Pour résister : ces quelques actes justes réalisés par le commun des mortels face aux génocides | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
Extrait de "Pour résister", sous la réalisation de Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS.
Extrait de "Pour résister", sous la réalisation de Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS.
©Reuters

Bonnes feuilles

Pour résister : ces quelques actes justes réalisés par le commun des mortels face aux génocides

Que ferais-je si... ? Comment moi, jeune ou adulte de 2015, ayant toujours vécu en paix dans un pays démocratique, je réagirais ? La question n'est pas abstraite tant, partout dans le monde, elle est désormais présente. Même dans nos pays démocratiques où racisme, antisémitisme, négationnismes divers, haines multiples de l'Autre prospèrent. Extrait de "Pour résister", sous la réalisation de Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS (1/2).

Alain  Chouraqui

Alain Chouraqui

Le contenu de cet ouvrage a été réalisé sous l'autorité du Conseil Scientifique de la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation et sous la direction d'Alain CHOURAQUI, directeur de recherche au CNRS.

Voir la bio »

IL TRADUIT LES ORDRES ALLEMANDS AUX TSIGANES SERBES ET LES PRÉVIENT QU’ILS DOIVENT S’ENFUIR

En 1942, un quartier tsigane de Serbie (Stoenl Trg und Beogradska Mahala) est encerclé par les Allemands. Tous les Tsiganes du quartier sont rassemblés et l’un d’entre eux qui parle allemand est pris comme traducteur pour transmettre les ordres. Il comprend qu’ils vont être tous transférés au camp de concentration de Crveni Krst puis tués. Il traduit les ordres allemands aux Tsiganes mais à la fi n ajoute : « Sauvez-vous où vous pouvez ! », et, en effet, plusieurs Tsiganes réussissent à s’enfuir grâce à son avertissement et à la cohue qui en a résulté.

UN GOUVERNEUR TURC AVERTIT LES ARMÉNIENS DE SA VILLE DU MASSACRE IMMINENT

Bagh Effendi, gouverneur de Bayazed, assiste à une réunion du « Comité union et progrès » (CUP) qui se tient dans la ville d’Erznka où il est décidé d’envoyer des offi ciers dans chaque ville et village de province pour massacrer la population arménienne. Bagh Effendi interdit aux offi ciers l’accès de la ville et les renvoie, expliquant qu’il prendra lui-même la décision à cet effet. Il rassemble alors les notables arméniens de Bayazed, les informe du danger et leur conseille de fuir vers la frontière russe. Plusieurs d’entre eux arrivent à traverser la frontière et à trouver refuge en Russie.

LE PASTEUR D’AIX-EN-PROVENCE ET SON ÉPOUSE ORGANISENT UN RÉSEAU DE SAUVETAGE DE JUIFS DU CAMP DES MILLES

Henri Manen est le pasteur de la communauté protestante d’Aix-en-Provence pendant la guerre. À ce titre, il peut entrer librement au Camp des Milles pour réconforter les internés protestants. Il en profi te pour faire sortir de nombreux Juifs en leur fournissant de faux papiers ou certifi cats de baptême. Grâce à ses contacts dans l’administration, il réussit à faire retirer les noms de Juifs infi rmes et anciens combattants des listes de personnes à déporter. Au mépris du danger, Henri Manen fait sortir du camp soixante-douze enfants et huit adultes. Sa femme Alice et lui en hébergent plusieurs chez eux avant de leur trouver un refuge, comme des membres de la famille Ahfeld que le pasteur accompagnera en personne chez les Donadille, à Saint-Privat-de-Vallongue, où ils vivent jusqu’à la Libération. Dans son journal intime, le pasteur Manen exprime sa colère et son désarroi devant les atrocités commises au Camp des Milles entre le 6 août et le 10 septembre 1942 : « Des familles entières, y compris de très jeunes enfants, sont entassées dans des wagons à bestiaux pour être expédiées en déportation. » Henri et Alice Manen ont reçu en 1986 le titre de « Juste parmi les Nations ».

UN ABBÉ HUTU CRÉE UN HÔPITAL DANS LA CATHÉDRALE

En 1994, l’abbé Oscar Nkundayezu, de la paroisse de Cyangugu, commune de Kamembe, n’hésite pas à risquer sa propre vie pour s’occuper de ceux qui fuient les massacres. Il prend un soin méthodique à la recherche de vivres, d’eau et de soins médicaux pour les réfugiés rassemblés au stade de Kamarampaka, théâtre de nombreux enlèvements et de massacres. Il leur rend visite chaque jour pour célébrer la messe et les réconforter. Dans la cathédrale voisine, l’abbé crée un hôpital de fortune qui sert également de cachette à ceux qui sont particulièrement menacés. Son acharnement est un facteur déterminant dans l’établissement à Cyangugu d’un réseau clandestin d’évacuation qui permet à des Tutsis de traverser le lac Kivu pour gagner la République démocratique du Congo. Il contribue à la collecte de fonds et parvient même à persuader certains résidents locaux, y compris des Interahamwe, d’emmener les réfugiés en sécurité en échange d’une somme d’argent. Il leur remet des lettres d’introduction à présenter à différents contacts une fois en République démocratique du Congo.

« L’abbé Oscar est reconnu pour sa simplicité et son hostilité à toute forme de mal, notamment la discrimination. Il a sacrifi é ses besoins pour ceux des réfugiés, alors que ses collègues résidant à la même cathédrale n’en ont pas fait autant. Il a aidé les nécessiteux sans avoir peur. » Béata Mukamusoni

UN ADMINISTRATEUR D’ÉCOLES MILITAIRES FOURNIT DES FAUSSES ATTESTATIONS POUR SAUVER DES JUIFS Le capitaine Henri Rioufol, administrateur aux écoles militaires de Saint-Cyr et Saint- Maixent, fait connaissance de Julien Mayer, un Juif luxembourgeois venu se réfugier en France après l’occupation de son pays. Julien était fournisseur de bois pour l’armée. Après la fermeture des écoles militaires, Henri Rioufol, conscient de la précarité de sa situation, décide de lui communiquer l’adresse à Marseille d’une personne qui peut l’aider à gagner l’Afrique du Nord. Il lui remet également trois fausses lettres, qu’il signe lui-même, confi rmant que Julien, son frère et son beau-frère avaient été élèves des écoles militaires. Julien Mayer ne réussit pas à gagner l’Afrique du Nord. Cependant, grâce aux attestations, les trois hommes survivent à la guerre. Le capitaine Henri Rioufol a reçu le titre de « Justes parmi les Nations » en 1992.

Extrait de "Pour résister - À l'engrenage des extrémismes, des racismes et de l'antisémitisme", sous la réalisation de Alain Chouraqui, directeur de recherche au CNRS, publié au Cherche-Midi éditeur, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !