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Quand votre iPhone sert à payer... des enfants soldats
©Reuters

L'envers du décor

Quand votre iPhone sert à payer... des enfants soldats

Les principaux minerais exploités en République démocratique du Congo (RDC) permettraient de fournir l'industrie mondiale de l'électronique.

Philippe Hugon

Philippe Hugon

Philippe Hugon est directeur de recherche à l'IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), en charge de l'Afrique. Professeur émérite, agrégé de Sciences économiques à l'université Paris X, il vient de publier son dernier livre Afriques - Entre puissance et vulnérabilité (Armand Collin, août 2016). 

 

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Atlantico : Les principaux minerais exploités en République démocratique du Congo (RDC) - l’étain, le coltan, la wolframite et l’or - permettraient de fournir l’industrie mondiale de l’électronique. Leur commerce profiterait aux groupes rebelles et à l’armée. La hausse des prix mondiaux de ces métaux incite les groupes armés de l’est du Congo à cibler le contrôle des mines et à y maintenir leur mainmise. Peut-on affirmer que la guerre civile en RDC est en partie financée par le trafic de ces métaux ? Plus globalement, comment les matières premières utilisées dans les produits consommés par les occidentaux peuvent-ils  financer les conflits en Afrique ?

Philippe Hugon : La guerre civile en RDC est en partie financée par le trafic des minerais. Il y a plusieurs régions différentes en RDC et la région dont on parle ici est celle du Kivu. La guerre du Kivu renvoie à plusieurs facteurs : les questions d’accès aux terres, les effets du génocide du Rwanda. Les trois milices qui existent ainsi que l’armée de la RDC contrôlent actuellement les mines. Il s’agit d’un élément majeur de l’enjeu de contrôle des richesses et du financement de la guerre en sachant qu’une fois que le coltan a été exploité, il transite par les pays voisins (le Rwanda et l’Ouganda) avant de se retrouver sur les marchés internationaux des métaux précieux. Le coltan est indispensable pour la fabrication des téléphones portables, d'objets électroniques et informatiques et c’est un minerai stratégique pour les industries des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication).

Quel est le circuit de ces matières premières, de l’extraction des mines jusqu’à l’industrie électronique ?

Au départ, il y a des mines et des mineurs. Ces mineurs sont contrôlés essentiellement par des milices et par l’armée de Joseph Kabila. Une fois extraits, sous le contrôle des milices et de l’armée, ils deviennent des produits transformés, sont revendus sur des marchés de matières premières et achetés par les grands groupes. Nokia, avant d’être acheté par Microsoft, s’intéressait à la lutte contre les produits minéraux qui finançaient la guerre et achetait son coltan à la RDC mais indirectement puisque le produit était acheté sur des marchés officiels. On ne peut pas dire que les fabricants se fournissaient auprès des milices, les milices eux-mêmes les vendaient. Progressivement, le produit est devenu un produit « propre » et éloigné de ce qu’il était au départ : un minerais de la guerre.

Quelles sont les autres conséquences de cette exploitation massive des métaux ?

Les minerais sont à la fois un enjeu de conflit puisque le contrôle des minerais est stratégique et un élément qui assure le financement des conflits. Comme pour le diamant dans d’autres zones et comme pour d’autres produits, on est dans des minerais au cœur de la guerre. Rappelons qu’1,3 million de Rwandais au nord Kivu ont accaparé des terres, les enjeux fonciers sont importants. Il y a aussi la politique menée par le Rwanda qui veut faire du nord Kivu une zone sous contrôle avec des enjeux de puissance régionale. Le minerais contribue largement mais pas exclusivement à la conflictualité.

Quelle est la responsabilité des fabricants de téléphone dans ce conflit ? Comment sensibiliser les consommateurs et les entreprises ? Faut-il, comme pour les biens alimentaires, créer un commerce équitable pour les produits électroniques ?

Bien sûr, les fabricants ont leur part de responsabilité. Il y a une hypocrisie à considérer que ces minerais ne sont pas "sales ". La seule réponse qu’il peut y avoir est celle qu’on observe pour le diamant : le processus de Kimberley. On le retrouve dans la mise en œuvre de l’initiative de transparence des industries extractives. La traçabilité de ces minerais doit partir de l’extraction et aller jusqu’au consommateur final. On n’est pas là puisqu’on contrôle une partie de la filière et non son ensemble. La grande avancée aurait lieu si les acteurs de la filière remontaient jusqu’à l’extraction mais ils doivent accepter de jouer le jeu, tout comme les opérateurs téléphoniques. Je ne crois pas au commerce équitable, je crois simplement au fait que les acteurs doivent se mettre d’accord pour la traçabilité du produit, ce qui dépend largement des fabricants de téléphone. 

Propos recueillis par Karen Holcman

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