, vit alors le jour dans un consensus social et la promesse d’une véritable représentativité de la nation. Qu’on se rappelle la déclaration d’Emmanuel Macron aux députés LREM : « Soyez fiers d’être des amateurs. » : elle est tout à fait conforme à celle qu’aurait pu faire Louis-Napoléon Bonaparte aux élus de l’Assemblée nationale de l’époque.

Au sein de cette Deuxième République, pourtant, des tensions se firent rapidement sentir dans l’idéologie politique, et sur les plans sociétal, économique et social. Ce qui fait, là encore, songer aux déboires que connut notre jeune prince, lors de son premier mandat.

Notre parallèle avec les évènements de la seconde moitié du XIXe siècle cesse ici.

Avec LREM et son chef, c’est, en effet, à un vertigineux retour au Moyen-Âge que nous avons eu droit : la peste noire est revenue sous la forme du Covid tandis que les invasions barbares menacent les Gaulois réfractaires que nous sommes. Les squatteurs s’installent dans des maisons habitées sans qu’on puisse les en déloger et on se bat à coup de machette dans certains quartiers de Marseille. Les prix du carburant, de l’électricité, du gaz et celui de certaines denrées alimentaires augmentent, prélude aux grandes famines. La langue retourne à l’oralité parce que l’école peine à l’enseigner et que l’écriture inclusive en sape les fondements. Bref, nous sommes « En marche arrière » et nous pourrions parler de notre France délabrée tout comme du Bellay poète de la … Renaissance, justement, le fit de Rome dans l’un des sonnets de son recueil : « Les Antiquitésde Rome » :  

Nouveau venu, qui cherche Rome en Rome

Et rien de Rome en Rome n’aperçoit,

Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,

Et ces vieux murs, c’est ce que Rome on nomme.

« Renaissance » : pensez donc ! En pareil contexte, ça claque comme « Retour vers le futur » ! Enfin on quitte les térébrantes ténèbres. Et puis, « en même temps » on s’encre dans l’Histoire en regardant avec confiance un avenir proposant une France puissante dans une Europe forte. Habile le bougre ! Une période de l’Histoire qui se confond avec un mouvement artistique ; j’en accepte l’augure.

 Découvrir d’autres mondes dans de grandes expéditions, retrouver ruines et textes antiques. Penser en humaniste qui se propose de changer la place de l’homme dans la société, préconisant l’éducation et la lecture des textes anciens pour former l’esprit. On va recommencer à peindre La Joconde, La Cène, la voûte de la chapelle Sixtine, redessiner l’homme de Vitruve. Espérons quand même que notre roitelet, emporté par la fougue d’une telle perspective n’ira pas jusqu’à s’installer au château de Chambord. 

Pourvu toutefois qu’on ne fasse pas ici fausse route et qu’il ne s’agisse pas tout simplement pour le jeune prince d’exprimer par le choix de ce nom : « Renaissance » un regain de vigueur qu’il emploierait, à coup sûr, à « emmerder les Français. » Quoi qu’il en soit, quand on voit la tête des quatre joyeux drilles sur la nouvelle affiche, c’est à « La nuit des morts -vivants » plutôt qu’à une quelconque renaissance qu’on pense immédiatement.

Isabelle Larmat, professeur de Lettres modernes

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