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L’ultralaïcisme ne peut pas être un antidote au fanatisme religieux.
L’ultralaïcisme ne peut pas être un antidote au fanatisme religieux.
©Reuters

Un extrémisme contre un autre

Pourquoi l’ultralaïcisme ne peut pas être un antidote au fanatisme religieux

Le 18 novembre, l'AMF (Association des Maires de France) publiait son vade mecum sur la laïcité, réclamant l'instauration d'une loi sur les crèches dans les mairies. Un excès de zèle qui n'a pas grand chose de bénéfique.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Par quelle aberration, l'Association des Maires de France, que l'on croyait être le temple de cette sagesse propre aux élus locaux, a-t-elle pu avaliser un "Vade mecum de la laïcité" qui suggère aux magistrats municipaux d'éradiquer de la vie publique les dernières traces de nos racines chrétiennes, comme la mise en place de crèches dans des mairies ? Laïcité contre démocratie : confondant les élus  et les fonctionnaires, seuls assujettis à l'obligation de réserve, il les invite, dans leur action publique, à "s’abstenir de faire montre de leurs propres convictions religieuses ou philosophiques", alors même que ces maires, élus tels qu'ils sont, ne répondent que devant leurs électeur

Electeurs ? Les auteurs de ce guide semblent ignorer que les électeurs musulmans de nos quartiers préfèrent et respectent bien davantage un chrétien pratiquant qu'un laïque, surtout dans la version libertaire qui prévaut aujourd'hui. Jésus et Marie, fêtés à Noël,  sont révérés aussi par les musulmans. On voit combien, malgré des assauts de démagogie qui sont autant d'atteintes à la laïcité (financement de mosquées, réceptions en mairie à l'occasion de l'Aïd el Kébir, tolérance du niqab, etc.), le parti socialiste peine à reconquérir un électorat musulman éloigné par le "mariage pour tous".

Pas d'amalgame !

A la suite des attentats du 13 décembre, la plupart des médias ont répété en boucle, avec raison sans doute : "pas d'amalgame" entre les musulmans ordinaires, dits modérés, et les terroristes. Est-ce pour que la France officielle opère au contraire tous les amalgames entre terroristes et tenants de n'importe quelle religion, la religion chrétienne d'abord ?     

Sans doute l'histoire de l'Europe chrétienne, comme celle de tous les peuples, de toutes les religions et de tous les régimes, républiques comprises (Terreur, répression de la Commune), est-elle parcourue de violences, mais aucune de la sorte que nous avons vue à l'œuvre ces jours-ci. Il n'y a dans le monde actuel aucun terrorisme chrétien d'aucune sorte, a fortiori  sous une forme aveugle et suicidaire. Il est vrai que dans le très catholique Pays basque, les familles nombreuses d'où sortaient autrefois des dizaines de  prêtres et religieuses, ont produit à un moment donné autant de terroristes de l'ETA ; mais entre temps, la foi s'était perdue, ce qui ne fait pas une mince différence.

Emblématique de cette propension à l'amalgame, Jean-Paul Brighelli généralement mieux inspiré, évoque dans un article récent "la confraternité des totems du monothéisme" et, dénonçant l'obscurantisme, croit utile de préciser : "il y a un siècle ou deux, c’eut été le jésuitisme des congrégations. Aujourd’hui, c’est le salafisme (dont il décrit la scabreuse théologie du viol dont on se demande où il a vu l'équivalent dans les autres religions). Dans leur inculture, nos contemporains ignorent généralement que les jésuites ont inventé le collège secondaire, où, délibérément, la culture profane, gréco-latine et scientifique, prévalait sur  l'enseignement strictement religieux. Le lycée napoléonien ne fit qu'y remplacer la cloche par le son du clairon !  L'Europe chrétienne a ainsi produit, non seulement le lycée (XVIe siècle) mais aussi l'Université (XIIIe siècle) et l'école primaire (XVIIe siècle). Voltaire, comme à peu près tout ce qui compte dans la culture française, en est issu.

Ce genre d'amalgame emporte des risques considérables. Loin d'ouvrir l'espace aux Lumières, l'affaiblissement du christianisme crée un vide spirituel dans lequel n'importe quoi peut s'engouffrer y compris aujourd'hui le salafisme. A preuve, le nombre de convertis en perte de repères parmi les terroristes. Apprenti sinon sorcier, du moins jardinier, un certain ultra-laïcisme (à mille lieues de la laïcité de Jules Ferry), ardente à désherber à tout va, fait du passé table rase au risque de faire prospérer les plus mauvaises herbes.  

Un autre risque est que la déchristianisation rende l'Occident encore plus haïssable aux islamistes. Tout en dénonçant les croisés (encore l'inculture !), les gens de Daesh condamnent bien davantage la dérive libertaire de nos sociétés que leurs racines chrétiennes. Sans compter que, renonçant volontairement à des symboles ancestraux, nous leur donnons l'apparence de la faiblesse,  peu propre à les amadouer.

C'est donc une grave illusion que l'ultralaïcisme intégriste, qui est d'abord un antichristianisme, voire un anticatholicisme, serait le remède à l'extrémisme salafiste.

Mais certains ne voudraient-ils pas , sciemment, instrumentaliser l'islam pour liquider les derniers vestiges du christianisme en Europe ? Aujourd'hui, interdiction des crèches, demain suppression des crucifix aux carrefours (on a déjà commencé) et sécularisation des églises ? Si tel est le cas, on peut douter qu'aucun musulman entre dans ce jeu. Ou que le "vivre-ensemble" gagne à la disparition des quelques rares lieux où on enseigne encore le respect d'autrui et, osons le mot, la charité. Il est douteux que les Lumières, produit dialectique de l'Europe chrétienne, survivent à cet arasement. Les esprits forts qui espèrent se tirer vivants de l'effondrement de la  cathédrale s'illusionnent . Ceux qui, au nom de Charlie, dénoncent toutes les religions peuvent craindre d'être, selon l'expression de Serge Federbusch[1], comme les lemmings qui marchent sans le savoir à leur propre mort.

[1] Serge Federbusch, La marche des lemmings, Ixelles Editions, 2015

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