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Pourquoi les difficultés de lecture n’ont pas grand chose à voir avec les difficultés de la langue française
©Reuters

Mauvaise langue

Pourquoi les difficultés de lecture n’ont pas grand chose à voir avec les difficultés de la langue française

Une étude publiée jeudi dernier montre qu’un jeune Français sur dix est « en difficulté de lecture » et un sur 20 en situation d’illettrisme.

Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Atlantico : Une étude publiée jeudi dernier montre qu’un jeune Français sur dix est « en difficulté de lecture » et un sur 20 en situation d’illettrisme. D'après un article de 20minutes, il faudrait y remédier en simplifiant la langue française plutôt que de rajouter des heures d'apprentissage. Que traduit cette logique ?

Pierre Duriot : La simplification de la langue française est un vieux fantasme de quelques pédagogistes, mais en réalité, une velléité qui masque deux choses. La première est un constat d'échec. Pourquoi simplifierait-on une langue parfaitement apprise pas les générations précédentes et qui était encore écrite et parlée sans faute avec un banal certificat d'étude voici moins de cinquante ans ? Sauf à nous expliquer que les générations actuelles ont des capacités cognitives inférieures à celles de leurs parents, ce qui serait furieusement incorrect. La seconde est une réticence à nommer les choses telles qu'elles se présentent. Cette langue soi-disant complexe, non seulement n'a jamais gêné les Français, mais pas non plus les très nombreux immigrés européens et asiatiques qui s'y sont frottés. Et même, il est parfaitement connu que les enfants de l'immigration asiatique font largement mieux que la moyenne nationale en termes de réussite au bac, pendant que l'immigration européenne fait jeu égal avec la population native. La réalité, ce sont ces quartiers échappant à la République, dont il faut absolument dire, en théorie, qu'ils ne posent pas de problème alors qu'en pratique, ils sont devenus des zones où les services publics n'opèrent plus de manière satisfaisante, y compris le service d'enseignement et ce n'est pas faute d'y mettre des moyens : subventions ZEP, CP dédoublés, plans sans fin... Il n'est pas une vue de l'esprit de se rappeler, par exemple,qu'Erdogan, dans son discours Strasbourgeois de 2015, a exhorté les turcs de France à ne pas s'assimiler, à garder et défendre leur culture, ajoutant même, à l'adresse de nos dirigeants que la volonté d'assimilation serait un crime contre l'humanité, rien moins. Donc à ne pas apprendre la langue, ce qu'ils font très bien, avec un résultat pitoyable des enfants de l'immigration turque au baccalauréat (1). Globalement, comme l'a expliqué Luc Ferry en interview, les problèmes éducatifs et de violence à l'école, se concentrent dans les zones sensibles et avec la population sensible, générant des polémiques nombreuses contre la mixité, la laïcité, pour le port du voile par les accompagnatrices lors des sorties scolaires, avec les menus de cantines et bien d'autres paramètres dont l'objectif global est d'assujettir l'école au système politico-religieux musulman. Les auteurs et autres observateurs sont désormais très nombreux à avoir souligné le problème, mais la correction politique veut qu'on l'aborde en le globalisant à l'ensemble du système éducatif, ce qui est une erreur et sans nommer le public avec lequel on rencontre le plus de difficulté. Ce faisant, on se donne peu de solutions et on laisse les familles à leur triste sort. A savoir que celles qui en ont les moyens envoient leur progéniture dans des écoles privées. Plusieurs études, pourtant, soulignent que la réussite d'un élève, quel qu'il soit et à fortiori, issu de l'immigration, dépend du projet des parents pour leur enfant et de la volonté d'intégration de la famille. Cela est en fait le moteur en action chez les asiatiques, notamment, pour qui personne n'a jamais développé la moindre aide spécifique et qui sont pourtant très en réussite dans le système scolaire.

Mais un autre constat touche cette fois-ci l'ensemble de la population, à savoir, la profusion d'écrans dans la vie des enfants (et de leurs parents) qui contribue à modifier négativement les paramètres de la posture, l'attention et de la concentration devant les apprentissages, chez les enfants etl'intérêt pour la chose scolaire de leur enfant chez les parents. Mais là encore, la correction politique enjoint de ne pas culpabiliser les parents et de ne pas nuire aux intérêts économiques liés à l'informatique.

Le système scolaire se retrouve donc face à des challenges impensables, prendre en main l'assimilation par l'apprentissage de la langue avec un public immigré spécifiquement sensible, sans le nommer, lutter contre les nouvelles attentions fugitives des élèves sans enlever les écrans générateurs de profits et remettre une partie des parents dans le circuit sans les culpabiliser, ni leur assigner la moindre responsabilité : missions impossibles.

On pourra aussi, entendre citer pêle-mêle, la pauvreté et le dénuement, à tort d'ailleurs. Si on suivait cet axe, les départements les plus pauvres de France, comme la Lozère ou le Cantal, auraient les résultats scolaires les plus calamiteux, or il n'en est rien, en ce qui concerne, du moins, l'enseignement primaire. Pour les études supérieures, les capacités des parents interviennent plus largement dans les zones rurales, quand envoyer un enfant en études au chef lieu de région devient une question de finances. Quoi que dans la Seine-Saint-Denis et le Pas de Calais, la part de jeunes âgés de 16 à 25 ans, sans diplôme et ne poursuivant pas d'études, atteint respectivement 14,5% et 13,4%, quand la moyenne nationale est de 10,1%. Ceci alors que les écoles supérieures sont géographiquement accessibles. Egalement, les problématiques familiales, notamment les mères isolées, sont étroitement corrélées à la réussite scolaire.

On peut ainsi comptabiliser la pauvreté associée à l'immigration ou à l'éloignement géographique, la réticence communautaire à intégrer le savoir et la culture nationaux, la mono-parentalité, l'omniprésence des écrans dans la vie des familles, comme faisant partie des paramètres les plus actifs dans les raisons de l'échec extérieures à l'école.

Constate-t-on d'autres exemples de nivellement vers le bas au sein de l'éducation ? Peut-on en mesurer les effets ?

Là, il s'agit de mesurer les effets internes au système éducatif et ils sont nombreux, tels que la France a rapidement perdu du terrain dans les classements internationaux, d'abord dans les disciplines littéraires, puis ensuite en mathématiques et sciences, sans arriver à inverser la tendance malgré ses brillants ministres de l'Education. La politique générale a voulu que tout ce qui posait problème aux élèves et à leurs parents soit supprimé : dictée, devoirs du soir, problèmes de maths, apprentissages par cœur, etc. Egalement, l'école s'est préoccupé de social : le code de la route, le vélo, le permis piéton, des items relevant de la famille, la semaine du goût, le secourisme, la nutrition, les sorties aux spectacles... Enfin et surtout, de politique progressiste : la lutte contre l'homophobie (dès le CP, on rêve), le tri sélectif des déchets, l'accueil et la découverte des populations immigrées et de leurs cultures, la sensibilisation aux misères du monde avec la table ouverte aux représentants d'ONG et associations de militants, la promotion du couple mixte, dès la maternelle avec de nombreux albums et on en passe. Il s'en est suivi une réduction impensable, en théorie et en pratique, du nombre d'heures consacrées aux apprentissages fondamentaux. Si on ajoute à cela, la privation de l'autorité des professeurs et des responsables d'établissements face aux élèves et à leurs parents, une formation des enseignants très discutable, la diminution de l'exigence, le concept ressassé de bienveillance qui se résume à tout passer en matière de travail et de discipline, on arrive à un cocktail menant à la perte d'efficience. Et encore, doit-on souvent aux professeurs, une certaine capacité à tenter de maintenir les caps et la discipline dans l'adversité.

Comment endiguer ce problème et éviter ce nivellement vers le bas ? 

Retrouver les fondamentaux : exigence, discipline, travail, laïcité, formation professionnelle des enseignants, sanctuarisation des établissements scolaires, autorité, soutien hiérarchique aux professeurs dans les quartiers sensibles, suppression des allocations familiales pour les élèves délinquants et leurs familles, évacuation systématique des revendications culturelles et religieuses, orientation des élèves en fonction de leurs résultats scolaires à tous les niveaux, rénovation des filières professionnelles, en lien avec la réindustrialisation des territoires. Sur cette dernière question, il a fallu attendre l'incendie de Notre-Dame de Paris pour entendre des responsables politiques de haut niveau faire l'apologie des métiers manuels : un genre de marche sur la tête, alors que la France perd ses savoir-faire et ses emplois industriels et artisanaux depuis des décennies, au profit d'un bac dévalorisé et de filières supérieures ne débouchant sur rien, ou pas grand chose. La volonté d'entrer dans les apprentissages scolaires est le gage de la volonté d'entrer dans la société à laquelle on vous demande de participer. Moins d'exigence scolaire c'est aussi moins d'exigence citoyenne, moins de questionnement et moins de démocratie. Notre système ne vaut et ne marche que dans une société instruite. Sur toutes ces questions, le système s'est menti à lui-même depuis les années 80 et la solution serait aujourd'hui de simplifier la langue pour tout le monde ? Et en simplifiant les apprentissages pour tenter de combler ceux qui sont réfractaires à notre culture ou paresseux au travail, comment inventerons nous les successeurs du Rafale, du TGV, ou les vaccins du futur ?

(1) : https://www.atlantico.fr/decryptage/2675510/ces-facteurs-politiquement-peu-corrects-qui-determinent-reussite-ou-echec-scolaire-des-enfants-issus-de-l-immigration-pierre-duriot

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