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Pourquoi la question de la civilisation est cruciale dans la campagne 2012
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Valeurs actuelles

Pourquoi la question de la civilisation est cruciale dans la campagne 2012

Si la crise demeure centrale dans la campagne présidentielle, le thème des valeurs est également présent. Mais attention à ne pas prononcer le mot "civilisation"...

Yves Roucaute

Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe, épistémologue et logicien. Professeur des universités, agrégé de philosophie et de sciences politiques, docteur d’État en science politique, docteur en philosophie (épistémologie), conférencier pour de grands groupes sur les nouvelles technologies et les relations internationales, il a été conseiller dans 4 cabinets ministériels, Président du conseil scientifique l’Institut National des Hautes Etudes et de Sécurité, Directeur national de France Télévision et journaliste. 

Il combat pour les droits de l’Homme. Emprisonné à Cuba pour son soutien aux opposants, engagé auprès du Commandant Massoud, seul intellectuel au monde invité avec Alain Madelin à Kaboul par l’Alliance du Nord pour fêter la victoire contre les Talibans, condamné par le Vietnam pour sa défense des bonzes.

Auteur de nombreux ouvrages dont « Le Bel Avenir de l’Humanité » (Calmann-Lévy),  « Éloge du monde de vie à la française » (Contemporary Bookstore), « La Puissance de la Liberté« (PUF),  « La Puissance d’Humanité » (de Guilbert), « La République contre la démocratie » (Plon), les Démagogues (Plon).

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Atlantico : Nicolas Sarkozy, dans sa lettre aux Français, pose la question : « Dans quelle civilisation voulons-nous vivre ? ». Vous avez été la plume de Claude Guéant, notamment pour son fameux discours où étaient évoquées les différences entre civilisations. En quoi cette question vous semble-t-elle au coeur de cette campagne présidentielle, la première du XXIè siècle selon l'expression de Nicolas Sarkozy ?

Yves Roucaute : Cette question devrait effectivement être au coeur de la campagne. Mais elle ne l'est pas. La raison tient notamment à la défaite de la pensée gaulliste républicaine. Sous la pression du relativisme, d'une certaine sociologie gauchisante néo-marxiste, on n'a plus osé rappeler que la France est la France, qu'elle a une identité forte et un message à faire passer au monde.

Au lieu de cela, on a peur des critiques, d'être attaqué par une pensée politiquement correcte de gauche qui empêche de dire que "la galanterie est une bonne chose" ou qui empêche de dire que les voyous qui attaquent les pauvres sont de la racaille.

On est arrivé à un point tel qu'il y a même des gens de droite qui n'osent plus parler de civilisation alors que les plus grands historiens, Braudel en tête, les plus grands anthropologues, Levi-Strauss en tête, parlent de civilisation et qu'il y a des cours de civilisation dans toutes les universités du monde.

Le problème de la droite, c'est qu'elle a profondément sous-estimé la bataille des idées, qu'elle l'a perdue dans les années 1970. Elle n'a pas compris que les élections se gagnent dans les têtes. Mais si la droite a tendance à être en pleine débandade idéologique, la gauche l'est également : elle tombe dans le relativisme le plus complet. Non seulement on n'a plus le droit de défendre les pauvres victimes de l'insécurité, mais en plus la gauche gouvernementale ose s'allier avec des amis peu fréquentables. Elle drague les gens du NPA, parti qui présente des islamistes aux élections, elle est capable de s'allier avec Mélenchon qui rassemble l'extrême gauche...

Elle oublie en fait l'enseignement de Léon Blum, qui a viré les communistes du gouvernement en 1946 car pour lui c'était impensable de s'allier avec des gens qui ponctionnent des libertés à chaque fois qu'ils sont au gouvernement. Lui ne voulait faire alliance qu'avec des gens qui partageaient un pacte républicain commun.

En quoi est-il difficile de parler de civilisation dans la campagne ?

Disons que la faiblesse de notre civilisation, c'est que contrairement à ce que dit l’extrême gauche, la France est généreuse. Et si nous le sommes, c'est parce que nous sommes habités par la fraternité. Cela nous rend fragile.

A titre d'exemple, c'est la France qui a inventé Médecin sans frontières ; c'est elle qui est le pays qui soutient le plus le développement de l'Afrique, comparativement à sa richesse ; c'est elle qui était en première ligne en Libye, en Côte d'Ivoire. Généreux que nous sommes, nous accueillons beaucoup de gens venus d'Afrique. Mais devons-nous accepter, sous prétexte que tout est relatif, tout ce qui vient de cette civilisation ? Non. Il existe chez eux certains éléments absolument inadmissibles, comme par exemple l'infibulation des filles. Et nous qui sommes la civilisation des droits de l'Homme, nous ne pouvons pas les accepter sinon nous détruirions notre socle éthique.

Il faut contrôler les flux migratoires, pour protéger notre civilisation orientée vers la liberté, l'égalité et la fraternité, et éviter les éléments de ces pays qui violent la dignité humaine. Il faut dire aux gens qui prétendent venir en France avec des éléments de leur civilisation qui violent cette dignité que nous sommes une civilisation des valeurs universelles et qu'ils n'ont pas leur place chez nous. 

De nombreux débats récents ont posé la question de l'islam au coeur d'un choc de civilisation avec l'Occident. La question de la religion est-elle centrale ?

Il y a beaucoup de musulmans qui se sont battus pour la France. Il y a une vision de l'islam tout à fait humaniste, qu'on trouve dans le Coran, chez le roi du Maroc ou les démocrates tunisiens, et qui correspond tout à fait à notre civilisation. C'est le cas dans toutes les spiritualités d'ailleurs, dans l'islam, le bouddhisme, l'hindouisme, etc.

On trouve des musulmans qui défendent les droits de l'Homme, mais il y a par contre un problème avec des gens qui utilisent l'islam contre notre civilisation des droits de l'homme. Si les Français se laissent aller au relativisme, cela veut dire que demain on pourra se promener en burqa dans la rue, qu'après-demain on ne pourra rien dire à une famille qui pratique l'infibulation sur ses enfants, ça veut dire que si certains ne veulent pas que des jeunes filles aillent à l'école, on l'acceptera sous prétexte que des gens disent : « leur religion, c'est comme ça. » Or ce n'est pas dans l'islam, et même si cela l'était ce serait inacceptable pour nous.

A lire, demain, la seconde partie de cette interview : "Sommes-nous encore capables de définir le mode de vie à la française ?"

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