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Plan « Marseille en grand » : et toujours quasiment rien sur les racines profondes du mal
©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Insécurité latente

Plan « Marseille en grand » : et toujours quasiment rien sur les racines profondes du mal

Qui osera s’attaquer à la conjonction explosive de la dilution de responsabilités liée au mille feuilles administratif français d’une part et du clientélisme et communautarisme spécifiquement marseillais d’autre part ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Atlantico : Emmanuel Macron veut proposer un plan « Marseille en Grand ». Certains s’inquiètent de la tutelle de l’état alors que les compétences sont plutôt celles de la ville ou de la métropole. Le problème marseillais, peut-il être réglé sans se soucier de la dilution de responsabilité qu’a pu causer le mille-feuille administratif ? 

Hugues Serraf : Faire un grand plan venant de l'Etat est certainement une bonne chose, les finances de la ville sont insuffisantes, il n'y a plus un sou dans les caisses. Il y a un audit qui a été rendu par la nouvelle majorité après les municipales, il y a des besoins d'investissement énormes. Maintenant, si l'Etat met de l'argent dans un plan pour Marseille, mais ne va-t-on pas rajouter une troisième couche à ce mille-feuille ? Dans la situation actuelle, à l'inverse de Lyon, qui a réussi à réunir institutionnellement la métropole et la ville, ce n'est pas le cas ici. C'est pratiquement la guerre ouverte entre Martine Vassal, qui est présidente de la métropole et du département, et l'équipe du printemps marseillais, Benoît Payan, maire de Marseille, et toute cette nouvelle équipe qui se tire dans les jambes.

On a un tas d'exemples grotesques sur le partage des compétences. On a ce risque d'avoir une troisième couche là où on en avait déjà deux. Ici, c'est un procès d'intention, on ne sait pas encore quels vont être les moyens, à quoi seront-ils consacrés, et par quelle manière ils seront mis en œuvre.

Plusieurs chercheurs ont souligné le clientélisme fort qui existait dans la cité phocéenne. Celui-ci a été pratiqué indifféremment par la gauche et la droite. A quel point empêche-t-il la ville de repartir sur des bases saines ?

Le clientélisme est presque consubstantiel à la vie politique Marseillaise. Ce n'est pas une nouveauté, et ce n'est pas particulièrement la gauche ou la droite, mais les deux. Le 21 mars 1939, on se souvient qu'Édouard Daladier a demandé que la ville soit mise sous tutelle jusqu'à la fin de la guerre, suite à un incendie où 73 personnes périssent dans l'incendie des Nouvelles Galeries à Marseille. Lorsque les pompiers sont intervenus, ils étaient totalement désorganisés, d'où le nombre colossal de victimes. Henri Tasso était alors le maire de la ville, et est celui qui a mit la ville sous tutelle. Il a d'ailleurs créé le bataillon des marins-pompiers de Marseille, toujours d'actualité, et toujours aussi efficace. On a essayé de faire que la ville puisse fonctionner comme toutes les autres de France, puis la guerre est venue et les problématiques ont changé.
Autrement, le clientélisme est vraiment endémique, et Jean-Claude Gaudin, qui était un homme de droite, et qui a commencé dans le giron de Gaston Defferre, où il était adjoint, c'était vraiment un "bébé Defferre" qui s'est ensuite émancipé, mais qui a travaillé de la même manière avec tous les cercles d'influence de la ville, illégaux, semi-légaux ou légaux. Mais aujourd'hui, il y a une équipe différente, et elle peut faire les choses différemment. La tâche paraît tellement immense, la ville a tellement souffert du manque d'investissement et de visions pendant tant d'années, qu'il y aurait trop de choses à faire. Et notre question est la suivante : est-il possible de toute les réaliser ? Et sur le plan de la volonté, mais aussi sur le plan des moyens : est-ce que l'équipe qui est en place saura le faire ? Donc ce sont des questions très compliquées.

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Si le gouvernement ne s’attaque pas à ces deux problèmes de fond, n’est on pas condamné à un nouveau plan de sauvetage de Marseille d’ici quelques années, comme cela a déjà été tant de fois le cas ?

Personne ne sait comment les choses vont se dérouler, c'est difficile de faire des prévisions. Mais il est évident qu'il y a des choses à faire, les chantiers sont immenses en terme d'équipement, de fonctionnement. Il y a des problèmes très particuliers, un peu similaires à ceux de Paris, sur la mobilisation et l'investissement des agents. On a des pourcentages qui circulent, où il y a peut-être une trentaine de pourcents d'agents municipaux qui ne bossent pas. Ils sont là parce qu'on les a mis en place, des colleurs d'affiches ou des gens qui rendent des services, et ils n'ont pas vraiment de mission.
J'ai le souvenir d'une anecdote, il y a peut-être deux ou trois ans, les chefs de service de la Timone (les services de CHU) qui ont publié une grosse lettre ouverte dans La Provence, où ils expliquaient qu'il y avait un problème de brancardiers. Les brancardiers faisaient Etat dans l'Etat à l'intérieur de l'hôpital. Ils travaillaient lorsqu'ils avaient le temps, on dit qu'il y avait aussi beaucoup de coulage d'équipement, et surtout, c'est parfois un chirurgien qui venait chercher un patient dans sa chambre pour aller en salle d'opération.
Par ailleurs, la ville n'est pas entretenue. Mais Marseille a un potentiel immense, et pourrait devenir quelque chose de tellement meilleur. 

 

 

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