Quand les aînés sont des anti-exemples irrésistibles pour leurs frères et sœurs | Atlantico.fr
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La petite soeur d'un soldat lui faisant un câlin.
La petite soeur d'un soldat lui faisant un câlin.
©Reuters

Si ce n’est toi...

Quand les aînés sont des anti-exemples irrésistibles pour leurs frères et sœurs

Selon une étude réalisée par une psychologue de l'université de San Diego, de nombreuses jeunes filles enceintes très tôt se sont avérées avoir une grande sœur tombée elle aussi enceinte à l'adolescence.

 Odile  Chabrillac

Odile Chabrillac

Naturopathe et psychanalyste, Odile Chabrillac est l’auteur du « Petit Eloge de l’ennui » et « Arrêter de tout contrôler » (Editions Jouvence). Formatrice et conférencière, elle a co-créé le site internet thedifferentmagazine.com, un site holistique alternatif dédié au bien-être et au développement durable. Elle anime également son propre blog.

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Atlantico : Patricia East, psychologue clinicienne américaine, a réalisé une étude sur l'influence du comportement entre les frères et sœurs d'une même famille. Elle part du constat que de nombreuses jeunes filles enceintes avaient une sœur aînée également tombée enceinte à l'adolescence. Autrement dit, avoir une sœur plus âgée ayant une grossesse précoce augmente la probabilité que ce schéma soit reproduit chez ses plus jeunes sœurs. Les frères et sœurs aînées peuvent-ils voir une influence particulière sur les plus jeunes ?

Odile Chabrillac : Les aînés ont une valeur d’exemple, de modèle (ou de contre-modèle parfois), mais ils jouent en tous cas le rôle de référent par rapport auquel les plus jeunes vont se positionner. Ils ont donc une influence majeure dans le développement de leurs cadets, et ce d’autant plus que nous sommes dans un monde où les parents peuvent être relativement absents pour des raisons professionnelles : l’aîné va jouer le rôle de relais, de manière d’ailleurs consciente et inconsciente.

S'agirait-il d'un changement de l'image modèle (enfants aînés plutôt que parents) ou d'une continuité ?

Il s’agit d’une continuité sans aucun doute : l’aîné va intérioriser le modèle parental à sa façon, et le retransmettre aux plus jeunes (mais je dis bien à sa façon, c’est-à-dire qu’il joue dans une certaine mesure le rôle de prisme déformant). Ce qui est intéressant, c’est que l’on a tendance à négliger l’influence qu’il a pu avoir sur le développement des plus jeunes jusqu’à ce qu’il nous saute aux yeux, et que l’on perçoive des reproductions, voire des duplications de comportement. Mais de la même manière on a pu négliger pendant longtemps le rôle des grands-parents ou même celui des oncles et tantes : notre inconscient est le fruit de multiples apports, qui s’additionnent et ne s’annulent pas. Selon moi, le psychologique s’inscrit dans une globalité familiale (c’est pour celà que l’on parle de système), ce qui n’enlève rien au rôle prépondérant des aînés (et des parents).

Les frères et sœurs aînés peuvent ils être des "contre-modèles" ?

Cela peut arriver, mais en général, la rébellion vient des plus jeunes : les aînés ont davantage tendance à dupliquer le modèle parental. D’autant que les parents vont mettre toute leur "pression pédagogique" sur lui : celle-ci sera modérée pour les suivants, et ce plus on avance dans la fratrie, plus cette pression sera légère. L’injonction parentale se dilue au fil du temps, et si les aînés vont lui servir de relais, ils sont moins porteurs d’autorité, même s’ils n’en sont pas totalement dépossédés.

Cette influence des frères et sœurs se vérifie pour la cigarette et l'alcool notamment. Tous les comportements sont-ils concernés ?

Tous, je n’en sais rien. Mais cela concerne un nombre très important de comportements, qui va du choix du métier à celui du conjoint, en passant par les conduites à risque en effet : attention, je répète bien, cela peut être à titre de modèle ou de contre-modèle (on prend le contre-pied exact d’un comportement). Mais en psychologique, on sait bien que lorsque l’on fait le contraire de quelque chose, on n’est pas plus libre que lorsqu’on le reproduit à l’identique. C’est juste la même chose, mais à l’envers.

Qu'est-ce qui conduirait un benjamin à prendre plus l'exemple de ses frères et sœurs aînés plutôt que de ses parents?

La puissance de cette influence est liée à la position qu’occupe l’aîné dans la famille : c’est un enfant avec qui les autres partagent de multiples activités au quotidien, les loisirs parfois le travail scolaire… Que ce soit en termes de durée comme d’activités, il y a bien davantage de proximité, voire parfois de complicité entre les enfants entre eux, qu’entre un enfant et ses parents, même si un amour profond les unit : il existe un mur générationnel qui limite la portée de l’influence parentale (et j’ai envie de dire heureusement, celle-ci est déjà tellement importante !). L’enfant se dira toujours plus ou moins : "ils ne peuvent pas me comprendre vraiment, ils sont trop vieux pour ça". Alors qu’il ne pensera pas ça de son aîné (sauf si la différence d’âge est trop importante et son influence sera alors différente)…

Peut-on lier ce phénomène aux tensions inter-familiales ?

Il est clair qu’une séparation parentale va majorer le rôle des aînés qui vont jouer le rôle de figure tutélaire (au sens quasi littéral du terme d’ailleurs) stable auprès de leurs frères et sœurs. Et plus la séparation sera compliquée ou conflictuelle, plus son importance s’intensifiera, ce qui n’est pas une bonne chose : les enfants ne devraient pas avoir à remplacer même symboliquement la fonction des adultes défaillants (on parle à ce sujet d’adultisation).

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