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Pourquoi il faut beaucoup plus de discipline que de renoncer seulement à son ordinateur et son portable pour s'affranchir de toute surveillance
©Reuters

Tous espionnés ?

Pourquoi il faut beaucoup plus de discipline que de renoncer seulement à son ordinateur et son portable pour s'affranchir de toute surveillance

Face aux révélations en série sur les méthodes de surveillance de la NSA, certains d'entre nous sont tentés d'éteindre leur téléphone, leur ordinateur et de disparaître des réseaux sociaux. Malheureusement, il ne suffit pas de se "déconnecter" pour échapper à la surveillance, désormais omniprésente.

Atlantico : Face aux nombreuses révélations quant aux méthodes de surveillance de la NSA, certains sont tentés d'éteindre téléphone et ordinateur ainsi que de fermer leurs comptes Facebook ou Twitter. Mais cela suffit-il à échapper toute surveillance ?

François-Bernard Huyghe : Avant tout, ce programme de déconnexion me semble difficile à réaliser car nous sommes addict à internet. Le système d'interception de Prism ou XKeyscore est un système global qui travaille sur les opérateurs, pose des micros, etc. On est dans un traitement de milliards de données dont certaines sont mises en ligne par les personnes elles-mêmes. Il existe des méthodes de cryptologie, on peut utiliser des VPN - un réseau privé virtuel - qui sont des circuits de communication ou encore des téléphones anonymisés qui peuvent aider à se protéger mais cela prend une énergie considérable. 

Quand bien même vous renonceriez à internet, on saura des choses sur vous. Il y a d'ores et déjà des données chez les fournisseurs d'accès ou présentes dans le cloud aux Etats-Unis. Même si on tente d'échapper à la surveillance par tous les moyens, on finit par se relâcher. Il existe bien sûr des systèmes d'anonymisation comme le réseau Tor... Mais il faut être paranoïaque pour prendre toutes ces précautions.

Franck Ebel: Il y a beaucoup de moyens de faire de la surveillance, il n’y a pas que les réseaux sociaux. Des personnes derrière les murs de la maison avec des ondes signalétiques arrivent à reproduire sur un écran extérieur ce qu’il y a sur un écran intérieur. On trouve toujours le moyen de surveiller.

Quels sont les modes de surveillance utilisés aujourd’hui pour « tracker » la population online mais surtout offline ?

Franck Ebel : Il y en a plusieurs. Tous les paiements sans contact ou paiement en carte bleue, dès lors qu’on met nos coordonnées quelque part sont un mode de surveillance. Les téléphones ont tous maintenant un système GPS par lequel il est possible de repérer le déplacement d’une personne. Des pièces discrètes et peu onéreuses comme des pièces GPS qu’il suffit de déposer permettent également de suivre quelqu’un à l’aide d’un logiciel spécialisé. Et tout ce se trouve sur internet et est facile à acheter - pas toujours légalement. Les radars, les caméras de surveillance sont également des outils qui permettent la surveillance et le repérage.

François-Bernard Huyghe: Le portable géolocalise le lieu où vous vous trouvez, on peut même envoyer un SMS invisible qui oblige le portable à se connecter à des bornes. Il existe également le système d'écoute discrète : c'est à dire un système qui permet d'activer à distance un téléphone et qui fonctionne comme un micro d'ambiance. Ainsi, tout ce qui est dit est enregistré. Parmi les autres modes de surveillance, le simple pass Navigo permet de savoir à quelle station vous êtes monté. Payer avec une carte bleue permet de voir qui a franchi tel péage, qui a acheté quoi à quel endroit, etc. Lorsque vous tirez de l'argent, une caméra vous voit. Plus vous utilisez des technologies personnalisées, plus vous laissez des traces informatiques. 

Ce qui fait peur dans la surveillance, c'est qu'on rapproche toutes les données : on établit des relations entre conversations Facebook, liens, conversations téléphoniques... Il s'agit d'un outil sociologique de prédiction incroyable.

Quels sont les risques liés à cette surveillance accrue ? Est-il possible que les données stockées soient utilisées à d’autres fins ? Lesquelles ?

Franck Ebel: Oui, bien sûr. Le jeu des pirates est de récupérer des bases de données, souvent ciblées mais aussi au hasard pour les revendre sur le net. La logique est principalement financière et le but commercial. Quand on arrive à récupérer des données avec les cartes bancaires, cela permet aux pirates de frauder.  

François-Bernard Huyghe : Selon les Américains, cette surveillance permet d'arrêter les terroristes. La NSA représente un budget de 10 milliards de dollars mais prévenir les attentats est un retour sur investissements grotesque. Ce système de surveillance repose sur la prédiction des comportements. Il sert également à l'espionnage industriel, à voir l'état de R&D d'une société etc. 

Au-delà, il y a le fantasme de tout prédire. La surveillance est une machine à prédire tous les dangers : le terrorisme, les cyber-pirates, les cyber-dissidents, etc.

Existe-t-il des moyens pour limiter cet espionnage généralisé ?

Jean-Bernard Huyghe : Le réseau Tor, l'anonymisation ou encore acheter en liquide un téléphone dit "jetable" sont des techniques qui permettent de se protéger mais leur degré d'efficacité est plus ou moins important. Cette protection demande beaucoup de temps, de volonté et trop de précautions. Le problème de ces systèmes de défense est que dès qu'ils prennent de l'ampleur, ils deviennent plus fragiles. La défense de la vie privée demande beaucoup d'efforts et je suis sceptique sur les résultats.

Franck Ebel:Il y a des logiciels qui permettent de minimiser l’espionnage mais il est impossible de repousser complètement la technologie. 

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