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Les économies structurelles demandées par Bruxelles ne sont pas réalisées.
Les économies structurelles demandées par Bruxelles ne sont pas réalisées.
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Editorial

Politique du rabot : les économies structurelles annoncées sont toujours aux abonnées absentes

Le gouvernement annonce des chiffres en trompe-l’œil. Le déficit français continue d’augmenter et dépasse 85 milliards, alors que la dette a franchi la barre des mille cinq cents milliards.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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C’est parti ! A deux ans de l’élection présidentielle, la campagne électorale est déjà commencée. François Hollande a donné le coup d’envoi en annonçant que l’heure de la redistribution avait sonné. En réalité, si l’on en croit le rapport cinglant que vient de publier la Cour des comptes, elle a déjà commencé, pas seulement  parce que la première tranche de l’impôt sur le revenu a été supprimée, mais parce que les dépenses publiques ne sont pas maîtrisées, contrairement aux engagements pris. Le gouvernement annonce des chiffres en trompe-l’œil, mais les magistrats de la rue Cambon mettent la lumière sur les artifices utilisés. Le déficit continue d’augmenter et dépasse 85 milliards, alors que la dette a franchi la barre des mille cinq cents milliards. Le poids excessif de la fiscalité a un effet pervers sur les rentrées d’impôt qui ont diminué de dix milliards pour la première fois depuis 2009. Pour masquer l’étendue de la dérive, certaines dépenses seront seulement prises en compte sur l’exercice 2015. La masse salariale des traitements des fonctionnaires continue d’augmenter. Le seul point positif aux yeux des sages est la diminution  de la charge de la dette de 1,7 milliard, mais le gouvernement n’y est pour rien puisque ce résultat est dû à la chute exceptionnelle des taux d’intérêt, dont la pérennité est loin d’être garantie puisqu’on s’attend toujours à un mouvement de reprise du loyer de l’argent aux Etats-Unis, dont les conséquences se feraient sentir rapidement en Europe.

En réalité, les économies structurelles annoncées sont toujours aux abonnées absentes et l’on continue de pratiquer la politique du rabot, qui représente un non-sens pour un pays qui doit à tout prix se moderniser pour rattraper le retard qu’il enregistre chaque jour sur ses concurrents.

Mais la droite n’est pas non plus exempte de critiques. Nathalie Kosciusko-Morizet, vice-présidente déléguée de l’UMP, annonce une baisse de cent milliards d’euros des impôts si l’opposition revient au pouvoir, répartie sur les entreprises et les particuliers, dont le financement serait assuré par une augmentation temporaire des déficits. Elle prétend qu’une réduction drastique de la dépense publique aurait un effet pernicieux sur la croissance et qu’il faut seulement envisager un reflux à petites doses du train de vie de l’Etat, alors que celui-ci dépasse pourtant de dix points la moyenne de nos partenaires. Ses idées ne sont finalement pas très éloignées de celles de la majorité actuelle. Il est vrai que nos élites politiques ont été abreuvées à la culture commune distillée par l’énarchie, aux antipodes de la stratégie de l’effort qui devrait être aujourd’hui le credo, en ayant en perspective les sacrifices qui ont été déployés un peu partout en Europe ces dernières années.

L’Etat donne au demeurant le mauvais exemple en refusant de voir les principes de réalité et en traitant nos compatriotes comme des assistés, au lieu de les inciter au courage et à l’initiative individuelle sans attendre tout de la puissance publique.

Mais l’opposition demeure bien discrète. Alain Juppé, favori des sondages, fait attendre le plus longtemps possible ses propositions de réformes malgré l’urgence de la situation comme si leur annonce, en raison des efforts qu’elles impliqueraient, serait de nature à diminuer le nombre de ses sympathisants et pèserait sur ses chances dans la course à l’élection présidentielle.

Au total, rien ne change au royaume de France où l’on attend toujours l’homme providentiel qui permettrait au pays de sortir de l’ornière où il s’enfonce.

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