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Dommage pour les cyniques, l’honnêteté paie : l’étude qui montre un lien entre honnêteté et croissance économique
©Reuters

Aie confiance, crois en moi...

Dommage pour les cyniques, l’honnêteté paie : l’étude qui montre un lien entre honnêteté et croissance économique

La Chine, la Corée du Sud et l'Inde sont les pays les moins honnêtes du monde, selon une récente étude de l'Université of East Anglia de Norwich. Mais les gens malhonnêtes se trouvent partout, y compris chez vous, et ce n'est pas leur fortune qui les rend plus vertueux. Dommage, car la confiance crée la richesse.

Jérémy Collado

Jérémy Collado

Jérémy Collado est journaliste.

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À partir de quelle somme d'argent êtes-vous prêts à mentir ? Ne vous moquez pas : c'est une question très sérieuse. Et même tout l'enjeu d'une étude de l'Université of East Anglia de Norwich, en Grande-Bretagne, comme nous l'apprend le magazine américain Ozy : "Les chercheurs s'intéressent à cette notion d'honnêteté depuis longtemps et une nouvelle étude se propose de classer les pays selon leur proportion de Pinocchios."

Pour cela, ces chercheurs ont testé l'honnêteté de deux manières différentes sur près de quinze pays différents. Premier test : les personnes interrogées sont d'abord invitées à lancer une pièce de monnaie puis de révéler de quel côté elle avait atterri. Cependant, ils savent que s'ils répondent "face", ils reçoivent de trois à cinq dollars. Si plus de la moitié des personnes interrogées répond "face" dans un même pays, cela signifie qu'il y a de grandes chances pour que certains mentent. Selon ce test, les Anglais sont les plus vertueux et les Chinois les plus malhonnêtes, c'est-à-dire les plus prompts à mentir.

Deuxième test : les mêmes participants sont invités à remplir un questionnaire en ligne. L'astuce, c'est que ces mêmes personnes ont reçu de l'argent pour répondre correctement à toutes les réponses. Ils ont également pris l'engagement selon lequel ils n'ont pas regardé les réponses en ligne. Seulement, les chercheurs ont eux aussi truqué les questions, rendant trois d'entre elles quasiment impossibles à résoudre sans l'aide d'une personne extérieure. Si les personnes interrogées répondent à plus d'une question correctement, c'est qu'ils ont probablement triché... À ce petit jeu, les Japonais sont les moins tentés de tromper leur monde...

L'honnêteté produirait des gains économiques

Selon cette même étude, il y a un lien entre niveau d'honnêteté et croissance économique. Mais ce lien est de moins en moins fort depuis quelques décennies. "Une explication possible est que quand les institutions et la technologie sont sous-développés, l'honnêteté est importante car elle se substitue à l'application formelle des contrats. Les pays avec une culture qui placent une fort valeur sur l'honnêteté récoltent des gains économiques," selon l'un des auteurs de l'étude.

L'étude démontre que le mensonge est souvent visible, quelle que soit la culture d'origine ou le pays testé : impatience, bégaiement, regards qui se détournent... "C'est une forme de contrôle social", souligne ainsi Maria Harwig, professeur de psychologie à l'université de New York. L'étude révèle également que tous les pays abritent en leur sein des gens malhonnêtes. "Quand les gens sont suffisamment honnêtes, de simples promesses peuvent susciter des gains par la coopération mutuelle", écrivent les auteurs de l'étude, qui expliquent que "si l'honnêteté varie selon les cultures, alors ces mécanismes peuvent expliquer pourquoi les niveaux de richesses varient selon les pays."

En effet, il n'est pas inintéressant de relier la richesse des habitants avec l'honnêteté. Ce qu'avaient fait deux économistes, en 2005. Steven Levitt et Stephen Dubner racontaient dans leur livre, "Freakonomics", cette histoire d'un vendeur de bagels qui venait, chaque matin, déposer ses pains dans un immeuble commercial. À chaque étage, il laissait une banette, et une petite boîte dans laquelle ceux qui se servaient devaient verser un dollar. En moyenne, environ 10% des bagels étaient emportés sans être payés. Sauf à l'étage d'en haut, chez les gestionnaires, où la proportion était beaucoup plus élevée ! Ce que cette petite histoire tend à prouver, c'est que la richesse d'un homme ne le rend donc pas plus honnête, au contraire.

Une autre étude de 2012 publiée par le Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) estimait ainsi que les personnes aisées agissaient avec moins d'éthique que les personnes des classes sociales défavorisées. Les auteurs de l'étude pointaient du doigt les comportements relevés lors de négociations au travail, par exemple, ou bien lorsqu'il s'agissait de respecter le code de la route. Pour ce dernier, on imagine que l'honnêté vient du fait que celle-ci a un coût que tous ne peuvent pas s'acquitter ! En bref, on peut se payer le luxe d'être malhonnête ou de ne pas respecter certaines règles quand on sait que ce coût social sera facilement réglé.

Des chercheurs de l'université de Californie, à Berkeley, avaient également testé les comportements des personnes en fonction de leur milieu social, en examinant les attitudes de 1 000 bénévoles. Comme l'expliquait The Atlantic, les CSP+ étaient trois fois moins susceptibles de s'arrêter aux feux pour laisser passer les piétons. Autre expérience : les personnes interrogées devaient faire passer un entretien d'embauche à plusieurs candidats à la recherche d'un emploi longue durée. Sauf que l'emploi proposé était à durée limitée. Parmi les personnes testées, ceux qui appartenaient aux classes les plus aisées étaient ceux qui fournissaient le moins cette information pourtant importante.

Le business collaboratif est-il plus efficace ?

Plus largement, le développement du business collaboratif pose cette question des "valeurs" qui sous-tendent une économie. L'exemple du "coworking" est emblématique de cette tendance. Très implantée aux Etats-Unis, cette nouvelle pratique de travail basée non plus sur la compétition mais sur la coopération, s'étend en France et en Europe. Elle consiste à réunir en un même lieu des personnes issus de milieux professionnels différents, afin de leur louer un espace de travail et de favoriser les interactions entre ces différentes personnes. Un architecte se retrouve à discuter avec un graphiste ou un développeur web, les uns donnant des affaires aux autres, dans un strict souci d'efficacité désintéressée.

Utopique ? Pour que ce type d'expériences fonctionne correctement, il faut bien sûr une confiance envers ses proches ou ceux que l'on côtoie dans cet univers de travail. L'économiste John Maynard Keynes fut l'un des premiers à pointer du doigt le rôle capital que jouait la confiance dans l'économie d'un pays. Il désirait que les États prennent le relais des patrons lorsqu'il s'agissait d'investir, si ceux-ci étaient trop frileux, notamment en temps de crise. Car bien sûr, le degré de réussite d'une entreprise dépend de l'optimisme du chef d'entreprise et, par conséquent, de sa capacité à risquer pour engranger des bénéfices plus tard. Il parie, par exemple, sur le rendement de ses salariés, par la confiance qu'il leur accorde. Malheureusement pour la théorie, l'université of East Anglia de Norwich pointait une autre donnée : "Les gens sont plus pessimistes quant à l'honnêteté de leurs concitoyens que face à celle des habitants des pays étrangers", concluait David Hugh-Jones, le responsable de l'étude. 

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