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Qui veut remplacer
Laurence Ferrari ?
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Qui veut remplacer Laurence Ferrari ?

Les internautes au 20h ! Ce jeudi soir dans la nouvelle émission politique de TF1 "Parole Directe", François Fillon répond à Laurence Ferrari, François Bachy... et aux questions posées par les internautes sur le site de la chaîne.

Eric Scherer

Eric Scherer

Eric Scherer est Directeur de la prospective et de la stratégie numérique du groupe France Télévisions.

Professeur à l'école de journalisme de Sciences Po, il a publié récemment A-t-on encore besoin des journalistes ? (PUF, 2011).

 


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Atlantico : C’est ce jeudi soir que TF1 lance sa nouvelle émission politique « Parole Directe ». Laurence Ferrari et le chef du service politique, François Bachy, feront l’interview de François Fillon en s’appuyant sur des questions posées au préalable sur le site Internet de la chaîne. La place de plus en plus grande prise par les internautes et les anonymes dans les émissions politiques signifie-t-elle une perte de crédibilité des journalistes ?

Éric Scherer : Tout d'abord, le titre de l’émission est bon. J’ai beaucoup de méfiance envers les journalistes de connivence, tous ces journalistes qui ont critiqué Wikileaks en disant qu’on y apprenait rien : en vérité un petit milieu savait tout, mais le public ne savait pas et c’est important qu’il sache. C’est pour cela que « Parole Direct » est un bon titre ; ça évite le filtrage.

Toutefois, le concept de cette émission existe depuis plus de trente ans. Je pense notamment à l’émission de France Inter « Le Téléphone sonne ». Le champ interactif de l’émission permet de savoir plus rapidement ce que pensent les Français et ce qui les intéressent. C’est vrai que cela court-circuite les journalistes, mais après tout, les journalistes ne sont pas les seuls à savoir ce qui est important.

Par ailleurs, il faut savoir qu’aux États-Unis, cette situation est très fréquente : lors des conférences de presse de Barak Obama, des centaines de milliers d’Américains lui posent leurs questions via leurs écrans d’ordinateur.

La crédibilité des journalistes n’est pas du tout remise en question : les journalistes sont là pour donner du sens aux questions posées. L’implication des internautes est davantage un enrichissement du journalisme.

A-t-on encore besoin des journalistes ?

Plus que jamais ! Le développement des nouvelles technologies et des nouveaux moyens de communication offrent une nouvelle jeunesse à leur métier. Ils peuvent ainsi enrichir considérablement leur activité. Le tout est de savoir s’ils ont la volonté de le faire…

Quelles sont les nouvelles fonctions du journaliste aujourd’hui ?

Je ne pense pas que les fonctions aient fondamentalement changé, leur rôle tient toujours aux quatre grandes fonctions du journalisme que sont l’investigation, la vérification, la hiérarchisation et l’analyse. Sur ces quatre fonctions, deux sont partagées avec l’audience : la collecte d’information parce qu’ils ne peuvent concurrencer des milliers de personnes multi-connectées en permanence, et l’analyse parce que les experts qui auparavant ne s’exprimaient que dans les médias tiennent désormais des blogs.

Par ailleurs, l’investigation est mise en péril alors qu’elle est la fonction la plus noble du métier de journaliste. Trop de rédactions n’ont plus d’argent pour permettre aux journalistes de faire de longs reportages ou des enquêtes de terrain. L’investigation est donc très souvent laissée à des ONG ou, aux États-Unis, à des fondations financées par des groupes privés.

Quant à la hiérarchisation de l’information : les internautes ne peuvent pas vérifier, trier ou authentifier le flux de données qu’il reçoit.

En quoi Internet change-t-il les choses ? Tout le monde peut-il s’improviser journaliste ?

Je ne crois pas. Le journaliste professionnel est là pour des donner du sens aux informations collectées. Ce qui a changé avec Internet, c’est que tout le monde aujourd’hui peut s’exprimer et donner son avis.

Comment peut-on imaginer la campagne présidentielle de 2012, avec l’explosion des réseaux sociaux ?

Nous allons sans doute assister à un journalisme enrichi de la révolution numérique de l’information. Avec de nouvelles possibilités. J’espère qu’il y aura des gens derrière la nuque des hommes politiques pour leur faire rendre des comptes afin que ceux-ci ne fassent pas de promesses qu’ils ne pourraient pas tenir. Ils sauront maintenant que les choses sont recoupées et vérifiées : le journalisme de données et le « fact checking » vont permettre de recouper et contrôler de plus en plus vite les informations. Cela induit une plus forte pression pour les politiques, mais aussi pour les journalistes.

Le journalisme de données, ce n’est pas un gadget ?

Le data journalisme ? Sûrement pas ! Les journalistes vont devoir de plus en plus travailler avec des graphistes et des designers.   

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