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Radioscopie d’une élection législative : ces éléments qui mettent en évidence la puissance du vote sanction contre Emmanuel Macron
©THOMAS COEX / AFP

Vote sanction

Radioscopie d’une élection législative : ces éléments qui mettent en évidence la puissance du vote sanction contre Emmanuel Macron

"Une claque"; "une leçon", "un coup dur" ... La presse étrangère n'a pas manqué de souligner la défaite d'Emmanuel Macron aux élections législatives, qui perd la majorité absolue à l'Assemblée nationale. De nombreux éléments mettent en évidence la puissance du vote sanction contre Emmanuel Macron

Xavier Dupuy

Xavier Dupuy

Xavier Dupuy est politiologue, spécialiste de l'opinion.

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Atlantico : Quelles sont les principales leçons à retenir de ce second tour des législatives ?

Xavier Dupuy : La première leçon, c’est que c’est un échec du président de la République. C’est la première fois sous la Cinquième qu’avec un scrutin majoritaire, un chef de l’Etat n’arrive pas à avoir une majorité absolue, à l’exception de Mitterrand en 1988 , mais sa majorité est bien plus relative. Deuxièmement, on observe une détérioration des résultats de Ensemble, face à la gauche, au RN ou au LR. Dans tous les cas de figures, les résultats en duels sont nettement moins bons. En 2017, LREM gagnait ses matchs contre le RN 9 fois sur dix, aujourd’hui ce n’est plus que 5 fois sur dix. Face à la gauche, la majorité gagne dans 65% des cas. En revanche, son score s’affaiblit de 1 ou 2 points par rapport à 2017 face à la gauche, mais surtout de 9 points face au RN. Les Républicains battent Ensemble dans 70% des cas (14 victoires sur une vingtaine de duel). Ce à quoi nous avons assisté hier, c’est une expression d’opposition au pouvoir, plus ou moins intense selon qui était l’opposant. Je pense qu’il  y a eu, entre les deux tours, une sorte de brouillage du message de la majorité sur la conduite à tenir face au RN et la NUPES, notamment en cas de duel entre les deux. Le message n’étant pas clair, il a sans doute dû peser sur le comportement de certains électeurs de gauche. Dans des duels NUPES -RN beaucoup de votants Ensemble ont décidé de s’abstenir. Ce qui est intéressant c’est que malgré un scrutin majoritaire on a l’impression d’une assemblée issue à la proportionnelle. Il faut noter aussi que le RN gagne 6 fois sur dix face à la NUPES, mais seulement une fois sur dix face à LR.

Qu’en est-il justement du score de LR ?

LR-UDI-Divers droite, par rapport à leur présence second tour réduite (86 circonscriptions) s’en sort plutôt bien avec 73 sièges. En Auvergne-Rhône-Alpes les 19 candidats présents au second tour ont été élus. Cela montre bien un vote oppositionnel au pouvoir en place. Et LR était sans doute l’un des meilleurs réceptacles. Si la droite avait été plus au second tour, elle aurait sans doute remporté un grand nombre de sièges. 

Certaines choses vous ont-elles marquées dans les résultats ? 

Dans ce vote d’opposition, on constate certaines traditions de vote qui réapparaissent, sauf que dans plusieurs cas, elles ont tourné au profit du RN, alors qu’on aurait pu penser que cela bénéficierait à la NUPES. Je pense notamment au Languedoc Roussillon, l’ancien midi-rouge. Dans plusieurs circonscriptions la victoire du RN est inattendue : on se retrouve avec quatre députés dans les Pyrénées orientales, trois députés dans l’Aude, quatre dans l’Hérault, trois dans le Gard, etc. Donc le RN prend des sièges dans une terre de tradition de gauche. De l’autre côté, dans le Var, Macron avait fortement progressé en 2017 et emporté huit circonscriptions. Sept d’entre elles sont allées au RN cette fois-ci. L'électorat de gauche de ces territoires ne s’est probablement pas déplacé pour voter.

Y-a-t-il des leçons à échelle régionale ?

Jusqu’à présent le RN obtenait des scores ou quelques élus dans certaines régions traditionnelles :le Grand Est, les Hauts-de-France et PACA. En 2022, ils ont fait des percées, jusqu’à avoir des élus, dans certains territoires : Dordogne, Gironde, Tarn-et-Garonne, etc. Le RN programme dans des zones qui ne sont pas les siennes grâce à un vote oppositionnel. La majorité présidentielle, elle, résiste bien dans les territoires anciennement de démocratie chrétienne :  Bretagne, Pays de Loire, Alsace et Haute-Savoie. En région parisienne, on observe une quasi disparition des partis traditionnels au profit de la majorité présidentielle et de la gauche LFI,  qui se partagent la plupart des circonscriptions. La droite ne conserve que 4 députés en région parisienne, le RN en obtient deux, dans l’Essonne et en Seine-et-Marne, la majorité présidentielle en a 47 et la gauche 43. La majorité présidentielle est en revanche très faible dans les Hauts-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes, en PACA, en Occitanie. En AURA, c’est la résistance de LR qui explique un relativement faible score de la majorité, qui ne remporte que 25 circonscriptions (19 pour LR, 4 pour le RN, 16 pour la gauche). C’est une perte de 17 sièges pour la majorité présidentielle par rapport à 2017.

Les résultats de LR et du RN sont-ils la preuve que, dans une certaine mesure, l’union des droites s’est faite dans les électorats ?

Majoritairement non. Dans certains territoires ruraux ancrés à droite, la NUPES a été largement battue par l’électorat de droite. Mais sur des territoires plus urbanisés, l’électorat de droite, quand il a voté, a plutôt voté LREM face au RN. Face à la NUPES, c’est beaucoup plus partagé.  Par ailleurs, certaines personnalités ont été sanctionnées par l’électorat en raison de leurs positions. Robin Reda est réélu, mais avec moins de 200 voix d’avance. Marine Brenier a été sèchement battue par la candidate LR. Damien Abad a certes été réélu, mais à 57% contre la NUPES, alors qu’en 2017, il faisait 67% face à LREM. 

Que penser des résultats des poids lourds de la majorité ?

Ce qu’on observe surtout, c’est un véritable vote sanction contre les personnalités de la majorité. Richard Ferrand, Christophe Castaner ont vu une concentration de votes hostiles pour les faire tomber. Amélie de Montchalin également. Stanislas Guérini a été réélu, mais il aurait dû faire bien plus. Dès que le projecteur a été mis sur un ministre ou une personnalité, il y a eu une agglomération de votes contre. Brigitte Bourguignon avait largement remporté une élection partielle face au RN. Cette fois-ci, elle est battue de justesse. Toute personne qui incarnait fermement la macronie sur des territoires un peu disputés à vue une agglomération des électorats pour le faire battre. Les électeurs ont voulu envoyer un message via un vote sanction et un vote de barrage. Ce que semblent indiquer aussi les résultats, c’est que les consignes peu claires de la majorité en cas de duels entre le RN et la NUPES ont désincité certains électeurs NUPES à voter pour la majorité quand ils le pouvaient. Elisabeth Borne ne fait que 52,5% au second tour, c’est que beaucoup d’électeurs de la droite et du RN sont allés voter contre. Elle n’aurait jamais dû descendre en-dessous de 57 ou 58%. Gérald Darmanin remporte sa circonscription à 57%, mais sur sa propre ville de Tourcoing, il est minoritaire et n’obtient que 46,5% des voix. C’est grâce aux communes bourgeoises autour de Tourcoing (Neuville-en-Ferrain, Halluin et Roncq) où il obtient 67%, qu’il a pu être élu. Gabriel Attal obtient 58%, mais il était à 48% au premier tour. Cette faiblesse de la progression indique que certains sont venus voter contre. Pareil pour Olivier Véran qui était à 40% au premier tour et ne termine qu’à 55%.

De nombreux novices, députés NUPES et RN, vont entrer au parlement. A quel point sont-ils ancrés localement ou non ?

Beaucoup d’entre eux ne représentent rien localement. C’est l’étiquette qui a fait l’élection pour plusieurs d’entre eux. Dans la deuxième circonscription de l’Allier, un candidat RN a été élu de justesse, mais personne ne sait qui c’est. Beaucoup de candidats NUPES ont également été parachutés. Il faudra voir ce que vont faire ces élus pendant les cinq ans à venir pour savoir s’ils vont réussir à s’implanter. L’erreur d’Emmanuel Macron a été de sous-estimer les élections locales. Elles sont certes plus difficiles lorsqu’on n’a pas d'ancrage, mais c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, le roi est nu.

Est-ce que chez LR, les résultats donnent une tendance politique ? 

Beaucoup de sortants se sont fait réélire. Très peu ont été battus. C’est plutôt un groupe homogène qui se dessine, notamment parce que beaucoup de députés élus sont à l’Est et non à l’Ouest. Il y a une forte concentration en AURA, Bourgogne-Franche Comté, Grand-Est. Ce sont majoritairement des députés LR purs suc. Est-ce que certains vont pouvoir se laisser tenter par les sirènes de la Macronie ? A mon avis, vu le profil, ce sera très limité. Et la plupart risquent de se positionner contre un pacte de gouvernement.

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