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Pourquoi les stress tests de la BCE affaiblissent autant les banques européennes qu'ils ne participent à leur renforcement
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Pourquoi les stress tests de la BCE affaiblissent autant les banques européennes qu'ils ne participent à leur renforcement

La Banque centrale européenne a publié mercredi 23 octobre les critères qu'elle appliquera à son examen des bilans de 124 banques de la zone euro et pourrait recapitaliser les banques jugées trop fragiles.

Eric  Lamarque

Eric Lamarque

Eric Lamarque est Professeur à l'Université Paris 1 Sorbonne - IAE et directeur du Master Finance.

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Atlantico : La BCE va passer les banques européennes au crible de ses critères d’évaluation des bilans au cours de mois qui viennent, à l’issu de quoi elle demandera la recapitalisation de celles qui n’auront pas réussi le test. Qu’est-ce que ce test va révéler ?

Eric Lamarque : Il pourrait révéler des niveaux de risque supérieurs à ceux aujourd’hui enregistrés par les banques elles-mêmes avec leurs cabinets d’audit. Du coup, avec une exposition aux risques plus élevée, elles n’auraient pas assez de fonds propres durs (au sens de la formule retenue par les accords de Bâle 3). En effet ces accords stipulent que les fonds propres durs représentent, en gros, le capital social, les bénéfices conservés au bilan, une petite fraction des dettes subordonnées mais en retranchant les éléments incorporels (comme le goodwill enregistré à l’actif). C’est donc une définition restrictive mais prudente. La BCE souhaite qu’ils représentent au moins 8 % de l’exposition totale aux risques (crédit, marché, opérationnel). Il se pourrait donc qu’en retenant des critères d’exposition aux risques trop sévères et très prudents, certaines banques n’aient pas les fonds propres attendus et doivent être recapitalisées.

D’aucuns prétendent que la recapitalisation des banques est une rumeur. Qu’en est-il vraiment ?

Certaines banques dans des pays où la crise économique est le plus fortement ressenti comme l’Italie ou l’Espagne pourraient être dans cette situation. Les entreprises clientes des banques connaissent de grosses difficultés de paiement mais les défauts ou les provisions n’ont pas forcément été tous enregistrés ou correctement évalués. Le FMI parle pour ces pays de plus de 200 milliards de crédits aux entreprises compromis. Durcir les critères de provisionnement, remettre en cause la validité de certaines garanties prises sur les entreprises (la BCE parle des crédits nantis impayés au-delà de 90 jours par les clients) et plus tard retenir des scénarios de stress avec des perspectives très mauvaises peuvent tout à fait faire apparaître des besoins de recapitalisation importants.

En terme de timing, est-il pertinent de faire ce genre d’évaluation maintenant alors que la confiance entre les marchés et les banques se remet doucement en place ?

C’est une situation à double tranchant. Les résultats de nombreuses banques européennes se sont plutôt améliorés ces deux dernières années. Faire les évaluations maintenant, avec comme résultat de demander aux banques d’accroître leur niveau de fonds propres, est sans doute davantage réalisable qu’en période de crise. Cela les obligera aussi à garder une part importante de leurs résultats en capitaux propres et donc limitera les distributions de dividende. On peut peut-être penser que la BCE a aussi cette idée derrière la tête et souhaite éviter les trop grosses distributions ou de trop gros bonus. Mais dans le lot des 128 banques soumises au test il se peut que l’on crée de nouvelles incertitudes sur quelques acteurs avec comme risque que l’inquiétude se propage sur l’ensemble des banques européennes. La voie est donc très étroite pour la BCE.

Comment replacer cette décision dans le contexte d'Union bancaire mise en place en 2014 ? 

Dans un an, 128 banques de la zone euro se retrouveront sous la supervision unique de la BCE dans le cadre de l’union bancaire dont c’est le premier volet. On peut donc penser qu’elle souhaite ainsi avoir la vision la plus précise possible de la qualité des banques qui vont être sous sa responsabilité. Mais, au cas où des cas problématiques apparaîtraient, il faut noter qu’elle ne dispose toujours pas des moyens d’action pour assurer ou appuyer directement une recapitalisation. En effet, le second volet de l’union bancaire sur la mise en place d’un mécanisme de résolution pour soutenir les banques en question n’a pas encore été adopté.

Propos recueillis par Karen Holcman

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