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Réforme de l’école : Najat Vallaud-Belkacem saupoudre à nouveau la question de la notation de changements cosmétiques
©Reuters

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Réforme de l’école : Najat Vallaud-Belkacem saupoudre à nouveau la question de la notation de changements cosmétiques

Mercredi 30 septembre, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé un nouveau livret scolaire pour la rentrée 2016. Une fiche de compétences sera également remplie à la fin de chaque cycle, soit à la fin du CE2, de la 6ème et de la 3ème, pour dresser "un bilan global sur les huit champs d'apprentissage du socle".

Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Atlantico : Dans quelle mesure cela peut-il s'inscrire dans une démarche politique ou pragmatique ?

Pierre Duriot : L'annonce apporte elle-même la réponse à la question. Est promue une nouvelle forme de l'évaluation mais pas l'amélioration qualitative de ce qui est à évaluer. Une nième fois on change l'instrument de mesure, la manière d'évaluer, le comptage des points. Un peu comme si au tennis, on agrandissait un peu le terrain, on élevait légèrement le filet et on comptait à 50 au lieu de 40, cela ne changerait pas fondamentalement la manière de jouer. Ce n'est pas ce que professeurs, parents et enquête PISA attendent. En réalité, le challenge est bien de faire remonter, dans les enquêtes internationales le niveau global des élèves, rien d'autre. Mais il y a bien pire, qui échappe au grand public. Ces livrets, fiches et autres documents à remplir sont envoyés dans les établissements scolaires sous forme de fichiers informatiques. A charge pour les établissements de les imprimer, de les relier, de les remplir, soit une dépense de temps et d'argent extrêmement conséquente. En primaire, les élèves seront soumis à 400 items, soit une perte de temps considérable au détrimentdes apprentissages.L'utilité de dépenser de l'argent et d'obliger les enseignants à un interminable travail de remplissage de croix dans des cases pour faire croire que l'on améliore la qualité de l'enseignement et les résultats relève de la communication, si ce n'est de l'arnaque. Et il y a des précédents, avec les livrets d'évaluation CE2 d'il y a une quinzaine d'années, fastidieux, inutiles et finalement abandonnés en rase campagne. Et encore, ils étaient fournis aux écoles. Mais à la décharge de la ministre, il existe une réelle entrave au pragmatisme en matière d'éducation : la validité d'une réforme se mesure sur une génération alors que la nécessité d'être réélu est une question de quinquennat. Il faudrait savoir, à ce poste, se détacher de la tentation d'inscrire une réforme à son crédit immédiat et travailler sur le long terme, même si l'histoire risque au passage d'oublier votre nom. Ainsi le pragmatisme cède-t-il la place à l'électoralisme quand le capitaine, quel qu'il soit,pense plus à sa proche carrière qu'aux générations futures.

Que pensez-vous plus précisément du recul sur le système de notation ? Comment l'expliquez-vous ?

Un recul pour mieux sauter... Mais plus tard. A la vérité, le système de notation ne dérange personne et surtout pas les parents qui l'ont eux-mêmes vécu, qui y voient un étalonnage fiable et qu'ils comprennent parfaitement. Que l'on explique en quoi un système de couleurs, de lettres ou une notation de un à cinq pourraient être moins "traumatisants" que les notes habituelles ? Certes, elles sont facteurs de différences d'appréciation et peuvent varier selon le professeur qui note, mais cela a toujours été le cas. Un peu comme les erreurs d'arbitrage font partie du jeu. L'acceptation des imperfections humaines qui vont une fois dans votre sens et contre vous la fois d'après, fait aussi partie des apprentissages de la vie. Non, ce qui dérange, ce sont les mauvaises notes et encore, uniquement celles de votre enfant ! Encore une fois, en haut lieu on a sans doute jugé bon de limiter les dégâts réels ou perçus.

En quoi cette mesure peut-elle constituer une démarche électorale ?

Elle va dans un sens d'une actualité à vif en cette période où l'on voit une élue qualifiée de « populiste » revendiquer la tradition judéo-chrétienne, la culture française et employer maladroitement le terme de « race » blanche, pour affronter un animateur qualifié lui, de bobo, et qui évoque sans aucune gêne une future France musulmane. On a beau retourner l'histoire dans tous les sens, malgré les invasions successives du sol gaulois puis français, les dynasties de rois, les grands écrivains, scientifiques, peintres, techniciens, médecins, sont tous blancs et de culture judéo-chrétienne dans une France qui ne devient multiculturelle dans sa forme actuelle qu'au XXième siècle. On ne peut pas faire sauter l'histoire de France comme on a fait sauter les grands Bouddha ou Palmyre, reste donc à nier 2000 ans d'histoire ou à clouer Morano au pilori. Cette doctrine conceptuelle mondialiste, plus souvent qualifiée de « correction politique »,matraquée à outrance, commence véritablement à plus insupporter les Français qu'à les séduire. Ce constat est également valable dans les autres pays d'Europe où, comme chez nous, les discours nationalistes ou souverainistes ont le vent en poupe. Les caisses de résonance que sont devenus les réseaux sociaux sur cette affaire, qui n'est pas la première, font remonter le ras le bol généralisé des attaques contre la culture et la laïcité. Retour aux valeurs donc : morale, éducation civique, dictée, lecture à haute voix, évaluation… montrer que l'on se préoccupe (à nouveau) de la France, du français et des Français, regagner leur confiance et par là même, leurs voix. On est donc bien dans une finalité électoraliste.

Quelles mesures concrètes proposeriez-vous pour remettre de la rigueur dans le système éducatif actuel ?

Les mesures à mettre en place sont innombrables et connues, mais il faut surtout changer la philosophie du système, qui préconise de "placer l'enfant au centre", de tout, pour le livrer à une société où il ne sera plus jamais le centre de rien. C'est totalement schizophrénique. C'est à l'enfant de faire un effort d'adaptation et pas au système de se contorsionner aux limites de sa souplesse pour faire plaisir à l'enfant et à ses parents. Il faut également ressortir des programmes, tout ce qui correspond à des tâches éducatives familiales, se faire confiance entre adultes, parents et professeurs, plutôt que de s'affronter sur la base des récriminations du petit : remettre l'enfant à sa place d'enfant en famille et à sa place d'élève à l'école. On peut citer en vrac, dédramatiser l'erreur, s'appuyer sur les solutions apportées à des échecs plutôt que sur d'artificielles situations de réussite, sortir du dogme de l'apprentissage sans effort et sans contrainte, privilégier les démarches expérimentales et scientifiques, mieux former les profs, remettre de la rigueur vestimentaire, comportementale, langagière, chez les enfants et les adultes. Tout cela n'est pas encore au programme. Pour l'heure, il y a sans doute des yeux braqués sur les sondages, les échéances électorales et un art de la politique qui consiste à déplacer des taupinières en faisant croire que ce sont des montagnes.

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