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"Les mères ayant partagé le lit ou la chambre de leur enfant auraient des nuits de sommeil plus agitées que les mères faisant chambre à part."
"Les mères ayant partagé le lit ou la chambre de leur enfant auraient des nuits de sommeil plus agitées que les mères faisant chambre à part."
©Reuters

Zzzz

Pourquoi dormir avec votre bébé n'est pas une bonne idée (et pas seulement pour des questions de sécurité)

Les mères qui dorment avec leurs bébés subiraient davantage de troubles physiques et psychiques que les autres.

Edith Tartar Goddet

Edith Tartar Goddet

Edith Tartar Goddet est psychosociologue et psychologue clinicienne. Elle est spécialiste de la gestion des adolescents au sein de la structure familiale et de l'adolescence dans le cadre scolaire, ainsi que des dysfonctionnements relationnels toujours dans le cadre scolaire. Elle a notamment collaboré au projet Comment réussir ses vacances ? et est l'auteur, parmi de nombreux ouvrages, de Développer les compétences sociales des adolescents par des ateliers de parole aux Editions Retz. 

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Atlantico: Une étude américaine, nommée Project Siesta, et portant sur les effets de l’interaction entre une mère et son bébé les six premiers mois suivant la naissance de l’enfant est paru ce mois-ci. Il en ressort que les mères ayant partagé le lit ou la chambre de leur enfant auraient des nuits de sommeil plus agitées que les mères faisant chambre à part, élément qui affecterait divers aspects de leur vie (notamment leur attachement à leur enfant). Dans quelle mesure dormir avec son enfant aurait des répercussions négatives sur la vie des jeunes mères ? Dormir avec son enfant est-il une mauvaise idée ?

Edith Tartar Goddet : Je trouve cette décision de la part des mères toujours étonnante. La naissance est un moment de séparation, un moment très fort, comparable à un électrochoc. Cette relation fusionnelle qu’il y a pu avoir entre la mère et l’enfant pendant 9 mois s’arrête, et la mère, bien que cela soit frustrant, doit le reconnaître. L’enfant n’est plus à la mère, dans la mère, c’est donc tout à fait normal de le faire dormir à part, qu’il puisse ainsi comprendre la séparation. C’est en effet difficile pour le bébé qui, après la naissance, est dans un état de mélange, d’indifférenciation de parvenir à distinguer la séparation entre sa mère et lui, entre le dedans et le dehors. Cette étape peut être rendue possible seulement si la mère accompagne l’enfant. Si celle-ci reste fusionnelle, elle ne peut pas créer cet écart crucial qui permet à l’enfant de se différencier. Par ailleurs, elle prend de grands risques physiques en dormant avec son enfant. Etant dans une grande proximité et ayant besoin du contact, elle risque par exemple l’étouffement.

Quelles sont alors les conséquences de cette habitude sur la santé de la mère et sur l’enfant ?

Au cours de ma carrière, je me suis plus intéressée aux petits qu’aux mères, mais si la mère ne se détache pas effectivement de l’enfant, cela peut engendrer des conséquences sur la relation qu’elle entretient avec son enfant. Si elle maintient cette relation fusionnelle c’est qu’elle doit être déprimée par la rupture de ce lien. Il est normal qu’il y ait une relation fusionnelle entre eux mais la fusion doit rester de l’enfant vers la mère et non l’inverse. Quelque chose de très fort se joue au tout début de la naissance, la mère est en harmonie avec l’enfant et se développe une grande proximité  mais elle doit savoir que cet enfant n’est pas à elle, en tant que partie du corps. Si elle est dans cette attitude de fusion,  c’est que, vraisemblablement, la grossesse et la naissance ont dû produire des événements extrêmement forts qui ont entraîné une fragilité, une angoisse, elle maintient ce lien car il la sécurise sur le plan psychique. Néanmoins, il faut préciser qu’il existe toujours un moment de dépression après la grossesse, le fameux baby blues, qui est naturel et essentiel, elle fait le deuil de cette relation. Si les femmes sont accompagnées, épaulées et soutenue, ce moment passe. Mais les mères qui installent une relation fusionnelle avec leur enfant ne sortent pas de cet état. L’hospitalisation courte favorise cet état, l’hôpital est sécurisant. Mais en général le service hospitalier reconnaît les mères fragilisées et propose un suivi plus long.

Selon l’étude, dormir avec son bébé pourrait également avoir des conséquences sur la relation mère-enfant sur le long terme. Qu’en est-il réellement?

Tout à fait. Les conséquences sont multiples et variables d’un cas à un autre. Elles sont multiples, l’enfant a besoin d’être accompagné dans cette séparation… Elle ne doit pas être vécue comme quelque chose de traumatisant ou d’inquiétant, ceci aura un impact sur son développement psychique. La question réside dans l’image de la mère sur son enfant. Comment cette mère fusionnelle regarde-t-elle son bébé ? Le regarde-t-elle comme un être différent, unique, séparé d’elle ou une prolongation d’elle-même ? Selon ce regard elle induit des choses très importantes par rapport au bébé. Les conséquences de cette fusion sont variables d’un cas à l’autre mais il peut y avoir de graves conséquences, notamment un rejet de la part de la mère ou de l’enfant. La mère peut percevoir ce lien de fusion comme quelque chose de contraignant sans prendre conscience qu’elle a initié elle-même cette relation pathologique. Du côté de l’enfant, ce type de relation fabrique des enfants qui ont très peur de la solitude, se sentent en insécurité, tout le temps, ont un besoin de proximité, de toucher. Quand l’enfant grandi, cela pose de vrais problèmes de sociabilité…

Que  recommandez-vous aux mamans inquiètes qui ne souhaitent pas se séparer de leur nourrisson ?

Il faut en parler avec quelqu’un, à la maternité notamment, demander à rencontrer la psychologue du service, parler à la sage femme, elles peuvent être écoutantes et sont formées aux problèmes psychologiques des jeunes mères. Les mères peuvent aussi s'adresser à leurs proches, leur propre mère notamment. Il ne faut pas rester dans cette inquiétude.

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