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Race, racisme et tempête politique : la France au bord de la crise de nerfs
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Trop, c'est trop

Race, racisme et tempête politique : la France au bord de la crise de nerfs

Selon un sondage exclusif Elabe pour Atlantico, un quart des Français estime avoir été victime de racisme en fonction de ses origines, de sa couleur de peau ou de sa religion supposée ou réelle.

Marie Peretti-Ndiaye

Marie Peretti-Ndiaye

Marie Peretti-Ndiaye est docteure en sociologie et membre associée au Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques (CADIS, CNRS-EHESS). Elle est l'auteur de l'ouvrage Le racisme en Corse. Quotidienneté, spécificité, exemplarité publié en 2014.

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Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est Directeur en charge des études d'opinion de l'Institut CSA.
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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant, formateur et consultant. Ancien membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration. Dernier ouvrage : Laïcité, émancipation et travail social, L’Harmattan, sous la direction de Guylain Chevrier, juillet 2017, 270 pages.  

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Atlantico : Quels sont les principaux enseignements de ce sondage ? Qu'est-ce qu'il relève du rapport des Français face aux propos et comportements racistes ?

Yves-Marie Cann : A la question "vous est-il déjà arrivé d’être victime de propos ou de comportements racistes en raison de vos origines, de votre couleur de peau ou de votre religion supposée ou réelle ?," près d’un quart des personnes interrogés par Elabe pour Atlantico nous répondent "oui, une fois" (11%) ou "oui, plusieurs fois" (12%). A l’inverse, 77% affirment n’avoir jamais été victimes de tels propos ou comportements.

Fort heureusement, le fait d’avoir déjà été victime de propos ou de comportements racistes ne concerne qu’une minorité de la population. Toutefois, il convient de relativiser immédiatement cet enseignement en insistant sur le fait qu’il s’agit d’une minorité non négligeable puisqu’un quart des personnes interrogées estiment avoir déjà été victime de racisme, dont un dixième plusieurs fois. Nous sommes donc ici face à un phénomène loin d’être marginal au sein de la société française puisque si l’on extrapole ces résultats à l’échelle de l’ensemble de la population majeure, ce ne sont pas moins de 10 à 11 millions d’individus qui estiment avoir déjà été confrontés au moins une fois à des propos ou des comportements racistes.

Qui sont ceux qui se revendiquent particulièrement touchés par des propos ou comportements racistes ?

Yves-Marie Cann : Les résultats de notre sondage apportent de précieux enseignements sur le profil des personnes victimes ou s’estimant victimes de propos ou de comportements racistes. Il existe ainsi des différences importantes et tout à fait significatives d’un point de vue statistique selon que les personnes interrogées déclarent avoir ou ne pas avoir au moins un parent (père et/ou mère) ou un grand parent d’origine étrangère. Parmi ceux déclarant une ascendance étrangère, nous recensons dans notre enquête 38% de victimes de propos ou comportements racistes (dont 20% plusieurs fois), soit un résultat supérieur de 20 points au reste de l’échantillon ne déclarant aucune ascendance étrangère. Les résultats enregistrés s’avèrent encore plus impressionnants et particulièrement préoccupants selon que les personnes interrogées déclarent une ascendance étrangère d’origine européenne d’une part ou d’Afrique ou Moyen-Orient d’autre part. Parmi premiers (ils représentent 19% de notre échantillon), 30% nous disent avoir déjà été victime de propos ou de comportements racistes, soit un résultat de 12 points supérieur aux individus de l’échantillon ne déclarant aucune ascendance étrangère. Parmi les répondants ayant au moins un parent ou grand parent originaire d’Afrique ou du Moyen-Orient (5% de notre échantillon), la proportion de victimes double et devient majoritaire puisqu’elle atteint 62%. De tels résultats attestent, pour ceux qui en douteraient, que tous les habitants ne sont pas égaux face aux propos et comportements racistes.

Le sentiment d'être victime de propos ou comportement racistes peut-il avoir un impact sur le choix politique ? Qu'est-ce que cela signifie ?

Yves-Marie Cann : Il ressort de la lecture des résultats par familles politiques que les sympathisants du Front de gauche (32%) et ceux du Front national (27%) sont effectivement ceux qui déclarent le plus fréquemment avoir été victime de propos ou de comportements racistes. Il serait sans doute erroné de considérer a priori que le statut de victime influe nécessairement sur la préférence partisane des personnes interrogées. On peut aussi émettre l’hypothèse que les réponses collectées auprès de ces deux familles politiques s’expliquent avant tout par le profil sociologique de leur socle partisan. Sur la base des éléments dont nous disposons, il apparaît ainsi que 37% des sympathisants Front de gauche de notre échantillon déclarent une ascendance étrangère contre seulement 22% au Front national. Nous l’avons vu précédemment, les individus déclarant une ascendance étrangère sont plus nombreux que la moyenne à avoir déjà été victime de propos ou de comportements racistes. Ceci expliquerait donc pourquoi les sympathisants Front de gauche sont plus nombreux que ceux des autres familles politiques  avoir déjà été victime de tels propos ou comportements. Cette explication n’est en revanche pas satisfaisante pour les sympathisants du Front national, parmi lesquels les victimes recensées peuvent plutôt avoir été la cible de ce que la droite radicale nomme le "racisme anti blanc". J’insiste toutefois sur le fait que l’on ne dispose pas ici d’éléments tangibles permettant de vérifier une telle hypothèse.

Selon un sondage Elabe pour Atlantico, les Français ayant le sentiment d'être victime, de propos ou comportements racistes ont tendance à se diriger politiquement vers les deux pôles de l'échiquier : front de gauche et FN. Qu'est-ce que cela traduit du rapport entre des Français se considérant victime de racisme avec la politique du pays ?

Guylain Chevrier : La gauche de la gauche a tendance à attirer, effectivement selon ce sondage, plus ceux qui se pensent avoir été victimes de racisme. Cela tient à la fois à un vécu auquel certains se réfèrent mais aussi, et plus particulièrement, à un climat entretenu par un discours qui tend à dominer de plus en plus la communication publique, qu’elle soit politique ou médiatique, voire à travers un certain nombre de décisions judiciaires.

Le thème des discriminations est venu, depuis plusieurs années, remplacer celui des classes sociales, faisant de l’immigré la nouvelle figure de l’opprimé, nouveau pauvre opposé au riche occidental. Il est l’exutoire nécessaire dans cette période de crise, à une certaine élite qui y voit sa bonne conscience. L’immigré est aussi le nouvel élu d’une gauche de la gauche en manque de projet, héritière d’un combat anticolonial dont elle voit le prolongement à travers lui, emblème de la lutte contre la mondialisation libérale au point d’en appeler à la fin des frontières, tendant à mettre follement l’idée de nation au rang du racisme. Les difficultés sociales des populations immigrées, liées à une économie de sous-emploi chronique, étant dans ce contexte déportées quasi systématiquement sur le versant des discriminations. Sous ce signe, se rajoute une montée des affirmations identitaires, particulièrement religieuses, avec des revendications d’accommodements remettant en cause les repères communs d’une France sécularisée, soumise à l’injonction de s’y soumettre ou d’être mise en procès pour racisme.

Prenons le cas dans l’actualité récente des travailleurs immigrés, essentiellement marocains, qui ont travaillé à la SNCF sans avoir la nationalité française (condition d’intégration au statut), et donc qui n’ont pu accéder au même statut que les nationaux, en termes d’évolution de carrière, de retraite, qui ont porté plainte pour discrimination au regard de cette situation. Ces ex-salariés défendus ont eu gain de cause, contre toute attente, l’entreprise nationale étant condamnée à ce titre par le Tribunal des prud’hommes, alors qu’elle n’a fait que respecter ses propres statuts. Ceci a été relayé par une presse qui expliquait les choses du bout des lèvres, craintive devant la généralisation de l’utilisation de l’argument des discriminations, dès qu’il est question de différents sociaux.

Si d’un côté, la surenchère dont les discriminations font l’objet favorise une certaine attraction des populations immigrées ou ayant une ascendance ce côté, en direction du Front de gauche, qui se présente en champion sur ce sujet, de l’autre, une partie croissante de nos compatriotes s’en remet tristement au FN.

Comment analyser et expliquer ce sentiment de saturation en matière de racisme ? Comment se traduit-il dans les actes ?

Guylain Chevrier : En 2009, selon l’indice longitudinal et synthétique de tolérance  (Sciences po-Commission nationale consultative des droits de l’homme) malgré la crise économique, malgré le grand débat sur l’identité nationale, malgré l’exacerbation du conflit au Proche-Orient, l’acceptation des personnes d’une autre religion, d’une autre nationalité, d’une autre culture, continuait de progresser dans l’Hexagone. Cinq ans plus tard, le portrait est bien différent: 70% des Français estiment que le pays compte trop d’immigrés avec une opinion négative de l’islam, à  45%.  Parallèlement, certains préjugés antisémites semblent reprendre pied dans les esprits.  C’est que les tensions identitaires sont à leur comble.

Sur ce thème, les propos du Premier ministre qui nous mettaient en garde vis-à-vis de ghettos sociaux et ethniques, au lendemain des attentats de janvier, pour laisser entendre qu’il y aurait une responsabilité de la France dans ce qui arrive là, est à regarder de près. Selon une enquête réalisée en 2010 par l’INED et l’INSEE dite, Teo (Trajectoires et origines),  13% des immigrés et 9% de leurs descendants y exprimaient le sentiment d’avoir connu une discrimination au logement et parmi eux, 70% des immigrés et 53% de leurs descendants invoquaient la couleur de peau ou l’origine comme un des motifs de leur discrimination. Une enquête qui relaie la notion de ségrégation spatiale dont on considère les premières victimes comme étant immigrées. Mais si on regarde les choses de plus près, la part des familles immigrées dans les ex-zones urbaines sensibles est en 2010 de 23,6 %, donc à peine un quart, les autres habitants faisant partie de la population majoritaire, ce qui vient écorner cette lecture essentiellement centrée sur les discriminations. D’autre part, les « zones urbaines sensibles » qui viennent d’être remplacées par « les quartiers sensibles » ne représentent que 7% de la population nationale, sachant que 20% de cette dernière vit dans les espaces ruraux où le taux de pauvreté est nettement supérieur que dans les centres urbains, avec une population immigrée en général marginale. Cela  montre combien il faut ici à la fois tenir compte d’une réalité qu’il ne s’agit pas de nier, il y a des discriminations en raison de l’origine, premier motif de saisine du Défenseur des droits à hauteur de 23,7 % de l’ensemble des réclamations (Rapport 2014), qui est en concurrence avec le critère du handicap, mais qu’il faut donc aussi pour le moins modérer, en rejetant un propos qui étiquette et généralise, et surtout oppose population majoritaire et immigrés.

La question des discriminations est largement piégée par une victimisation culpabilisatrice, en trompe l’œil, que ne supportent plus bien des Français. Ces derniers dit riches, sont systématiquement opposés aux migrants, désignés comme pauvres, alors que nombreux parmi ces derniers ont un bon niveau de formation et qui, pour leur passage, ont investi des sommes dont bien des Français ne disposent même pas. Ce que commence à révéler certaines enquêtes tentant de dépasser une véritable tyrannie de l’émotion, nourrie jour après jour par milles reportages aux images choc, à défaut d’analyse. 

Il y a aussi tous les malentendus et confusions entretenus. Côté médias, le journaliste John Paul Lepers a réalisé une véritable opération de propagande avec France 2, en diffusant un reportage (24/11/2014) sur le thème de l’absence de lien entre immigration et délinquance, accusant de fantasme les Français sur fond de racisme inconscient. On y disait pour étayer cette thèse qu’il n’existait aucun chiffre susceptible d’éclairer cette question. Pourtant, selon le ministère de l’intérieur, 18,7% des écroués sont étrangers, donc surreprésentés, puisque selon l’INSEE ils ne représentent que 6% de la population française. Une enquête relayée par la revue Sciences humaines (Les Grands dossiers n°18- 2010) montre que dans 51 % des cas, le père d’un détenu est né hors de France et plus généralement en Afrique.  Loin de vouloir désigner à la vindicte populaire ces personnes, on ne saurait tricher ainsi pour culpabiliser les Français, ce qui en réalité abouti encore mieux à provoquer le rejet de l’étranger au lieu de chercher à comprendre.

On pourrait, sur un autre versant, citer la demande de Dalil Boubakeur, Président du CFCM, qui après avoir réclamé de l’aide aux pouvoirs publics à la tribune du congrès de la très islamique UOIF pour construire 2000 nouvelles mosquées, a demandé de transformer les Eglises en mosquées.

Monsieur Ayrault, lorsqu’il était Premier ministre, n’a pas hésité à présenter sa nouvelle feuille de route sur l’intégration qui passait par « assumer la dimension « arabe-orientale «  de la France », justifiant la proposition d’abroger la loi du 15 mars 2004 d’interdiction des signes religieux ostensibles dans l’école publique, jugée discriminatoire.

En novembre dernier, la sénatrice EELV Esther Benbassa et son collègue UMP Jean-René Lecerf présentaient un rapport sur « les moyens de lutter contre les discriminations » préconisant de renforcer l'étude du « fait religieux » à l'école, appuyant encore sur ce qui sépare au lieu de ce qui rassemble, de généraliser les carrés musulmans, contribuant là encore à une séparation selon la religion systématisée jusque dans la mort, de créer des class actions collectives en discrimination, favorisant la logique communautaire devant les tribunaux, de mettre en place les statistiques ethniques, divisant les individus selon leurs différences, sous prétexte de mettre en évidence des discriminations dites massives…

A droite, les déclarations de Copé en faveur de la remise en cause du droit du sol, fondement d’une nation dont le territoire est tout d’abord civique dans la tradition républicaine, tentant de damer le pion au FN et sa préférence nationale, contribue aux pires des malentendus. François Fillon,  qui a proposé dernièrement le recours aux statistiques ethniques, a ainsi induit un traitement des individus selon leurs origines, religions, couleurs.., rompant avec l’égalité républicaine, apportant sa pierre à la confusion générale.

Que dire de ces maires qui disent ne vouloir accueillir parmi les réfugiés Syriens que ceux de confession catholique, sinon que cela contribue encore à séparer lorsqu’il s’agirait de clarifier sur quoi se rassembler, ces valeurs humanistes de la République, dont la laïcité qui contient la liberté de conscience et l’égalité de tous, croyants ou non croyants, qui ont fait leur preuve en matière de vivre ensemble. A condition encore, il est vrai, de les considérer comme non-négociable au lieu de les livrer au clientélisme religieux local, comme le font trop d’élus, croyant s’assurer une paix sociale derrière laquelle en réalité on couve ainsi bien des maux à venir.

Nadine Morano nous parle elle, à propos de la France, de « pays de race blanche », pensant la défendre alors qu’elle la livre au Parti des Indigènes de la République, qui utilise la même référence pour justifier un discours de haine qui présente notre pays comme prétendument fait de minorités dominées par les blancs et donc, raciste. Une belle catastrophe !

Une situation illisible pour nombre de nos compatriotes, qui ne savent plus à quel saint se vouer, et peuvent en arriver à un rejet de l’autre par les incompréhensions et malentendus qui s’amoncellent

En France, qui est réellement victime de racisme ?

Guylain Chevrier : On sait qu’il est déposé environ 1500 plaintes par an à ce titre. Même en multipliant par dix ce chiffre, si on veut considérer qu’il n’est pas le reflet de la réalité en raison de la difficulté à apporter les preuves d’une discrimination, cela reste tout de même relative faible au regard d’une population française qui approche les 67 millions d‘habitants.

Derrière la question bien réelle des discriminations, c’est l’antisémitisme qui est sans aucun doute la forme de racisme, si je puis dire, la plus débridée aujourd’hui. On l’a vu, lors du refus d’élève de faire la minute de silence programmée dans les établissements scolaires, dans le contexte des attentats de janvier dernier. Le nombre des actes antisémites a doublé en France en 2014 par rapport à 2013, avec une hausse des violences, particulièrement aux personnes. 508 actes antisémites, de janvier à mai 2015. Par comparaison, les actes et menaces antimusulmans, qu’il faut prendre évidemment avec le plus grand sérieux, alors qu’existe un risque d’amalgame, s’ils ont presque quadruplé au premier semestre 2015 par rapport à la même période l'an dernier (274 contre 72), selon l'Observatoire contre l'islamophobie, concernent essentiellement des menaces, et pour un quart des dégradations de lieux de culte.

Osons une pointe d’optimisme, en se rappelant que parmi les dix premières personnalités les plus aimées des Français, on en trouve régulièrement certaines faisant partie de la diversité, comme Omar Sy, Djamel Debbouze, Yannick Noah ou encore Zinédine Zidane.

Comment distingue t-on les ressentis de racisme et les actes avérés qui constituent le racisme ?

Guylain Chevrier : Selon un baromètre IFOP publié en février de cette année, un tiers des demandeurs d’emploi affirme avoir été victime de discriminations à l’embauche et plus de la moitié d’entre eux de façon répétée. Mais les facteurs montrent que le critère de l’origine lié à l’apparence, à un nom à consonance étrangère, à une autre nationalité ou à un accent étranger, arrive bien après les critères de l’âge, d’être enceinte, du style, du fait de l’obésité, du handicap. Montrant simplement que ce sentiment de discrimination, bien que subjectif et étant susceptible de surestimation, se trouve  malgré tout loin derrière d’autres critères.

Le racisme ressenti consiste à expliquer un comportement d’exclusion, en rapport avec un particularisme, sans que pour autant on ait pu matérialiser le lien avec une discrimination.  L’acte avéré lui, repose sur un fait objectif, comme une insulte à caractère raciste, tel que de dire à une personne de couleur, qu’en raison de celle-ci, elle serait de rang inférieur. Pour un employeur, répondre positivement à la préférence discriminatoire d’un client, en acceptant par exemple d’accéder à sa demande de remplacer pour le servir, une vendeuse de couleur par une autre de la population majoritaire, tombe sous le coup de la loi.  

La création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité en 2005 et la possibilité du testing qui a été donnée en 2006, procurant à des associations comme SOS Racisme la possibilité de le mettre en oeuvre, dans différents domaines comme le logement, l’emploi, l’accès à certains lieux, a donné des résultats probants. Il s’agit dans ce cas de présenter plusieurs candidats ayant le même dossier pour un même logement ou emploi, l’un de la population majoritaire et les autres d’une autre origine, couleur ou nationalité. Le fait que les candidats qui ne sont pas de la population majoritaires aient été écartés, indiquent que la différence a joué comme un désavantage et qu’il y a eu discrimination. On est donc loin en France de laisser faire, alors que des condamnations ont eu lieu suite à la mise en œuvre de ces méthodes.

Le sujet des discriminations et du racisme, est donc survalorisé par les médias et les politiques, créant un malaise quasi permanent et une atmosphère délétère, agrémentés de confusions et de malentendus, qui ne peuvent que desservir la démocratie et nourrir les replis, voire les extrêmes.

En France, qui est réellement victime de racisme ?

Marie Peretti-Ndiaye : Plusieurs indicateurs (sondages, décisions de justice, ...) invitent à considérer la réalité du racisme en France. Les derniers rapports de la commission nationale consultative des droits de l'homme soulignent que les Roms migrants sont aujourd'hui particulièrement stigmatisés. L'approche qualitative (entretiens, observations, ...) peut permettre de compléter les données statistiques disponibles à ce propos. Le croisement de ces différentes données invite à considérer l'importance croissante de la religion, réelle ou supposée, en matière de rejet. Elle conduit également à prendre en compte des facteurs tels que le genre ou le milieu social pour comprendre l'expérience des individus différenciés. Autrement dit, l'expérience du racisme n'est pas la même pour un homme ou une femme, pour un cadre supérieur ou pour un salarié précaire.  

Comment distingue t-on les ressentis de racisme et les actes avérés qui constituent le racisme ?

Marie Peretti-Ndiaye : Le racisme peut prendre de multiples formes (stéréotypes, discours, discriminations ...) qui ne sont pas toujours aisément quantifiables ou perceptibles. Pour mieux approcher le caractère tangible de ce phénomène, les résultats des sondages sur le ressenti du racisme peuvent  être mis en perspective avec ceux concernant le racisme exprimé par les Français. Lors d'un sondage réalisé par l'institut BVA en 2013, seuls 39% des interviewés déclarent ainsi ne pas être racistes du toutCela permet de caractériser un climat général. Le recensement d'actes tels que les discriminations (directes et indirectes) et les violences permet, quant à lui, de souligner les conséquences concrètes de ce climat.  

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