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Quand Emmanuel Macron cherche à s’attacher le monde de l’artisanat, des commerçants et professions libérales, ça ne fait pas de bruit mais ça marche
©Christophe PETIT TESSON / POOL / AFP

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Quand Emmanuel Macron cherche à s’attacher le monde de l’artisanat, des commerçants et professions libérales, ça ne fait pas de bruit mais ça marche

Les artisans, commerçants et professions libérales, reconnaissent que « le quoi qu’il en coute » leur a permis de passer la crise. Ils sont emballés par les plans de réformes structurelles annoncés, mais continuent d’être réservés sur le personnage qui les incarne.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le monde de l’artisanat, du commerce et des professions libérales est emballé par le plan Macron de réformes de leurs structures. Ils en sont eux-mêmes surpris. Mais dans la forme, le président ne les séduit toujours pas. 

Cela dit,  sur le fond, ils ont du mal à trouver une alternative sur le marché politique qui leur serait aussi efficace que le président actuel.   

Le monde de l’artisanat, du commerce et des professions libérales est un monde à part. Il représente une population de plus de 5 millions d’habitants qui n’a jamais été emballée par Emmanuel Macron. Au début de son mandat, beaucoup de ceux qui ont voté pour lui l’avaient fait pas défaut,  et très vite,  la majorité d’entre eux sont tombés dans le désamour de celui qu’ils considéraient comme trop jeune, trop beau, trop intelligent, trop arrogant, trop moderniste et trop mondialiste , trop «  startup nation». Bref, trop tout... Il faut dire que ce monde-là, des artisans et des commerçant, est pétri de contradictions. Ils sont très individualistes, jaloux  de leur indépendance mais avides de reconnaissance et surtout très demandeurs d’attentions multiples de l’Etat et de protections juridiques et fiscales. 

Le désamour est certain. Au moment des gilets jaunes, beaucoup de petits artisans ou de commerçants ont même rejoint et animé le mouvement sur les rond-points. 

Le désamour encore, dès la première vague du Covid, quand ils ont observé la pagaille de l’administration et les incertitudes de la gouvernance. Toutes les professions directement touchées par les confinements successifs et les restrictions n’ont pas retenu leur cri et leur colère.Les restaurateurs, gérants de bars ou de brasseries, fortes gueules devant l’éternel, ne se sont pas privés doccuper les plateaux de télévision pour déverser leur hargne tout au long de lannée dernière, contre une administration et surtout une gouvernance à qui ils reprochaient les contradictions et lincompétence. 

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Sauf que depuis quelques mois, le climat a changé. Le recul du Covid et le succès de la campagne de vaccination ont permis d’éclaircir les horizons et surtout de relancer l’activité. Les milliards deuros dépensés en aides au titre du fond de solidarité, en prêts garantis par lEtat et en allocations de chômage partiel ont permis de préserver tous les actifs de production et même ceux qui étaient malades avant la crise. 

Parce que les actifs avaient été sauvegardés, les appareils de production ont redémarré  très vite et très fort, puisque la croissance attendue en cette fin d’année varie selon les secteurs entre 6 et 8 % de croissance. 

Du coup, tous les responsables professionnels, et même les plus violents, reconnaissent aujourd'hui que la catastrophe quils annonçaient  eux-mêmes ne sest pas produite. Ils reconnaissent que la France va s’en sortir presque mieux que beaucoup de pays européens. Ils reconnaissent, enfin, que cette crise leur a permis de révéler une formidable résilience aux difficultés et d'accélérer les mutations auxquelles ils auraient été de tout façon confrontés.

Et quand ils regardent l’état du personnel politique en France, ils ont beaucoup de mal à imaginer un autre  pilote que Emmanuel Macron, qui aurait été capable de nous sortir de la tempête. Près de 90 % des professions indépendantes jugent que les mesures prises pendant la crise du Covid ont été satisfaisantes. C’est énorme, alors qu’au début de quinquennat, les indépendants considéraient que ce président était incapable de s’intéresser à ceux qui n’habitent ni Paris, ni les grandes métropoles, qui ne participent pas à l’économie digitale ou à la grande exportation. 

Alors politiquement, certains analystes nous expliqueront que le président a acheté des pans entiers de l’électorat  qui se considéraient comme mal aimés, et ça nest pas faux

Sauf que les plans de soutien voulus par Macron et mis en musique par Bruno Le Maire ont directement servi à préserver les situations et les appareils. Donc le système économique et social tout entier.  Ça n’est pas pour cela qu’ils tomberont dans les bras du président au moment de l’élection présidentielle l’année prochaine.  

Lannonce des plans de relance en faveur de tous les indépendants, la semaine dernière, peut changer la donne durablement et surtout le climat. Le plan en faveur de plus de 3 millions de travailleurs indépendants, mais qui profitera à tous ceux qui ont le statut d’indépendant, comporte plus de vingt mesures qui sont directement fléchées sur leur situation et qui vont permettre de déverrouiller les initiatives. La plus emblématique est évidement la promesse de « l’insaisissabilité » des éléments du patrimoine personnel. Cette demande était ancienne,  car la saisie des biens en cas de dysfonctionnement pesait comme une épée de Damoclès sur la tête de tous les dirigeants des structures indépendantes. 

Alors, certaines professions s’étaient organisées au sein de caisses de garantie, d’autres fonctionnaient avec un statut à responsabilité limitée, mais l’artisan ou le commerçant savait qu’il engageait de toute façon sa maison, que le banquier allait lui demander une hypothèque sur ses biens propres et que le chef dentreprise navait pas très souvent d’autre choix que de mettre ses biens en garantie.  

Parallèlement, le projet de loi en préparation contiendra, en plus, un régime de protection d’assurance maladie réservée aux indépendants , ce qu’ils n’avaient pas, sauf à adhérer à une assurance privée et chère. Et enfin, Emmanuel Macron a confirmé la réforme du droit des transmission et des successions, de façon à permettre les transmissions d’entreprise, ce qui est très difficile actuellement  et plus de la moitié d'entre elles disparaissent avec le fondateur. 

Emmanuel Macron a eu droit à une standing ovation quand il a annoncé ces mesures lors du congrès de lU2P à Paris la semaine dernière.  Un congrès qui regroupe les adhérents artisans (26%), les commerçants (36%) et les professions libérales (38% ). Économiquement, ce monde-là se déploie dans tous les secteurs, le bâtiment, la production industrielle, lalimentation et lagroalimentaire et évidemment tous les services. 

Économiquement et socialement, ce groupe de professionnels qui représente la première entreprise de France, le premier employeur et créateur demplois, ne regrette pas ces plans. Ils répondent à leurs besoins sans ajouter de dépenses publiques et sociales au budget.

Politiquement, on sent bien que le revirement dattitude des principaux acteurs de l‘économie, et notamment leur satisfecit accordé aux plans du gouvernement, continue à améliorer la cote de popularité dEmmanuel Macron. Mais au final, personne ne sait si cette politique permettra d’améliorer la cote d’amour et assurera son élection. Une élection ne se joue pas exclusivement sur une analyse rationnelle ou sur le bilan chiffré d’une action, une élection dépend aussi d’irrationnel et de clarté dans la vision. 

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