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Qui sont vraiment les 1% des plus riches
Qui sont vraiment les 1% des plus riches
©Reuters

A la décimale près

Pourquoi nous nous trompons totalement sur les 1% les plus riches

L'expression "1% des plus riches" est souvent employée pour désigner la minorité de privilégiés qui accapareraient la majorité des richesses. Mais cette catégorie est en fait bien plus disparate qu'il n'y parait. Et les seuls à s’enrichir véritablement seraient plutôt... 0,1%.

Vincent Touzé

Vincent Touzé

Vincent Touzé est économiste senior au département des études de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques).

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Atlantico : L'expression "les 1% les plus riches" est devenue des plus emblématiques depuis le début de la crise et l'émergence de mouvements comme "Occupy Wall Street" pour démontrer l'ampleur des inégalités aujourd'hui. Si l'on regarde l'accroissement des revenus de cette partie de la population sur les trente dernières années, que constate-t-on ?

Vincent Touzé : A partir des données de Piketty et Saez (2012), on peut observer trois caractéristiques concernant l’évolution des revenus bruts (avant transferts et impôts) aux Etats-Unis :

1. Le revenu réel (avec les revenus du capital) des 1% les plus riches (TOP 1%) est très volatil, ce qui montre une grande sensibilité aux fluctuations financières ;

2. Malgré une forte volatilité, le revenu réel des 1% les plus riches a augmenté plus fortement que le revenu moyen : quasi-triplement (278%) contre une augmentation moyenne de 25%.

3. Mais surtout, ces statistiques montrent que l’évolution des revenus au sein du TOP 1% est très inégalitaire. Si en moyenne, on observe un quasi triplement en trente ans, les revenus des TOP 0,1% (le millième le plus riche de la population) et des TOP 0,01% (le 10 millième le plus riche de la population) ont, quant à eux, été multipliés, respectivement,  par 4,1 et 5,3.

 

  1. L'enrichissement "spectaculaire" des plus fortunés concernerait donc une minorité bien plus minime ?

Une interprétation simple de ces résultats est de dire que plus un Américain est riche, plus vite son revenu augmentera, en moyenne, même si ce revenu est soumis à de plus grandes fluctuations. En l’occurrence, le TOP 1% serait lui-même très inégalitaire tant du poids de vu du niveau de revenu (les TOP 0,1%  et TOP 0,01%  ont respectivement un revenu 5 fois et 24,3 fois plus élevé que le TOP1%) que de son évolution dans le temps (les écarts de revenu se sont accrus : augmentation de 50% pour le TOP 0,1% et quasi-doublement pour le TOP 0,01%).

  1. Comment expliquer de tels écarts au sein des plus aisés ? De quelles manières se sont-ils développés (effet du boom financier depuis les années 80 ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer de telles évolutions :

1. A partir des années 1980, le développement important de la finance a pu conduire à une nouvelle forme de capitalisme et donc favoriser l’émergence de nouvelles fortunes consécutives à des spéculations ou arbitrages financiers avantageux.

2. Depuis les années 1990, le développement des nouvelles technologies a vu se transformer de simples petites entreprises en géants mondiaux.  Ainsi de simples entrepreneurs-inventeurs (Bill Gates, Steeve Jobs, Mark Zuckerbers, etc.) sont devenus de nouveaux « super riches » aux fortunes colossales.

3. La mondialisation a pu favoriser des concentrations et conduire à des inégalités accrues de revenus entre ceux qui ont fortement gagné à l’ouverture des frontières et ceux qui ont beaucoup perdu.

4. Les logiques de rémunération dans les entreprises ont profondément changé et on a vu naître des systèmes de primes et d’attributions de stock-options qui ont permis à des salariés « hautement » qualifiés (et souvent très proches des lieux de pouvoir et de décision) d’obtenir des niveaux de revenu dignes d’un puissant capitaliste.

  1. Peut-on distinguer en conséquence deux formes de richesses aujourd'hui ? Un monde sépare-t-il les deux ?

  2. Il y a deux types de richesse: le capital humain versus le capital physique. A chaque type de richesse, on peut associer deux types de revenu : le salaire est la rémunération du capital humain ; le profit est la part restante de la valeur ajoutée après rémunération des salariés qui est reversée aux propriétaires du capital physique.

    Piketty et Zucman (2013, “Capital is Back : Wealth : Wealth-Income Ratios in Rich Countries 1700-2010”,  voir les graphiques en fin d’article, http://www.parisschoolofeconomics.com/zucman-gabriel/capitalisback/PikettyZucman2013WP.pdf) défendent l’idée que le capital serait de retour et plus particulièrement en Europe qu’aux Etats-Unis. Ce retour du capital signifierait qu’une plus forte accumulation du capital aurait conduit à un poids plus fort des revenus du capital. Dans la mesure où le capital est très fortement concentré par rapport aux salaires, il ne serait donc pas étonnant d’observer une évolution aussi singulière des revenus des très riches.

    1. Que cela peut-il nous enseigner dans notre façon de considérer les inégalités ?

    Il y a deux angles d’analyse :

    1. Les inégalités se seraient accrues pour de « bonnes » raisons car les nouveaux modes de rémunération, la forte concentration dans le domaine des nouvelles technologies (la meilleure technologie s’impose sur les autres) ainsi que la mondialisation participeraient à une plus grande efficience économique. Il suffirait alors de corriger les inégalités par des transferts (impôt et redistribution) adéquats de revenus et éventuellement de capital en taxant les héritages.

    2. Les inégalités se seraient accrues pour de « mauvaises » raisons : dans ce cas, il faudrait s’intéresser aux origines des inégalités et chercher à les corriger. Un bien vaste chantier...

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