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Pourquoi les ventes aux enchères 
ne cessent de battre des records 
malgré la crise ?
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Valeur refuge

Pourquoi les ventes aux enchères ne cessent de battre des records malgré la crise ?

Avec l'or et quelques matières premières, l'art est aujourd'hui un des derniers véritables refuges.

Alexandre Carel

Alexandre Carel

Alexandre Carel est directeur du département d'Art contemporain chez Christie's Paris.

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Atlantico : Comment expliquez vous que les ventes aux enchères atteignent de tels sommets en pleine période de crise ?

 
Ce succès est a priori surprenant. Comment une peinture rarissime d'Yves Klein, FC1, représentant deux silhouettes féminines bleues, peut-elle battre un record pour l’artiste en vente publique après la tempête boursière des derniers mois ? Ce tableau, vendu pour $36,6 millions (en Euros 28.3 millions) chez Christie’s à New York le 8 mai, se serait probablement vendu pour dix fois moins il y a dix ans. ‘Ils marchent sur l’eau’ s’indignait un homme d’affaires collectionneur après les ventes, ne s’expliquant pas pourquoi les amateurs d’art du monde entier se pressent pour acheter dans le contexte actuel.
 
Si le marché se porte bien, c’est peut-être parce que l’art est, avec l’or ou d’autres matières premières, un des seuls véritables refuges où placer son argent aujourd’hui. Plutôt que de risquer de voir leurs avoirs bancaires partir en fumée avec la banque qui les accueille, beaucoup choisissent aujourd’hui d’investir dans des œuvres d’art. En choisissant astucieusement des œuvres de grande qualité, ils protègent ainsi leur patrimoine dans un actif dont la valeur, au minimum, se maintiendra. Ils se prémunissent également contre les risques inflationnistes rampants, et ne s’exposent pas régionalement, puisque les grands artistes, tels que Pablo Picasso ou Andy Warhol, ont désormais des marchés globaux. Ces acheteurs choisissent enfin de se faire plaisir. Ils retireront une rétribution esthétique et sociale de cet actif tangible, ce qu’une once d’or ou une tonne de café ne sauraient procurer.
 

On croirait que le nombre de grandes fortunes ne cesse d'augmenter, tandis que les oeuvres d'art se font de plus en plus rares. Cela va-t-il faire encore monter les prix ?

 
Le nombre de milliardaires n'a jamais été aussi important, et le marché s’est de fait élargi. Mais ce qui est réellement nouveau, c'est leur intérêt pour la collection, et la collection d'art contemporain en particulier. Il y a seulement dix ans, le marché de l'art était pour l’essentiel limité à l’Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, la situation est bouleversée. A Bakou, Bombay, Dubaï, Mexico, ou Singapour, de nouveaux collectionneurs sont apparus. Le plus étonnant est qu’avec ces nouveaux acheteurs, se développe un goût mondialisé. Si l’approche de la collection est évidemment un fait très personnel, la mondialisation profite essentiellement aux artistes, tels que Damien Hirst ou Anish Kapoor, dont les œuvres ont un attrait global.
 
Ainsi lorsqu'un chef d'oeuvre se presente aux enchères, 'sky is the limit' comme disent les Américains. Christie's a vendu le 8 mai un tableau de Mark Rothko, Orange, red, yellow, au prix record de $86,9 millions (Euros 67,2 millions). Ce tableau, qui provenait d'une collection prestigieuse, la collection de David Pincus a Philadelphie, etait attractif par sa fraicheur sur le marche, sa qualite et sa rarete. Il n'est alors pas etonnant que des collectionneurs du monde entier l'aient bataille, depassant ainsi le precendant record pour l'artiste.
 
Si l’art est désormais considéré comme une classe d’actifs à part entière, il ne cessera de conserver sa singularité. D’abord parce que les œuvres sont pour la plupart uniques et l’amateur doit poser un regard différent sur chacune d’entre elles. Ensuite parce que jamais la ‘valeur’ d’une œuvre ne saurait être ramenée à celle de son prix. Le plaisir de la contemplation est une joie quotidienne qui peut transformer la vie.
 
 
 

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