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Le président du MEDEF Pierre Gattaz présente le "Pacte de responsabilité" lors d'une coférence.
Le président du MEDEF Pierre Gattaz présente le "Pacte de responsabilité" lors d'une coférence.
©Reuters

Offre et demande

Pourquoi le pacte de responsabilité est la preuve soit que le gouvernement n'écoute pas les entreprises soit qu'il a renoncé à toute politique économique

20% des entreprises réclament une politique de l’offre contre 50% qui réclament une politique de la demande.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Depuis le 14 janvier dernier, il n’y a rien à dire, c’est la fête. La conférence de presse de François Hollande aura marqué les esprits par la naissance du Pacte de Responsabilité, symbole du revirement idéologique du Président et qui peut se résumer à ce petit paragraphe :

"Pourquoi ce pacte ? Parce que le temps est venu de régler le principal problème de la France : sa production. Oui, je dis bien sa production. Il nous faut produire plus, il nous faut produire mieux. C’est donc sur l’offre qu’il faut agir. Sur l’offre ! Ce n’est pas contradictoire avec la demande. L’offre crée même la demande."

Fini de rire, et les commentateurs se pressent pour en informer les français : le Président a enfin compris que c’est bien l’offre le problème. Le sujet fait presque consensus, seuls quelques ploucs en bottes en plastique se refusent à sacraliser cette nouvelle doctrine : 2014 sera l’année de l’offre.

Le chef de l’état définit correctement le principe, car une politique de l’offre n’est rien d’autre qu’une politique qui permet d’améliorer la capacité de production d’un pays. "Il nous faut produire plus, il nous faut produire mieux". Un grain de sable de taille conséquente vient pourtant gripper cette analyse. En effet, l’Insee publie une enquête trimestrielle basée sur un ensemble d’indicateurs concernant l’état de l’industrie, dont la dernière mouture a été publiée le 23 janvier dernier. L’échantillon représentatif de cette enquête est composé de 4000 entreprises. C’est donc bien "l’avis du terrain" qui est ici représenté. (D’où les bottes en plastiques).

Le premier point de cette enquête repose sur les facteurs de productions. L’Insee développe : "Au cours du quatrième trimestre 2013, les tensions sur l’appareil de production sont quasi inchangées à un niveau faible. Ainsi, le taux d’utilisation des capacités de production est stable par rapport au trimestre précédent et reste en deçà de son niveau moyen, signifiant que le système productif est sous-utilisé dans l’industrie manufacturière."

Une question se pose immédiatement. Pourquoi améliorer les capacités de production si on n’utilise pas déjà pleinement les capacités actuelles ? Car les données publiées par l’Insee sont sans appel, les capacités de production ne sont utilisées qu’à hauteur de 80%, contre une moyenne dépassant les 85% en "temps normal". 

Taux d’utilisation des capacités de production. France. En %. Source Insee

Ce graphique témoigne en effet de cette réalité un peu différente, la France aurait des capacités de production inexploitées. Alors que le cœur de la crise est témoin d’un plongeon de ce taux  à 70%, le mois de janvier 2014 reste à un niveau faible, signal de l’anémie économique actuelle. Si les entreprises ne produisent pas autant qu’elles le pourraient, le problème serait-il du côté de l’offre ?

Cette hypothèse souvent considérée comme farfelue semble pourtant faire consensus chez les entrepreneurs. A la question "êtes-vous plutôt confronté à un problème d’offre ou de demande" ces derniers répondent à 49% la demande, contre 19% pour l’offre. Et ce niveau est historiquement élevé, comme cela peut être observé dans le graphique ci-dessous :

Enquête de conjoncture : En rouge : la demande est problème. En noir, l’offre est le problème. Source Insee

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Pour aller plus loin, il est alors utile de s’intéresser aux différents secteurs de l’industrie et plus particulièrement à l’un d’entre eux ; le secteur automobile. Ce dernier est en effet devenu le symbole de l’industrie française et de son déclin. Selon le chef de l’état, mais il n’est pas seul, cette situation difficile serait donc un problème relevant de l’économie de l’offre. Ce qui ne semble pas le cas des professionnels concernés, car l’Insee publie également son enquête de conjoncture par secteur :

Secteur Automobile / En rouge : la demande est problème. En Noir,  l’offre est le problème/  % Insee
 

Plus de 80% des répondants estiment que la demande est le problème de l’industrie automobile. A l’inverse, seuls 5% des entreprises pensent qu’il s’agit d’un problème de l’offre, alors que seuls 4% semblent penser qu’il s’agit d’une combinaison de l’offre et de la demande. A ce niveau-là, il ne s’agit pas d’un appel, il s’agit d’un cri. Le pacte de responsabilité tombe à plat.
Il reste une question subsidiaire. Si la France est victime d’un problème de demande, comme le pensent les industriels, quelle solution y apporter ? Deux solutions sont possibles mais d’inégale inefficacité. La première repose sur la capacité d’un état à relancer par la dette, solution qui n’en est plus une depuis l’explosion des niveaux d’endettement. Mais également pour une autre raison, sans doute plus décisive encore, car la demande n’est en réalité pas sous le contrôle du pouvoir budgétaire. Ce qui permet d’arriver à la seconde solution, car seul le pouvoir monétaire dispose de la capacité d’orienter le niveau de la demande à long terme. Et il s’agit en fait de sa fonction même. Le rôle d’une banque centrale ne se résume pas à stabiliser les prix, mais bien à fixer la "demande" dans sa zone de compétence. La stabilisation des prix n’ayant jamais été qu’une méthode pour y parvenir, et rien d’autre.

François Hollande vient de proposer le pacte de responsabilité en pensant répondre aux problèmes des entreprises. Mais comme nous avons pu le voir, les entreprises ne voient pas l’offre comme étant leur principal problème. Cette contradiction ne peut s’expliquer que par deux raisons : soit les équipes gouvernementales ne partagent pas le diagnostic des industriels, soit elles sont dans l’impossibilité d’y apporter une réponse. En effet, si le gouvernement voulait modifier son diagnostic et apporter une réponse efficace au problème de la demande, ils se trouveraient dans l’obligation de demander une modification des statuts de la Banque centrale européenne, ce qui implique une unanimité des 18 membres de la zone euro. Le pacte de responsabilité ressemble  alors à un pis-aller, une sorte de biscuit qui ne fait que traduire la résignation à proposer quoi que soit d’efficace pour sortir le pays de la crise.

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