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Quand le baron Necker rencontre François Hollande : la dernière chance de sauver la présidence du naufrage ?
©Reuters

Bonnes feuilles

Quand le baron Necker rencontre François Hollande : la dernière chance de sauver la présidence du naufrage ?

Alors que François Hollande prépare sa conférence de presse un soir à l'Elysée, il reçoit la visite impromptue du baron Necker, tout droit sorti du XVIIIe siècle. L'ancien ministre des Finances va alors expliquer au président français pourquoi réformer la dépense est plus que primordiale pour le pays. Extrait de "Le fantôme de l'Elysée" de Philippe Dessertine, aux éditions Albin Michel, 2015 (2/2).

Philippe  Dessertine

Philippe Dessertine

Professeur à de finance et de gestiion, Philippe Dessertine est également membre du Haut COnseil des finances publiques. Il est l'auteur de plusieurs livres dont "Le fantôme de l'Elysée", aux éditions Albin Michel.

 

 

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« Monseigneur, il faut se résoudre à agir ainsi que je n’ai point su le faire : aller vite, avec la plus grande énergie. Réformer la dépense revient à réformer ce qui touche le souverain au plus près, dans son quotidien, dans l’exercice même de son ministère. »

Le Président hoche la tête en signe d’assentiment.

« Je partage votre diagnostic. En totalité, cher Monsieur, et je crois me trouver dans une difficulté aussi grande que celle à laquelle vous avez dû faire face. Avec le recul, quel serait selon vous l’axe majeur du changement ?

– Il est simple, il fut celui d’ailleurs qui me donna tant de cette popularité immense et dangereuse que m’accorda le peuple quand il cherchait d’abord des coupables et moins des solutions. » Ses yeux pétillent : « Si vous saviez combien je déçus mes zélateurs en 1790, quand je m’empressai de leur exposer les moyens de rétablir la situation du pays…

– Dites vite, je vous prie. Je suis suspendu à vos lèvres…

– Supprimer les exceptions, les dérogations de toutes sortes. Le service de l’État ne se monnaye pas, il ne doit pas procurer d’avantages indus. Il vaut mieux concentrer l’essentiel de la force d’un pays dans la production de richesse. Le conseil est celui d’un financier : plus la dette est élevée, plus la préoccupation première du débiteur est de dégager de la capacité à rembourser.

– Dans les avantages, vous pensez aussi à des régimes de retraites ou à un temps de travail réduit, par exemple ?

– Retraites, c’est-à-dire pensions ? Croyez-en ma recette : réductions, coupes uniformes ne laissant aucun statut à l’écart des bouleversements. L’uniformité des régimes est la seule vraie grande idée, ce sera celle que combattent tous ceux bénéficiant d’une exception.

– Au-dedans de la fonction publique et à l’extérieur, nous sommes d’accord ?

– Certes. Il faut porter le fer partout à la fois. Monsieur Turgot n’hésita point à s’attaquer aux corporations, protégées par des textes et surtout par leur farouche volonté de ne point s’ouvrir.

– Les corporations… Oui, nous avons changé la dénomination, “les professions réglementées”, mais nous avons conservé le problème. Dans cette direction aussi, vous me conseilleriez de passer à l’offensive ?

– En ayant bien consolidé vos arrières. Monsieur Turgot dut reculer en rase campagne pour avoir mésestimé les pouvoirs établis. Mais vous voyez que lui et moi n’étions point si éloignés. Je me suis attelé à mon tour au principe d’égalité de traitement, d’égalité de prélèvement.

– Savez-vous, cher Monsieur Necker, que votre langage devient soudain très moderne ?

– Malheureusement ce sont nos faiblesses qui me semblent vous concerner davantage encore. J’ai l’idée que je suis ici pour les expier. Monseigneur, pardon de vous parler crûment, il m’apparaît avec plus de clarté que vous êtes victime du même travers, celui de feu mon Roi.

– Vous voyez, vous aussi finissez par me dire mollasson !

– Plaît-il ?

– Une expression d’aujourd’hui… manque de courage, indécision.

– Peu importe, Monseigneur, ce que je pense ou ce que l’on dit derrière votre dos. Ces défauts sont-ils les vôtres ?

– Le climat général du pays peut favoriser mes mauvais penchants. Comment les réformes visant à réduire la dépense ont-elles échoué, à votre époque ?

– Par tous les moyens possibles : l’obstruction dans les parlements et les débats interminables.

– Oui, les amendements, nous connaissons encore, nous avons quelques spécialistes en la matière.

– Les influences de toutes parts, exercées par les Princes, les hommes de Dieu, la Reine, les grands capitaines…

– D’accord, oui, les lobbies, en effet, nous avons modernisé ces jolies pratiques, mais elles sont toujours présentes.

– Et les actions à l’opposé des directives données par le Roi, la désobéissance, vous les connaissez aussi ?

– Le jour où la France saura dégager autant d’énergie pour se changer en profondeur qu’elle en mobilise pour ne pas bouger, elle redeviendra l’une des plus grandes puissances du monde. »

Le vieil homme hoche la tête de nouveau. Il lève la main lentement et pointe son doigt vers le Président.

« Ce que vous dites est vrai, Monseigneur. Mais il me paraît si aisé de vous percer, tant vous ressemblez aux Princes que j’ai côtoyés tout au long de ma vie dans ce pays ; donc, oui, Monseigneur, vous avez raison, mais par vos esquives, ne seriez-vous point le premier et le plus grand responsable de l’immobilisme ? »

 Extrait de "Le fantôme de l'Elysée" de Philippe Dessertine, aux éditions Albin Michel, 2015.

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