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Pourquoi les conservateurs sont les vrais écologistes
©GUILLAUME SOUVANT / AFP

Disraeli Scanner

Pourquoi les conservateurs sont les vrais écologistes

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Disraeli Scanner

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Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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Hughenden, 

Le 11 août 2019, 

Mon cher ami, 

Je me réjouis que vous veniez me voir à Hughenden dans quelques semaines. J’aurai plaisir à vous montrer mon jardin et ses installations. Une partie de la surface, modeste, dont je dispose dans le Buckinghamshire est en effet dédiée à une écologie pratique. 

Une écologie concrète

Je vous emmènerai d’abord voir les trois bassins, disposés sur trois niveaux, que j’ai créés pour expérimenter l’épuration naturelle des eaux usées du hameau. Je vous montrerai mes nénuphars, mes joncs et mes roseaux: chaque espèce a été choisie pour sa capacité propre à absorber telle ou telle pollution de l’eau. Chacune de mes plantes crée son propre écosystème bactérien au niveau de ses racines. Au bout du troisième bassin, l’eau est devenue encore plus propre que dans une station d’épuration mécanisée classique. Evidemment, il faut un certain temps pour le processus: mais j’imagine qu’une installation de ce type soit construite sur une surface conséquente, avec des centaines de plantes. Chaque commune d’Angleterre, chaque quartier de nos grandes villes pourrait ainsi disposer de sa propre installation d’épuration. 

Si vous continuez la visite de mon petit domaine, je vous montrerai comme j’ai fait mettre en place une petite exploitation agricole, fonctionnant selon les principes de la permaculture, inventée par l’Autrichien Sepp Holzer. C’est mon père qui avait découvert les pratiques de ce pionnier d’une nouvelle agriculture, dans la vallée de la Lungau, voici quatre décennies. Chacun des arbres fruitiers est entouré de plantes spécifiquement choisies pour leur contribution au sol et permet non seulement de se passer d’engrais mais aussi de cultiver des espèces qui normalement pousseraient dans des climats plus chauds. Surtout, le sol s’enrichit avec le temps. Il profite aussi des déjections des poissons qui peuplent les trois bassins d’épuration. J’ai oublié de vous préciser, aussi, que j’ai placé mes jardins en vis-à-vis des trois bassins d’épuration. Les plans d’eau absorbent la lumière et la réverbèrent sous forme de chaleur vers mes cultures étagées en terrasses, telles une rizière d’Asie. Et le rendement de mon verger ou des cultures maraîchères est de plusieurs fois supérieur à celui d’une exploitation classique. Dans ce cas aussi, c’est tout le village et les hameaux environnants qui en profitent. Mais imaginez que Paris ou Londres soient pleins d’architecture végétale et de parcelles cultivées, sur les toits des immeubles, à l’abri d’une architecture végétale qui créerait des microclimats ou à proximité de pièces d’eau, dans des espaces pleins de jardins potagers et de vergers: vos merveilleux marchés de quartier pourraient ainsi vendre les fruits et légumes de production locale. 

Lorsque j’ai décidé de passer plus de temps à Hughenden, les exploitants de la forêt située sur les terrains que m’avaient laissés mon père en héritage, avaient eu tendance à planter systématiquement des conifères, pour augmenter le rendement de la vente de bois. J’ai mis fin à ce système absurde. J’ai encouragé le retour à la plantation d’arbres à croissance lente. Depuis dix ans je vois comment les écosystèmes forestiers d’autrefois sont reconstituent. L’abondance du gibier a ramené non seulement les chasseurs mais aussi la joie des enfants des environs à se promener en forêt. J’ai aussi fait construire un atelier d’ébénisterie et de charpenterie à proximité de l’école du village, afin que l’on y apprenne le travail du bois, ses propriétés comme matériau de construction écologique. Si vous avez encore la patience de me suivre, je vous montrerai que j’ai fait construire à côté de l’atelier pour le bois, un «fab lab », avec plusieurs imprimantes 3D: elles sont accessibles tous les jours de l’année, de nuit comme de jour, pour que chacun vienne y développer ses idées, tester ses inventions. Vous serez peut-être surpris de voir toute une série de petits véhicules dont on ne sait pas s’ils tiennent du scooter à trois roues ou de la voiture de poche: les habitants du village ont pour certains renoncé à la possession d’une voiture pour construire d’étranges tricycles à moteur dotés de piles électriques qui se rechargent grâce à un stock de batteries de voiture usagées qui nous sont envoyées de toute la région.

Margaret Thatcher avait vu loin: entrepreneurs verts contre idéologues de la catastrophe climatique

Mon ami, je ne voudrais pas vous lasser à l’avance, mais quelques jours avant que vous arriviez, j’aurai ouvert, à côté du fab lab, un incubateur pour des entreprises dédiées au secteur de l’innovation écologique. Croyez-moi, ce n’est pas ma nouvelle lubie. Au moment où nous subissons l’insupportable opération de propagande « Greta Thunberg », sponsorisée par des investisseurs financiers suédois en mal de reconversion; et où la piètre actrice que le Prince Harry a eu l’idée saugrenue d’épouser entraîne son mari dans des déclarations fracassantes sur le fait qu’ils n’auront pas plus de deux enfants « pour la planète », il est temps de promouvoir une autre écologie, pratique, concrète, entrepreneuriale.  Ce sont déjà des sujets dont nous nous entretenions quand nous faisions connaissance sur les bancs de l’Université. C’est aussi le souvenir marquant que j’ai de Lady Thatcher, la seule fois où, enfant, j’ai eu l’honneur d’accompagner mon père à une petite réception au 10 Downing Street. La Dame de Fer prenait au sérieux les avertissements de l’époque sur « l’effet de serre » mais elle avait pressenti, aussi, combien l’écologie pouvait devenir un instrument de tyrannie politique que recélait pour la gauche le néo-rousseauisme dont nous voyons aujourd’hui pleinement le déploiement. Margaret Thatcher ne pouvait qu’entrevoir la portée de la révolution digitale en cours, mais, avec son instinct très sûr, elle avait bien compris qu’une vague entrepreneuriale dans le secteur de l’écologie était la meilleure chose qui puisse nous arriver. 

Lorsqu’à la fin des années 1980 j’ai fait l’université buissonnière, je suis parti à la recherche d’agriculteurs et d’industriels qui fussent des pionniers de l’économie verte. Sur l’incitation de mon père, j’ai passé un été dans la ferme de Sepp Holzer. J’ai aussi passé plusieurs semaines en Bretagne où l’un de mes amis entamait les recherches qui l’ont mené, aujourd’hui, à être l’un des inventeurs des bioplastiques, fabriqués à partir d’algues. Ce qui m’a frappé, au fur et à mesure que je découvrais, un peu partout en Occident, des idées et des pratiques nouvelles, c’était l’avance que nous avons, en particulier le monde anglo-américain, bien loin des clichés sur les puissances polluantes, dévastatrices de la planète. C’était déjà évident au moment de la chute du Mur de Berlin, lorsque nous avons découvert les paysages dévastés de l’ancien bloc soviétique. Mais ça ne l’est pas moins aujourd’hui, où la Chine s’est développée à grands coups de productivisme industriel. Là aussi, je ne veux pas tomber dans les clichés. L’année dernière, c’est en Chine et en Inde que l’on a planté le plus de forêts nouvelles. Mais allez aux Etats-Unis, c’est l’endroit au monde où vous verrez le plus d’innovation verte. parcourez les villes d’Europe, et vous identifierez le plus extraordinaire réseau de villes au développement équilibré, conçues de manière systémique - Paris est une exception, je vous l’accorde. Explorez cette Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie), si volontiers snobée par le reste de l’Union Européenne, y compris votre pays: vous y trouverez parmi les plus belles start-up du secteur. 

La victoire du conservatisme passera par l’écologie

Je n’ai jamais compris que les conservateurs ne s’affirment pas plus fièrement comme les défenseurs de l’écologie qu’ils sont en réalité. Non d’une idéologie verte qui est l’un des recyclages postmarxistes du politiquement correct. Nous n’avons pas besoin du millénarisme de bien des professionnels de la politique et des médias qui triturent quelques données scientifiques mal digérées pour vous expliquer que la planète est au bord de la catastrophe. Je n’ai jamais compris non plus que l’on veuille motiver les individus par la peur. Et puis quel exemple donnent ces milliers d’apparatchiks des grandes organisations internationales et des gouvernements nationaux qui brûlent des millions de litres de kérosène pour se rendre dans des réunions internationales où ils se mettent d’accord sur des objectifs qui ont à peu près autant de sérieux que le planisme soviétique de la grande époque? Non ! L’avenir est, comme toujours, dans l’initiative individuelle, l’optimisme quant à la résilience de la Création et surtout, la manière dont nous saurons imposer l’idée que l’écologie n’est pas une affaire de régression, de décroissance, mais de mutation agricole, industrielle, politique. Et qu’il n’est de talents que d’hommes: nos pays au développement démographique raisonnable n’ont pas besoin de moins d’enfants mais de plus d’émulation entre des frères et soeurs nombreux, entre des écoliers studieux, entre des étudiants ayant le goût de la vie ! 

Les conservateurs ont entre les mains un trésor et ils ne s’en rendent pas encore compte. L’innovation écologique en matière agricole et industrielle ramène au goût de la nature, de l’organique qui était déjà celui d’un Edmund Burke. Mais cette fois, il ne s’agit pas seulement d’une métaphore: l’agriculture de demain sera naturelle et régénérative, au lieu d’épuiser les sols. L’industrie du futur - du présent devrait-on dire - tire une partie de son inspiration d’innovation technologique de la meilleure compréhension du vivant que nous permet la science contemporaine. Nous pouvons commencer à rêver de faire de nos concitoyens des individus redécouvrant la liberté en cultivant leur jardin. Nous sentons bien qu’un immense effort éducatif va être nécessaire pour faire émerger les entrepreneurs verts de demain. Sans doute nos Eglises seront-elles les dernières à se rendre compte qu’elles ont l’occasion de se réenraciner au coeur de nos sociétés, occupées qu’elles seront, telle la Maison Sainte-Marthe, à courir après les vieilles lunes de la décroissance et du malthusianisme. Pourtant, je rêve de voir des communautés monastiques fidèles à la tradition et redevenant, comme au XIIè et XIIIè siècles les pionnières de l’agriculture moderne. Je rêve de voir réémerger des élites locales de véritables gentlemen farmers. Ce que nous sommes quelques-uns à avoir mis en place à Hughenden donne une idée bien concrète de ce que pourra être la démocratie locale dans nos nations ressourcées, véritablement conservatrices, dans la mesure où elles innoveront pour préserver et développer. Qui ne voit non plus que le meilleure façon, pour les « somewheres » dont parle mon ami David Goodhart, de reprendre la maîtrise de nos pays face à l’élite déracinée des « anywheres » et leur armée de réserve que sont les migrants, c’est un nouveau maillage du territoire, une autonomie retrouvée. Nous n’aurons pas besoin de déclarer la guerre à Monsanto: il nous suffira de constater que les circuits courts de l’agriculture nouvelle rendent indépendants des géants de l’agro-alimentaire. Nous n’aurons pas à nous inquiéter des fragilités du système monétaire international: les monnaies locales vont proliférer et nous donner le nouveau filet de sécurité dont ont besoin nos économies locales....

Mon cher ami, je sais bien que la voie ne sera pas aussi aisée que mon rêve. J’imagine en fait bien des obstacles, des pressions, des tentatives de sabordage, depuis des navires géants en perdition, de nos flotilles, mobiles mais vulnérables. Mais saisissons ce qui est à portée de main. La victoire du conservatisme y est conditionnée. 

Bien fidèlement à vous

Benjamin Disraëli

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