Présidentielle 2022 : la bataille de la deuxième place | Atlantico.fr
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Les 12 candidats à l'élection présidentielle 2022.
Les 12 candidats à l'élection présidentielle 2022.
©JOEL SAGET / AFP

Vers un remake de 2017 ?

Présidentielle 2022 : la bataille de la deuxième place

Existe-t-il encore le moindre suspense concernant l’issue de l’élection présidentielle de 2022 ?

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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L’avenir est toujours incertain, bien sûr. Il arrive même que certains événements parfaitement impensables quelques jours auparavant fassent soudain irruption dans le fleuve pas si tranquille de l’actualité politique et en bouleversent profondément le cours. Après la pandémie de Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, nous sommes bien placés pour le savoir. Mais précisément, de tels événements, surtout l’Ukraine, sont connus pour donner une belle prime au candidat sortant, autrement dit Emmanuel Macron.

Ce dernier le sait fort bien, qui agit depuis de nombreuses semaines comme si sa candidature puis sa réélection étaient des évidences qu’il n’est nul besoin d’annoncer ni de préparer. Une simple lettre adressée aux Français à seulement cinq semaines du premier tour aura suffi à matérialiser sa décision de se représenter. Mais n’y cherchez ni bilan du quinquennat passé ni projet d’avenir détaillé au-delà des poncifs habituels sur l’extraordinaire croissance retrouvée après l’épisode Covid et le souhait de construire la France forte du futur, car le Président est entièrement occupé à faire revenir la paix en Europe.

Non pas que je lui reproche de s’impliquer au maximum dans le dossier ukrainien ; c’est typiquement le domaine réservé du Président de la République. Mais force est de constater que la campagne électorale 2022 se déroule en l’absence d’un candidat essentiel qui laisse les autres comme orphelins de leur principal concurrent et ne leur permet pas d’exprimer pleinement leur différence et/ou leur supplément d’offre par rapport au quinquennat écoulé. Et ce d’autant plus que la guerre en Ukraine tend mécaniquement à resserrer les rangs autour du chef de l’État.

Il me semble donc que le second tour du 24 avril ne nous réservera guère de surprise. Quel que soit son opposant, Emmanuel Macron est bien parti pour être réélu. En revanche, la surprise pourrait résider dans le nom de son concurrent. Qui de Jean-Luc Mélenchon (LFI), Valérie Pécresse (LR), Marine Le Pen (RN) ou Éric Zemmour (Reconquête!) arrivera en deuxième position au soir du premier tour le 10 avril prochain ?

En réalité, le mot « surprise » est trop faible, car selon le lauréat qui émergera, c’est à une véritable recomposition du paysage politique français que l’on assistera. D’où la bataille existentielle acharnée qui se joue actuellement entre ces quatre candidats, beaucoup plus qu’entre chacun d’eux et Emmanuel Macron, même si se donner le rôle de l’opposant de tête fait partie de la stratégie pour l’accès à la seconde place.

D’après les derniers sondages disponibles, deux configurations se font jour actuellement :

1 · Sondage IFOP-Fiducial du 3 mars 2022 (graphe ci-dessous à gauche) : Emmanuel Macron arrive nettement en tête avec 28 % des voix, suivi de loin par Marine Le Pen (17 %) qui elle-même distance le trio Pécresse (14 %), Zemmour (12 %) et Mélenchon (11,5 %).

2 · Sondage IPSOS -Sopra Steria des 2 et 3 mars 2022 (ci-dessous à droite) : Emmanuel Macron fait un véritable bond régalien à 30,5 %, laissant derrière lui le groupe formé par Marine Le Pen avec 14,5 % des voix, Éric Zemmour avec 13 %, Jean-Luc Mélenchon avec 12 % et Valérie Pécresse avec 11,5 %.

Si la configuration n° 1 se confirme jusqu’au 10 avril, le second tour sera un remake de 2017 : Emmanuel Macron affrontera Marine Le Pen et cette dernière échouera une fois de plus. Inutile de dire que dans ce cas, le plus probable, la droite LR représentée par Valérie Pécresse sera laminée et la gauche sera renvoyée à ses déchirures. 

S’agissant de l’extrême-droite, il n’est pas impossible que la percée de Marine Le Pen au premier tour suivi de son échec au second serve finalement l’agenda d’Éric Zemmour dans la perspective de 2027. Ce dernier, quoiqu’échouant à rassembler les droites dès 2022, pourrait néanmoins apparaître comme le plus susceptible d’y parvenir dorénavant, aidé en cela par l’éclatement des Républicains et une forme d’usure de la candidature Le Pen.

Il se pourrait aussi, à l’inverse, que l’accession de Marine Le Pen au second tour lui conserve son rôle dominant à l’extrême-droite de l’échiquier politique et renvoie la candidature Zemmour à une aventure ratée sans lendemain. La personnalité et la pugnacité de l’un et de l’autre jouera beaucoup dans la suite des événements.

On peut cependant parier que Pécresse, Zemmour et Mélenchon préféreraient de beaucoup voir la configuration n° 2 s’imposer d’ici le premier tour. Les écarts entre les quatre challengers d’Emmanuel Macron y apparaissent peu ou prou dans les marges d’erreur et chacun peut espérer que ses chances d’arriver au second tour restent intactes. Aucun d’entre eux ne serait en mesure de battre le Président sortant, mais l’avenir de leurs familles politiques respectives serait tout différent.

Une percée de Jean-Luc Mélenchon signifierait une sorte de renaissance pour les idées de gauche et ne manquerait pas d’influencer encore un peu plus Emmanuel Macron sur la pente du « quoi qu’il en coûte ». Une percée d’Éric Zemmour donnerait à coup sûr à ce dernier la haute main sur la recomposition de la droite et l’extrême-droite. Enfin, une percée de Valérie Pécresse permettrait aux Républicains d’élargir leur audience et de se poser en premiers opposants à Emmanuel Macron, d’autant qu’ils disposent déjà d’un nombre non négligeable de parlementaires. 

Mais quoi qu’il en soit, je vous invite à vous rappeler que la loi de vigilance sanitaire adoptée cet automne prolonge le régime de sortie de crise sanitaire jusqu’au 31 juillet 2022. D’ici là, le gouvernement peut suspendre ou réinstaurer le pass vaccinal à sa guise, de même qu’il peut décider de déclarer à nouveau l’état d’urgence sanitaire.

Avis à l’heureux élu du 24 avril : les mesures d’exception sanitaires doivent tomber définitivement en juillet prochain.

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