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Pourquoi la France est en train de gâcher une occasion de corriger les contraintes européennes
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Editorial

Pourquoi la France est en train de gâcher une occasion de corriger les contraintes européennes

Le principe de précaution. Si Jacques Chirac ne l’avait pas inventé, François Hollande l’aurait fait. Le président de la République va rater la seule reforme qu’il pouvait initier, la réforme de la gouvernance européenne.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La majorité des milieux d’affaires, des économistes y compris ceux qui le conseillent à gauche, considèrent qu'il existe aujourd'hui une opportunité pour engager une réforme de la gouvernance européenne, laquelle nous permettrait sans doute de sortir de la crise.

L’éclatement de la zone euro a été évité de justesse par des aménagements institutionnels qui ont permis d’assurer depuis un an la stabilité. Depuis un an, la zone euro est stabilisée sur le plan financier. Sur le plan économique, l’Allemagne continue de faire la course en tête en étant de plus en plus accusée d’écraser les autres par une compétitivité excessive. L’Espagne, l’Italie et la Grèce ont échappé à la catastrophe mais les habitants eux n’ont pas échappé à la misère. La France, elle, continue de s’endetter pour maquiller ses problèmes. Cela ne pourra pas durer très longtemps.

Une Europe plus solidaire, plus unie, plus coordonnée serait sans doute la dernière solution pour restaurer la confiance et sortir la zone euro de la dépression dans laquelle elle pourrait s’enfoncer et faire le lit du populisme avec son cortège de violence et de misère incontrôlables.

Les pays de la zone euro ont besoin d’une organisation qui facilite deux séries d’évolutions.

La première est d’ordre monétaire. Les pays de la zone euro sont  endettés mais la zone euro ne l’est pas en tant que telle. Il faut donc trouver le moyen institutionnel de permettre à la zone euro de s’endetter (appelons cela des euro-obligations si on veut) ou alors autoriser la Banque centrale européenne de reprendre de la dette souveraine ce qui lui permettrait d’émettre beaucoup plus de de monnaie qu'aujourd'hui . Ce qui ferait baisser mécaniquement la valeur de l’euro. Aujourd'hui, ce n’est pas possible. Les traités ne le permettent pas. Ce problème n’est pas simple. Pour que la Banque centrale puisse créer de la monnaie en contrepartie des dettes souveraines, il faudrait une coordination budgétaire parfaite. Bref, il faut que chaque pays membre de la zone euro en vienne à abandonner sa souveraineté budgétaire. Sans cela comment imaginer qu' un contribuable allemand accepte d’assumer une partie d’un risque créé par la dette française ? Comment imaginer que le contribuable français consente à couvrir le risque sur la dette espagnole ou grecque ?

La solidarité et la mutualisation ne seront possibles que si, et seulement si, les budgets sont sous contrôle. Et cette mutualisation est la clef du désendettement et de la reprise.

La deuxième série d’évolutions porte sur la coordination des compétitivités. Il faut de façon urgente synchroniser les facteurs  de la compétitivité, la fiscalité, les salaires et l'énergie. Dans ces trois domaines on aurait évidemment besoin d’une politique européenne. 

Et bien sur la monnaie et sur la compétitivité, on est entré dans un moment où les pays de la zone euro pourraient avancer. Sur la monnaie, tout le monde est d’accord pour dire que l’euro est surévalué... y compris l’Allemagne. Angela Merkel est prête (c’était dans son programme de campagne) à initier une réforme de la BCE à condition d’accepter des reformes d’intégration budgétaire.

Sur la compétitivité, la création d’un salaire minimum en Allemagne est une très mauvaise nouvelle pour l'économie allemande dont les acteurs vont tout faire pour retarder son application et la rendre très compliquée. Les chefs d’entreprise allemands sont convaincus que le salaire minimum va mettre à mal la puissance de l’Allemagne. Ils exagèrent évidemment. En attendant, c’est une excellente nouvelle pour le reste de l’Europe qui en comparaison va gagner en compétitivité. Les produits allemands vont coûter plus chers. Mais surtout le pouvoir d’achat des Allemands va un peu augmenter. La demande allemande va donc s’accroître. Si les Français et les Italiens sont malins,  ils peuvent en profiter.

La conjoncture est donc très favorable à l’amorce d’un rééquilibrage en Europe, sur la monnaie et sur la compétitivité.  Personne ne comprend pourquoi en France, ni à droite ni à gauche on ne propose pas des avancées sur la voie d’un fédéralisme.

La droite française cherche une politique alternative, le terrain européen lui en offrirait une. Le centre droit qui s’est toujours prévalu des engagements européens n’a aucune proposition dans ce sens.

La gauche à laquelle appartient François Hollande est fille de Jacques Delors  qui a toujours défendu des options fédéralistes. Le président lui-même a toujours réclamé une politique de relance de la croissance à l’échelle européenne.  C’était au cœur de sa campagne présidentielle. Aujourd hui qu' Angela Merkel serait prête à accepter ce type de réforme, il ne dit rien . la France se tait.

Alors ne soyons pas naïf, si la France ne propose rien en politique européenne, c’est que toute réforme débouche sur plus de fédéralisme, plus d’abandon de pouvoir. Les politiques français sont pro-européens mais s’imaginent que leurs électeurs ne le sont pas…donc ils se taisent.

De toute façon, c’est très simple. Tout ce qui est libéral (c’est-à-dire favorable à la performance économique pour le plus grand nombre) est mal vu. Tout ce qui est progrès technique (c’est-à-dire générateur de productivité) est inquiétant car risqué, donc vive le principe de précaution. Enfin, la mondialisation, c’est un gros mot. Quant à l’Europe, elle est coupable de tout. Donc il ne faut surtout pas en parler.

C’est l’application permanente du principe de précaution. Qui ne mène nulle part. Heureusement que Christophe Colomb n’a pas été obligé de le respecter. Sinon on n’aurait jamais découvert l’Amérique.

Et si par hasard, mais par hasard seulement, les responsables politiques se trompaient ? 

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