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Du 16 au 18 octobre aura lieu le référendum proposé par Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste. Objectif affiché : unir la gauche.
Du 16 au 18 octobre aura lieu le référendum proposé par Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste. Objectif affiché : unir la gauche.
©Reuters

La question à 1000 euros

Referendum au PS : l’unité de la gauche, soit… mais pour penser quoi ?

Du 16 au 18 octobre 2015 aura lieu le référendum proposé par Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste. Objectif affiché : unir la gauche en posant la question "Face à la droite et l’extrême droite, souhaitez-vous l’unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ?". Reste à savoir autour de quel objet et si un référendum peut suffire.

Vincent Tournier

Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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Atlantico : "Face à la droite et à l’extrême droite, souhaitez-vous l’unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ?" Telle est la question qui sera posée dans le cadre du référendum du PS, du 16 au 18 octobre. Dans quelle mesure ce référendum fait écho à un vide idéologique à gauche ?

Vincent Tournier : Ce référendum est un peu l’option de la dernière chance pour sauver ce qui peut l’être. Il est donc aussi un aveu d’échec parce qu’il signifie que la direction du PS ne parvient pas à négocier des accords ou à imposer l’unité, y compris dans les régions où le Front national est pourtant susceptible de l’emporter.

Avec ce référendum, le PS vise donc manifestement trois objectifs. Le premier est de mobiliser les électeurs de gauche en tentant d’occuper l’espace médiatique et de créer une dynamique mobilisatrice. Le deuxième est de forcer la main des parlementaires socialistes pour venir soutenir le gouvernement, alors que ceux-ci sont très réticents, notamment depuis le mouvement des frondeurs. Le troisième est de pousser à des rapprochements au niveau local avec les autres partenaires potentiels, qu’ils soient écologistes ou autres. On peut en effet pressentir que le résultat du référendum sera en faveur de l’unité, même si la participation sera probablement faible. La direction du PS pourra donc plaider que le « peuple de gauche » a tranché et qu’il veut le rassemblement, ce qui lui permettra de mettre la pression sur les appareils locaux, qu’ils soient socialistes ou autres, pour qu’ils passent des accords électoraux. Evidemment, cette pression ne suffira pas à faire taire les divergences et à résoudre les problèmes, mais cela va rendre plus compliquée la position de ceux qui veulent jouer les cavaliers solitaires, lesquels se verront contraints d’assumer la responsabilité d’une éventuelle victoire du FN. Il est d’ailleurs possible que ce référendum soit surtout destiné aux futurs scrutins présidentiels et législatifs. Le PS pourra facilement dire : « souvenez-vous des régionales, où notre désunion a permis au FN de l’emporter ; il faut donc davantage écouter notre base et limiter les candidatures si on veut garder toutes nos chances ».

Qu'est-ce que les partis de gauche ont aujourd'hui en commun, à part la lutte contre un anti-fascisme ? Est-ce suffisant pour bâtir des alliances à visée électoraliste ?

Il ne faut pas sous-estimer l’impact du mythe antifasciste à gauche. Toutefois, cet argument est quelque peu usé et finit par sonner creux aujourd’hui. De plus, les divisions de la gauche sont devenues très fortes, alors qu’elles avaient eu tendance à se réduire au cours des décennies passées. Rappelons que, entre 1997 et 2002, la gauche avait réussi une expérience originale, dite de la « gauche plurielle », qui avait permis au PS de gouverner avec le PCF et les écologistes. Une telle option est aujourd’hui clairement hors de portée, ce qui montre que les tensions sont très fortes, avec pour toile de fond une double crise économique et culturelle.

Cela étant, il faut se garder de conclure que le gouvernement actuel n’a pas de politique, qu’il navigue à vue, sans cap précis. En réalité, le gouvernement a bel et bien une ligne de conduire, qui a été clairement affirmée lors de l’expulsion d’Arnaud Montebourg : c’est une ligne sociale-libérale de type blairiste. Depuis le début du quinquennat, et plus particulièrement depuis le changement de premier ministre, toutes les décisions vont dans le même sens, avec une régularité et une constance que rien ne vient perturber.

Il est donc faux de parler d’un vide idéologique. Il y a clairement une idéologie. Par contre, cette idéologie n’est pas franchement assumée, et encore moins explicitée auprès des électeurs. C’est ce qu’a reconnu récemment Jean-Marc Ayrault, l’ancien premier ministre de François Hollande, en disant que ce qui manque, c’est « un récit politique de ce que nous sommes en train d’entreprendre [ce qui] a créé du désenchantement » (Le Monde du10 octobre). Cette absence d’éclairage sur les objectifs du gouvernement est effectivement problématique parce que, en ne voulant pas assumer sa politique, le pouvoir actuel s’affranchit du débat démocratique.

Or, le problème est que ce manque de pédagogie ne concerne pas que la politique économique et sociale. Il concerne aussi d’autres domaines où le flou est profond, que ce soit la politique scolaire ou universitaire, la politique à l’égard de la laïcité et, plus important encore, la lutte contre le terrorisme et même la politique étrangère. Que vise le gouvernement ? Quels sont ses buts ? Par exemple, dans le cas de la Syrie, qui sont nos ennemis ? S’agit-il seulement de l’Etat islamique ou de tous les groupes djihadistes, y compris les salafistes soutenus par l’Arabie Saoudite, notre nouvel allié ? Même sur le plan intérieur, les choses sont confuses, avec notamment le sentiment que l’Etat n’a pas vraiment l’intention de lutter contre le salafisme et l’emprise de l’intégrisme religieux sur certains territoires, sans parler de la lutte contre la criminalité, dont les défaillances viennent de susciter une manifestation de la part des policiers, ce qui ne s’est pas vu depuis 30 ans. Bref, dans un contexte de plus en plus tendu, à la fois socialement et culturellement, le gouvernement devrait être plus explicite sur ses intentions. Il faudrait aussi que les parlementaires et les journalistes soient un peu plus pugnaces dans leur manière d’interpeller le gouvernement et le chef de l’Etat.

En quoi ce genre d'initiative est-il un obstacle aux laboratoires d'idées qu'étaient les partis il y a plusieurs années ? A qui sert ce référendum et de quoi à réellement besoin la gauche aujourd'hui ? 

Je ne suis pas sûr que les partis politiques aient jamais été des laboratoires d’idées. Les partis sont avant tout les reflets des clivages de la société, mais rarement le moteur du débat politique, surtout en France où les partis ont toujours été faibles. Le travail des partis consiste d’abord à agréger des groupes et des intérêts, travail qui est peut-être plus difficile aujourd’hui en raison de l’individualisation des mœurs et de la fragmentation des clivages.

Cela dit, sur cette question du débat d’idées, il me semble que le vrai problème est ailleurs.

Les polémiques récentes autour de Michel Onfray, Eric Zemmour ou Alain Finkielkraut ont conduit les grands médias à conclure que le néoconservatisme a pris le dessus, qu’il a gagné le débat d’idées. Cette impression est trompeuse. Car quel est le poids de ces personnalités ? Ne représentent-elles pas au contraire le camp des vaincus ? Certes, elles occupent fortement l’espace médiatique, mais c’est surtout parce que personne ne vient leur porter la contradiction. Or, ce n’est pas faute de combattants, c’est plutôt parce que les contradicteurs ne ressentent pas le besoin de descendre dans l’arène. Si on veut être cynique, on pourrait presque dire que leur bruit médiatique est inversement proportionnel à leur pouvoir réel. Dès lors, à quoi servirait une confrontation ? De ce point de vue, comment ne pas faire un lien avec un autre fait d’actualité auquel on n’a pas beaucoup prêté attention : je veux parler de la phrase d’Emmanuel Macron lorsque celui-ci a déclaré que l’élection correspond au « cursus d’un ancien temps ». Qu’un ministre de tout premier plan vienne dire, en toute franchise, et quasiment sans être contredit par son Premier ministre, que l’élection ne sert plus à rien, donc que tout se joue ailleurs, voilà qui mériterait tout de même d’être sérieusement questionné. Car si la démocratie n’a plus d’importance, à quoi sert le débat d’idées ?

Propos recueillis par Rachel Binhas

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