Etat-stratège : La politique industrielle que devrait enfin mener la gauche pour réformer la France | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Etat-stratège : La politique industrielle que devrait enfin mener la gauche pour réformer la France
©

Le nettoyeur

Etat-stratège : La politique industrielle que devrait enfin mener la gauche pour réformer la France

Proposer "de vraies bonnes idées de gauche, intelligentes et ambitieuses" : c'est l'ambition du "nettoyeur"' Pascal Emmanuel Gobry. Cinquième épisode : quelle politique industrielle mener sur le long terme.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

Voir la bio »

L’idée d’une politique industrielle menée par un vrai Etat-stratège a été présentée aussi bien à gauche qu’à droite, mais elle s’oppose aux idées libérales présentes à droite. La gauche peut donc apporter une vraie différence.

La France a connu de vrais succès avec sa politique industrielle : le nucléaire, les routes, la télécommunication, le TGV... Ce que toutes ces réussites ont en commun, cependant, c’est que ces projets ont été lancés il y a des décennies (Internet est récent, mais pas l’infrastructure sur laquelle il a été construit.)

L’Etat-stratège a échoué en France à cause de deux problèmes principaux que les économistes dénomment de noms barbares : l’asymétrie d’information et la capture réglementaire.

L’asymétrie d’information veut dire que la personne souvent la mieux à même de résoudre un problème est celle qui en est le plus proche, et donc que les projets décidés par une méthode centralisatrice réussiront moins bien que ceux par une méthode non centralisée.

La capture réglementaire veut dire que les intérêts privés - les grandes entreprises, en gros -ont tendance à prendre le contrôle de leurs autorités de tutelle, non pas par corruption brute, mais par leur proximité (pensons au pantouflage des hauts fonctionnaires se retrouvant dans le privé). A l’ère d’une économie technologique et mondialisée, donc très complexe, ces problèmes d’information et de régulation s’aggrave.

Que faire, alors ?

Le nouvel Etat stratège devrait donc s’orienter selon deux principes :

  • Décentralisation de la décision. L’Etat-stratège finance et donne de grandes orientations, mais ne choisit pas, par exemple, s’il vaut mieux de l’éolien ou du solaire.
  • Export de la décision à des autorités vraiment indépendantes. Pas des gens techniquement indépendants mais issus du même sérail parisien des grands corps de l’Etat.


En pratique, à quoi cela ressemblerait-il ?

  • Pour l’industrie : pour renforcer le tissu industriel français, au lieu de miser sur des secteurs particuliers, aider les entreprises à se renforcer. Dans un rapport de 2006, le bureau de Paris de McKinsey propose de créer une initiative nationale autour des méthodes “lean” qui ont fait le succès industriel du Japon et des Etats-Unis. Pour beaucoup d’entreprises, il est bien plus rentable d’optimiser leur outil existant que de délocaliser : le tout est d’avoir les compétences pour le faire.
  • Pour les nouvelles technologies : tout le monde est d’accord, il faut miser sur les technologies d’avenir, qu’il s’agisse des technologies “vertes”, des biotechnologies ou des technologies de l’information. La question est comment. L’inspiration vient ici d’Israel, dont le fonds public Yozma a mis l’étincelle aux poudres de l’écosystème entrepreneurial le plus synamique après la Silicon Valley. Yozma avait deux caractéristiques fondamentales qu’il s’agit de reproduire : 1) Yozma n’investissait pas directement dans les entreprises, mais dans des fonds privés; 2) Yozma avait une durée de vie limitée et a été privatisé au bout de cinq ans. A travers la Caisse des dépôts, l’Etat essaye déjà de maintenir l’écosystème du capital-risque sous perfusion, mais ça n’a jamais marché. Le nouveau fonds public doit être clairement destiné à être privatisé au bout de cinq ans, ce qui aiguillonnera vers la rentabilité, doit être dominé non par des technocrates de la Caisse des dépôts mais par des économistes et anciens entrepreneurs, être indépendant, et ne doit financer que des nouveaux fonds, dont au moins la moitié des associés n’ont pas fait partie d’un fonds ayant déjà reçu des fonds de la Caisse des dépôts, afin de ne pas reproduire les erreurs et les mentalités du passé.

    Voilà un portrait pour une gauche ambitieuse et intelligente d’un Etat vraiment stratège.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !